Juste une mise au point

DONALD GLOVER, une figure pop (Juste une mise au point)

Il y a quelques semaines, un petit clip est sorti. Il est vite devenu viral, et pour le dire directement, c’est incroyable. Ce clip, c’est bien évidemment This is America, de l’Américain Childish Gambino, alias Donald Glover. Mais revenons un peu en arrière. Donald Glover est ce que les américains appelle un Renaissance man. Un touche-à-tout, un artiste qui détruit les barrières entre ses talents, pour juste exprimer son art comme il l’entend. Et du coup, cela fait de lui un mec cool. Et énervant. Énervant parce que versatile. Et si la versatilité est un peu mal vu en France, où un chanteur ne peut pas vraiment être un acteur respecté, un acteur de comédie s’aventure rarement dans les drames, cela est plus courant aux États-Unis, comme le prouvent des acteurs comme Jamie Foxx ou Jared Leto, tous deux acteurs oscarisés et chanteurs.

Donald Glover est le fils d’une famille d’accueil qui s’occupait d’enfants dans le besoin tout près d’Atlanta, point pivot de la culture hip-hop et ciné d’aujourd’hui – grâce notamment à Migos et Gucci Mane d’un côté, des nouveaux studios et des réductions d’impôts de l’État sur l’industrie ciné de l’autre. Mais passons directement à la fac, plus particulièrement le NYU Tisch School of the Arts, où ses freestyles avec Chaz Kangas dans les dorm rooms sont désormais légendaires. A la même époque il fait des rencontres déterminantes d’artistes avec qui il créera Derrick Comedy, une troupe de sketch comedy qui a grandement participé à l’émergence de l’humour web. Encore une chose à ajouter à la liste des contributions de Glover à la pop culture actuelle. Au sortir de l’université, en 2006, il est repéré par Tina Fey pour venir écrire pour 30 Rock. À tout juste 23 ans, sur l’une des sitcoms les plus inventives de ce siècle. Parallèlement, il s’occupe de Derrick Comedy avec DC Pierson, Dominic Dierkes, Meggie McFadden et Dan Eckman, aventure qui culminera avec Mystery Team, un long-métrage qu’ils sortiront en salles en 2009 après des dizaines de sketchs sur le web.

Cela s’avérera décisif pour Glover, qui sera repéré par Dan Harmon lors d’une projection. Ce dernier lui propose le rôle de Troy dans un pilote qu’il écrit et produit pour NBC, Community. Alors évidemment à l’époque, aucun membre du casting n’est réellement connu, mis à part évidemment Chevy Chase, grand ponte de la comédie US : Vacation, Caddyshack, SNL. Et Ken Jeong (qui n’était d’ailleurs pas dans le pilote) qui, après une carrière dans la médecine s’est fait un nom avec The Hangover et Knocked Up. Malgré des audiences très faibles, Community est très regardée illégalement, et se construit une solide fanbase dévouée et fidèle, qui amènera la série, après moult péripéties en coulisses, à cumuler 6 saisons et ce que lui promettait un fameux dialogue de cette comédie méta : le fameux hashtag #sixseasonsandamovie – en attendant toujours le film… En même temps que son travail d’acteur sur Community, il poursuit une carrière dans le stand-up comedy avec d’abord un special sur Comedy Central, puis avec la consécration Weirdo. Mais revenons à Community, d’où Glover décide de partir en début de saison 5, après une saison 4 en demie-teinte – dû à l’absence de son créateur et showrunner Dan Harmon (qui depuis est le cocréateur et showrunner de Rick & Morty). En plus de raisons plus personnelles, Glover explique que ce départ s’explique parce qu’un side-project a désormais pris trop de place, et il faut maintenant qu’il s’y consacre pleinement.

Ce side-project, c’est évidemment Childish Gambino. C’est à la fac qu’il développe également un alias electro MC D, qui plus tard se transformera en mcDJ, avec lequel il fera pléthores de remixes et de compos electros, qui le guideront probablement jusqu’à Childish Gambino. Donald Glover a toujours continué à rapper depuis la fac, mais c’est 2008 qu’il sort la mixtape Sick Boi, suivie les années suivantes par Poindexter, I Am Just A Rapper 1 & 2 et Culdesac. Cinq mixtapes qui définiront un style particulier et aiguiseront son sens du flow, de la rime, de sa personna. Son public évolue au fur et à mesure que sa notoriété d’acteur grandit aussi, et son côté nerd s’estompe assez pour faire place à un côté branché auquel il met un petit twist à chaque projet suivant. En 2011, il sort EP, porte d’entrée avant Camp, son premier album, produit en collaboration avec le compositeur de Community, Ludwig Göransson – qui depuis a définit le son du Wakanda…

Liant plusieurs facettes de la musique contemporaine, entre le rap, l’electro, la pop, et des dizaines d’autres genres, il perturbe les standards et ne convainc pas totalement – à tort, selon nous. Avant son second album, il sort Royalty, une nouvelle mixtape creusant encore davantage les ponts entre les genres et les gens, pouvant inviter notamment Ghostface Killah, Beck ou Tina Fey sur le même projet. Puis arrive Because The Internet, concept album sans en avoir l’air d’y toucher, où Glover fait un album plus ou moins narratif, accompagné d’un scénario, de scènes filmées, d’un magnifique court-métrage d’Hiro Murai, d’interviews promotionnelles où il s’habille et agit comme son personnage de l’album… Un succès, qui va même jusqu’à une nomination aux Grammys, et à raison, puis l’album, très éclectique, fait la part belle au hooks ravageurs et à ses thématiques 2.0 qui le sont d’autant plus. L’album est un chef-d’œuvre complet, où les performances de Glover sont désormais précises et captivantes. Il enchaine quasi immédiatement avec à nouveau une mixtape-concept, couplée à un EP caritatif, STN/MTN et Kauai qui sortent en même temps en octobre 2014, dont est issu le single 3005. Le projet se situe quelque part entre ses racines d’Atlanta, avec la présence de DJ Drama et des influences hip-hop sudiste pour la première partie, puis la douceur de la passion et de la nostalgie et le spectre conceptuel de Jaden Smith pour la seconde.

