Critiques Cinéma

FLEUVE NOIR (Critique)

SYNOPSIS: Au sein de la famille Arnault, Dany, le fils aîné, disparaît. François Visconti, commandant de police usé par son métier, est mis sur l’affaire. L’homme part à la recherche de l’adolescent alors qu’il rechigne à s’occuper de son propre fils, Denis, seize ans, qui semble mêlé à un trafic de drogue. Yan Bellaile, professeur particulier de Dany, apprend la disparition de son ancien élève et propose ses services au commandant. Il s’intéresse de très près à l’enquête. De trop près peut-être… 

Voici le genre de film qui de prime abord  sent bon, très très bon. Un réalisateur revanchard qui a eu un mal fou à confirmer un premier fait d’armes magistral mais en qui l’on veut croire, un casting all stars qui promet des échanges savoureux, un postulat de départ classique mais qui, transcendé par un point de vue pouvait donner lieu à un polar glauque de haute volée… A l’arrivée, Fleuve Noir, le nouveau long métrage réalisé par Erik Zonca (La Vie Rêvée des Anges – 1998) n’est rien de tout cela. C’est un film étrange et malade, qui souffre de trop de scories pour ne pas se crasher contre le mur de nos illusions. Paradoxalement, c’est un film que l’on n’a pas envie de balayer d’un revers de la main non plus, car tout n’est pas à jeter. Mais les stigmates qui l’accompagnent, à l’image de certains choix de mise en scène ou de montage en font une œuvre que l’on regarde avec circonspection, se demandant comment tout cela a déraillé. Au départ, avec l’adaptation du roman policier israélien Une disparition inquiétante de Dror Mishani (premier des trois volets à ce jour des Enquêtes du commandant Avraham) par le réalisateur et Lou de Fanget Signolet, on voit bien ce qui semble avoir attiré Erik Zonca vers ce récit sombre, mais traversé d’une énergie virulente où la problématique familiale et affective complexe et violente est au centre de la narration. Or, en travaillant leurs personnages à l’extrême, allant même jusqu’à les pousser à la caricature et en soignant moins la colonne vertébrale de leur intrigue et sa fluidité, Zonka et sa co-scénariste frôlent la sortie de route à de trop nombreuses reprises.

Tous les poncifs éculés du genre sont présents et ils ne sont là ni pour façonner une atmosphère, ni pour donner du corps à l’histoire et font sombrer par moments l’ensemble à la lisière de la parodie. Le Commandant Visconti (Vincent Cassel) est un flic désillusionné, revenu de tout, l’âme chevillée à son boulot et qui donne tout pour ses enquêtes sans pour autant être un flic infaillible. Il est porté sur la picole et se révèle borderline notamment dans son rapport à son fils, un jeune délinquant qu’il tente de couper de ses mauvaises fréquentations et dont il ne parvient pas  à canaliser le paradoxe d’amour-haine qu’il ressent à son égard. Cette enquête sur la disparition d’un adolescent (un sujet devenu l’un des fers de lance de la fiction française et américaine depuis quelques années) doit lui permettre de « réparer » ce qui ne fonctionne pas dans sa vie personnelle. On le voit, c’est à gros traits que la psychologie du personnage central se dessine en arrière plan et c’est le premier écueil d’un scénario qui assume son expressionnisme au détriment d’un certain réalisme.

L’enquête, constituée surtout d’interrogatoires et de face à face en forme de joutes verbales entre Visconti et les suspects finit par devenir répétitive  et agaçante mais réussit pourtant l’exploit de nous maintenir en haleine à coups de fausses pistes et d’une nébulosité qui va en s’accentuant. C’est paradoxalement quand les personnages finissent par perdre leur singularité initiale au profit d’un côté caricatural que l’histoire basique de départ gagne en densité. Jamais le récit et les personnages ne se trouvent au même niveau et de fait le film brinquebale constamment, claudique pour trouver la bonne direction et a un mal fou à raccrocher les wagons. En témoigne l’histoire parallèle de Visconti et son fils qui disparait totalement du dernier tiers du récit  sans résolution véritable (Zonca ayant volontairement coupé la « rédemption » que se serait alors octroyé le personnage). Si formellement Fleuve Noir peut se targuer d’un belle photo signée Paolo Carnera, la mise en scène d’Erik Zonca, se contente d’être illustrative, sans appuyer les intentions mais sans non plus apporter de véritable point de vue ce qui est vraiment dommageable à l’équilibre de l’ensemble et amène le film à sembler par moments réellement désincarné.

Même en essayant de trouver des points positifs du côté des comédiens, on peine à ne pas ressortir aussi des défauts et c’est le gros problème de Fleuve Noir. Vincent Cassel campe un flic proche aux allures de Columbo, obséquieux, mal sapé, un peu vouté, le visage mangé par une barbe en broussaille, prenant un malin plaisir à jouer au chat et à la souris avec sa proie. Sa proposition de jeu est intéressante et si son charisme ne se dément pas son jeu est handicapé grandement par des dialogues qui sonnent trop souvent faux, trop littéraires et trop appuyés. Romain Duris qui sait être si juste et si subtil, surjoue ici le suspect numéro un et sa propension à proposer un visage barré d’un sourire béat d’illuminé est déstabilisante. Son personnage n’en reste pas moins intéressant par ses motivations profondes et par le chemin que le récit lui fait emprunter. Les deux rôles féminins importants, Sandrine Kiberlain (qui dit avoir mal vécu le tournage) et Elodie Bouchez semblent à côté de la plaque, ce qui peut s’expliquer pour le personnage de la première qui vit un drame terrible et qui semble planer en haute altitude, un peu moins pour la seconde, terriblement desservie par les dialogues et le ton employé dans sa grande scène du film. Hafsia Herzi est elle très juste mais son personnage est terriblement fonctionnel et n’a pas la place de réellement s’exprimer à l’instar d’un Charles Berling totalement dans le ton mais qui apparait par trop inutile à l’avancée de la narration. Fleuve Noir ne s’inscrit jamais dans la grande tradition du polar à la française  comme on aurait pu l’espérer, ampoulé qu’il est par sa cadence répétitive et son rythme atone, mais en réservant ses surprises jusqu’aux ultimes instants et en parvenant à nous surprendre, il fait remonter l’intérêt que l’on peut y trouver. Fascinant par moments, prêt à tomber dans les pires travers à d’autres, Fleuve Noir est un film malade, perclus de tics que l’on regarde sans savoir réellement quoi en penser, si ce n’est que on aimerait vraiment l’aimer mais qu’au bout du compte, c’est un peu trop nous demander de ne pas émettre de grosses réserves.

Titre Original: FLEUVE NOIR

Réalisé par: Erik Zonca

Casting : Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain …

Genre: Thriller

Sortie le:  18 juillet 2018

Distribué par: Mars Films

PAS GÉNIAL

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