Critiques Cinéma

UNE PLUIE SANS FIN (Critique)

SYNOPSIS: 1997, à quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.

A l’heure où il est de plus en plus difficile pour le cinéma américain de se renouveler à quelques exceptions près, il est intéressant de chercher des alternatives à un cinéma devenu lassant, marketé à outrance et sans idée cinématographique. Le cinéma coréen est un bon exemple d’alternative lorsqu’on recherche un cinéma exigeant, novateur et un tant soit peu remuant. Son voisin chinois a pris un peu de retard non pas en termes de reconnaissance avec des réalisateurs comme Chen Kaige, Zhang Yimou ou encore Ang Lee mais dans un cinéma plus social avec des thématiques plus contemporaines. Avec le très intéressant A Touch of Sin sorti en 2013, le cinéaste Jia Zhang-ke nous avait apporté une vraie vision sur cette Chine du XXIème siècle remplie de contradictions entre tradition et modernité. Et voilà que débarque Une pluie sans fin de Dong Yue qui sous couvert de thriller classique décrit la Chine contemporaine de façon anxiogène et sordide.

Premier film du réalisateur (également scénariste), Une pluie sans fin nous plonge immédiatement au cœur de cette Chine des oubliés en prenant pour décor une vieille usine dans le Sud du pays où les travailleurs pauvres viennent quémander une place et un salaire de misère. L’utilisation de plans larges de cette usine toute grise rajoute ce côté déshumanisé qui avait été déjà surligné par le choix d’une photo très sombre. Comme son titre l’indique, nous ne nous séparerons quasiment jamais de cette pluie qui tombe sans cesse. Le décor est planté et une impression de fin du monde où le temps s’est arrêté prédomine. Et pour rajouter à ce climat apocalyptique, nous allons suivre le chef de la sécurité de cette usine, témoin de meurtres de jeunes filles. A priori un peu simplet, le personnage principal poursuit une quête dont on a du mal à au départ comprendre les tenants et aboutissants. On sent chez lui une mission quasi-mystique dans la recherche de ce tueur mais on peut aussi voir ça comme un événement qui vient rompre la monotonie dans la vie de ce personnage. Contrairement au cinéma sud coréen précédemment cité, il n’y aura pas un tant soit peu d’humour pour que le spectateur puisse se détacher de cette histoire. L’atmosphère y sera lourde jusqu’au bout.

Dans cette enquête, on est assez ébloui par la qualité de certaines scènes et notamment cette poursuite interminable dans l’usine à travers ces trains en partance. L’espace est parfaitement utilisé et on est véritablement hypnotisé par cette ambiance de fin du monde. De même, le metteur en scène arrive dans des scènes intimistes entre le personnage principal et le personnage de la prostituée à créer à la fois un malaise et une alchimie entre ces deux individus qui cherchent à s’éloigner de ce monde qui ne leur sied pas. Yihong Duan est saisissant dans ce rôle taciturne toujours prêt à exploser. Il faut également noter le très intéressant personnage du flic ‘too old for this shit’, le sage de l’histoire, désabusé par les meurtres commis mais réaliste sur le passage de témoin entre deux époques. C’est le seul personnage sur lequel on peut s’appuyer.


Les retournements de l’intrigue sont distillés intelligemment et progressivement ce qui rend le tout très cohérent. En effet, Dong Yue installe une vraie réflexion à la fois sur le basculement des nations post industrielles et à la fois sur la condition de ces hommes pris dans le tourbillon de l’histoire. A l’heure où Hong-Kong allait être rétrocédé à la Chine en 1997, le peuple chinois y voyait un eldorado où le monde de l’argent allait se déverser et ainsi les sortir de leur quotidien miséreux. A l’image du personnage principal, l’inhumanité était partout sans rédemption possible. Dans un final tragique qui vient conclure cette quête impossible, le réalisateur parvient définitivement à faire rentrer la petite histoire dans la Grande. Le cinéma social chinois joue maintenant dans la cour des grands.

Titre Original: BAO XUE JIANG ZHI

Réalisé par: Dong Yue

Casting : Yihong Duan, Yiyan Jiang, Yuan Du …

Genre: Thriller

Sortie le : 25 juillet 2018

Distribué par: Wild Bunch Distribution

EXCELLENT

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