Critiques

THREE GIRLS (Critique Mini-Série) Un projecteur implacable sur un fait divers bouleversant …

SYNOPSIS: Âpre et émouvante, cette mini-série coup de poing chronique le retentissant scandale de trafic sexuel d’adolescentes organisé par des hommes d’origine pakistanaise à Rochdale, dans le nord de l’Angleterre. Relatant l’histoire de ces jeunes filles du point de vue de trois d’entre elles, Three Girls donne la parole aux victimes de cette affaire d’exploitation sexuelle qui a scandalisé l’Angleterre en 2012.

Trois filles, trois épisodes, trois points de vue. Trois heures aussi d’un réalisme acerbe qui ne détourne jamais le regard, en suivant le déroulement d’une affaire de viols collectifs étendue sur plusieurs années et ayant fait des centaines de victimes, toutes mineures. On vous aura prévenu : on n’est pas au pays des Bisounours. La réalisatrice Philippa Lowthorpe et la scénariste Nicole Taylor se sont appuyées sur des recherches scrupuleuses, et des heures de témoignages et de procès-verbaux, recrutant au passage l’un des acteurs de l’histoire (la vraie Sarah Rowbotham, qui a travaillé comme consultante sur la série), pour reconstituer en détails l’histoire d’une affaire sordide qui a secoué le Nord de l’Angleterre au début des années 2010. Prix spécial du Jury catégorie “Fiction Européenne” au festival de la Rochelle, et gagnante de cinq Bafta cette année (Meilleurs réalisation, scénario, montage, minisérie et actrice principale pour Molly Windsor),Three Girls nous jette tête la première dans la ville de Rochdale, décor d’un des plus gros scandales outre-Manche de ces dernières années.

Notre histoire commence en 2008. Holly Winshaw (incarnée par la sublime Molly Windsor), quinze ans, vient d’arriver à Rochdale, suivant la faillite de la compagnie qui employait son père, forçant toute la famille à déménager. Holly se lie d’amitié avec Amber (Ria Zmitrowicz) et Ruby Bowen (Liv Hill) deux jeunes sœurs de quinze et treize ans, qui l’invitent au Top Curry, un restaurant pakistanais tenu par Daddy (Simon Nagra). Ce dernier abreuve les filles de vodka, leur offre kebabs, frites et cigarettes, des gestes qui semblent venir du cœur, jusqu’au jour où, ayant décidé que tant de largesses méritaient bien quelque chose en retour, il attire Holly dans une salle à part et la viole. Alors que les tensions avec son père Jim (Paul Kaye) atteignent leur paroxysme, Holly n’a aucun endroit où trouver refuge. Terrifiée à l’idée qu’on s’en prenne à sa famille, et poussée par Amber, la jeune fille se retrouve prise au piège d’un cercle pédophile tenu par Daddy et ses acolytes. Une seule personne semble se douter de l’enfer que vivent ces adolescentes : Sarah Rowbotham, (Maxine Peake, extraordinaire), qui travaille au centre médical de Rochdale et qui, malgré tous ses efforts pour alerter les autorités compétentes, n’arrive pas à se faire entendre.

C’est toujours la même chose dans les affaires de viol: les victimes dénoncent, expliquent, et ceux chargés de servir et protéger laissent l’affaire tomber dans l’oubli, justifiant ça en disant qu’il n’y a pas assez de preuves, que c’est la parole de l’un contre celle de l’autre, et qu’une femme qui dit avoir été violée est presque forcément une menteuse, un fait que la série met en exergue avec un manque de sentimentalité frappant. On s’attaque de front à l’hypocrisie que la rhétorique qui différencie les “bonnes” victimes et les “mauvaises” et à l’inertie totale des forces de police, qui ont d’ailleurs reconnu leurs torts, notamment celui d’ignorer tous les indices et les dénonciations reçues depuis la fin des années 2000. La violence n’a aucun glamour ici: pas de fondus enchaînés, pas de ralenti, pas de spot qui éclaire le visage sanglant du héros pour souligner à quel point c’est dur, non, on est dans le quotidien ordinaire, dans le genre d’histoire qui pourrait, littéralement, arriver à tout le monde et le résultat en est d’autant plus dévastateur qu’il aurait pu être si facilement évité. C’est difficile, quand on voit ces trois filles en souffrance, en pensant aux milliers d’autres qui subissent le même genre de violence chaque jour, de se faire à l’idée qu’on aurait pu, si on avait su les écouter un peu plus, on aurait sans doute pu mieux les protéger. La série braque un projecteur implacable sur un fait divers bouleversant et laisse une bande d’actrices phénoménales nous guider au cœur d’un voyage émotionnellement éreintant. Une ode à la résilience des femmes et à l’innocence des filles. Âmes sensibles s’abstenir.

Crédits: Arte / BBC Studios/Studio Lambert

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