Quand il annonce PHAROS en 2016, il promet un festival déconnecté de partage musical en plein Joshua Tree. Les spectateurs sont en effet sommés de laisser leurs téléphones et autres appareils photo au placard, pour pouvoir se concentrer sur la musique et les performances. Les seules images qui sortiront de ce festival seront quelques clichés volés mais surtout une magnifique captation en VR des chansons de son nouvel album, Awaken, My Love. En décembre 2016 sort cet album grandiose, où Glover explore les thèmes de l’amour et la paternité, dans un écueil de très belles chansons funk et soul, parfois psychée, à la croisée de Funkadelic, de Prince et de D’Angelo. Toujours épaulé par Ludwig Göransson, il réussit l’exploit d’à la fois se mettre en danger créativement et artistiquement, d’emprunter aux plus grands et d’y injecter assez de modernité pour en faire immédiatement un classique. Sa chanson Redbone devient un hit, avec pourtant des thèmes aussi forts que l’infidélité et la paranoïa dans les relations amoureuses. Dans une vidéo assez folle sur Genius, Göransson décrypte d’ailleurs la composition de ce chef-d’œuvre. Il a d’ailleurs eu un Grammy pour la meilleur performance RnB pour ce titre, et a joué Terrified en live avec JD McCrary, qui n’interprète nul autre que le personnage de Glover plus jeune dans Le Roi Lion, qui sortira en 2019.

Alors figure du proue du duo culte Troy et Abed, Glover fait face à une campagne dont seul Internet a le secret pour qu’il soit casté par Sony dans leur reboot de Spider-Man qu’ils prévoient pour 2012. Le hashtag #Donald4Spiderman devient alors viral. Glover, toujours enclin à embrasser sa personna nerd, joue le jeu à fond, mais sans résultat, le rôle finissant dans les bras d’Andrew Garfield dans un semi-échec qui aura quand même le droit à une suite deux ans plus tard. En attendant, et en plus de Community et de sa carrière musicale, il arrive à jouer dans quelques longs-métrages, pour le meilleur (Magic Mike XXL), et pour le pire (Lazarus Effect, Seul sur Mars). C’est en 2015 que Glover finit bien par jouer la nouvelle itération afro-américaine de Spidey, Miles Morales, dans le dessin-animé Ultimate Spider-Man. Mais c’est surtout en 2017 que la boucle est bouclée, avec une nouvelle version de Spider-Man au sein du MCU, avec Homecoming, dans lequel Glover interprète Aaron Davis, l’oncle de Morales dans la BD. Le rôle ouvre à une suite, et Glover a l’air de ne pas avoir envie de faire faux-bond à Disney, puisqu’on l’annonce très vite pour le rôle du jeune Lando Calrissian dans le préquel de Star Wars, Solo. Malgré les remous en coulisses, le film est sorti en mai dernier. L’an prochain, on le retrouvera aussi dans la nouvelle version du Roi Lion réalisé par Jon Favreau, avec également Beyoncé et Seth Rogen.

Mais en plus de ses participations à ces films estampillés Disney et Awaken, My Love, il arrive tout de même à mettre en boite deux saisons d’Atlanta, une série simplement prodigieuse de sa création, où il interprète, produit, écrit et réalise même quelques épisodes. Rien que ça. Son personnage, Earn, est un jeune père à la relation très particulière avec la mère de sa fille, qui a abandonné Princeton et qui gère la carrière naissante de son rappeur de cousin Al, aka Paper Boi, toujours accompagné de son acolyte Darius. Bourrée de trouvailles, constamment inventive, la série séduit par un ton résolument novateur, un casting et des personnages hors pair, et une esthétique soignée définie par un des grands talents américains émergents : Hiro Murai, fréquent collaborateur de Glover. Murai, c’est justement lui qui a réalisé l’incroyable clip de This is America, brillant travail symbolique où tout est millimétré, brutal, bordélique, éminemment politique et pointu. Le clip est sorti au moment même où Glover était host au Saturday Night Live le samedi 5 mai, mais aussi le musical guest – première fois pour le show, qu’un host est également l’invité musical sous un autre nom. This is America est le parfait témoin de la créativité débordante de Glover, hautement exigeant et sidérant.

On passera sur la série animée Deadpool que lui avait commandé FX, mais qui a finalement été annulée sans qu’un seul épisode ne soit produit, mais qui prouve l’aura de cette personnalité sur à peu près tous les pores de la pop culture, autant à la télé que sur les nouveaux médias, dans la musique, les films, les grandes œuvres populaires actuelles, et dans toutes l’arborescence de métiers qu’il maitrise : acteur, scénariste, producteur, comedien, chanteur, rappeur, compositeur et maintenant même réalisateur. Le pire, c’est que quasiment à chaque fois, ce qu’il fait est non seulement notable, mais aussi marquant, voire important, telles des balises de ce qui fait la pop culture contemporaine, entre auto-conscience de la fiction, hommages conceptuels et musicaux, toute puissance de la verve nostalgique et geek, et comédie toujours plus inventive et disruptive. C’est pour toutes ces raisons que Donald Glover est une figure pop non seulement indéniable, mais incontournable et surtout nécessaire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s