Critiques Cinéma

CLUEDO (Critique)

SYNOPSIS: L’adaptation du célèbre jeu de société. Six personnes sont invitées à passer une soirée dans un manoir. Six meurtres sont commis. L’inspecteur Butler enquête pour attribuer à chaque invité le meurtre qu’il a commis. 

Cela vous semble-t-il si étrange d’avoir vu des jeux de société transformés en œuvres de cinéma, alors que l’inverse nous semble aujourd’hui si prévisible ? Cela vous a paru trop ridicule d’avoir vu la bataille navale transformée en Battleship de sinistre mémoire, et ce avant même que le Monopoly, les Hot Wheels et même la 8-Ball (oui, oui, elle aussi !) ne soient à leur tour promis à une nouvelle vie sur grand écran ? Ce serait pourtant oublier que la pratique n’a rien de nouveau, puisqu’en 1985, un jeu de société avait lui aussi connu les honneurs d’une adaptation sur grand écran – depuis plus ou moins oubliée ou dénigrée. Et que pouvait-on trouver de plus cinématographique que le Cluedo ? Ou non, raisonnons plutôt à l’envers : que pouvait-on trouver de moins cinématographique que le Cluedo ? C’est dire qu’entre les enquêtes du moustachu Hercule Poirot, les déductions perfusées au tabagisme du commissaire Maigret et les investigations sous Lexomil du tronc post-hitlérien Derrick, le whodunit aura connu moult supports d’adaptation (surtout télévisés) qui, à défaut de le transcender, n’auront fait que presser son citron jusqu’à la dernière goutte. Refaire pareil avec le jeu de société qui en aura popularisé le concept (un mort, des suspects, kiki c’est qu’à fait le coup ?) était le meilleur coup de dés possible pour revenir à la case départ sans toucher le jackpot… A moins que… A moins qu’un petit malin ne soit allé dénicher dans le concept même de ce jeu de société une idée de génie, du genre à mettre sur un pied d’égalité le caractère imprévisible du jeu et les codes de la comédie policière la plus déglinguée. Pas encore cousin de Vinny, et encore moins voisin d’un tueur, le réalisateur Jonathan Lynn signait là un régal de comédie criminelle, à la fois ludique et totalement décomplexée.

Une seule règle à respecter pour les néophytes : ne cherchez pas à trop en savoir avant de pousser les portes du manoir ! Bâillonnez tous ceux qui oseraient vous révéler quoi que ce soit sur l’intrigue de Cluedo ! Bref, restez fidèles à la règle de tout whodunit digne de ce nom, histoire de profiter des nombreuses surprises proposées, et tant qu’à faire, ne lisez même pas cette critique si vous n’avez pas encore « ouvert l’enveloppe », vu que l’ouvrir va ici se révéler nécessaire pour en décortiquer la mécanique cachée… Vous êtes toujours là ? Sous la houlette de John Landis (également coscénariste) et de Debra Hill (productrice de John Carpenter), l’adaptation de Jonathan Lynn se veut véritablement un concept à part entière, censé utiliser les jeux du montage cinématographique pour y reproduire une sensation propre au jeu de société, à savoir celle de trouver toujours de l’imprévisibilité dans la vérité à chaque nouvelle partie. D’où cette idée maîtresse que la promotion américaine du film aura eu la bêtise d’éventer dès le départ : Cluedo ne comporte pas une fin, mais trois ! En fonction du montage visualisé, le résultat sera différent : soit l’une des trois fins sera à choisir, soit les trois fins seront mises bout à bout avec le principe du « Cela aurait pu se passer comme ça, mais que dites-vous de cela ? ». L’idée est certes aussi loufoque que plus appropriée pour une attraction du Futuroscope, mais elle a l’immense mérite de se jouer des deux supports travaillés en même temps qu’elle tente de les mettre en parallèle. De quoi créer une stimulation bien plus forte que dans le ridicule jeu télévisé avec Christian Morin que France 3 aura tenté – et vite supprimé – en 1994.

Il faut dire aussi qu’en respectant l’unité de lieu et de temps du jeu de société (un huis clos nocturne dans un manoir avec des pièces et des passages secrets), Lynn et Landis se sont régalés pour imaginer la plus tarabiscotée des intrigues. Toujours en mouvement, les personnages ne cessent ici d’élaborer leurs théories, de passer d’une pièce à l’autre pour vérifier leurs hypothèses, d’utiliser des passages secrets pour reconstituer le déroulement de tel ou tel crime, le tout avec plein de quiproquos malins sur des invités surprises vite abattus et des pommeaux de douche confondus avec des poignées de porte. La mécanique tourne à plein régime sans jamais s’arrêter, Lynn se calant à merveille sur l’énergie d’un casting royal où tout le monde part ouvertement en vrille dans le surjeu et le ridicule, à commencer par un génialissime Tim Curry encore coincé dans sa période The Rocky Horror Picture Show.

Quant à la patte satirique de John Landis, elle se manifeste ici sous différentes formes. D’abord par une série de dialogues où l’ambiguïté des mots employés devient source d’embrouille et d’hystérie totale, ensuite par le choix d’une période très précise (l’année 1954) où vont se multiplier à loisir les tacles envers la situation sociétale américaine (paranoïa anticommuniste, prosélytisme extrême, bourgeoisie perverse…). Tout ceci crée un rythme trépidant qui ne faiblit jamais, et qui, à mesure que la vérité se reconstitue, ne cesse de tout remettre en perspective par la présence d’un autre indice qui laisse filtrer d’autres vérités possibles. C’est là que réside le parfait trait d’union entre le jeu de société et cette adaptation parodique : une seule entrée, plein de sorties possibles (et les trois proposées ne sont sans doute pas les seules). Jouez donc sans hésiter à ce Cluedo, la surprise sera toujours totale lorsque l’enveloppe révèlera l’assassin, l’arme et le lieu du crime. Ici, au moins, on le sait déjà : c’est Jonathan Lynn dans la salle de montage avec les ciseaux. Et le meurtre était (presque) parfait.

Titre Original: CLUE

Réalisé par: Jonathan Lynn

Casting :  Tim Curry, Christopher Lloyd, Eileen Brennan …

Genre: Comédie, Policier

Date de sortie: 07 mai 1986

Distribué par: –

EXCELLENT

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2 réponses »

  1. (@evilashymetrie) Jamais pu voir ce film, dont je connais la bonne réputation. Je vais espérer une sortie vidéo sur notre territoire ou chez les anglais. =)

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