Critiques Cinéma

MUTAFUKAZ (Critique)

SYNOPSIS : Angelino est un jeune loser parmi tant d’autres à Dark Meat City, une mégalopole sans pitié sous le soleil de Californie. La journée, il livre des pizzas dans tous les recoins de la ville et la nuit, il squatte une chambre d’hôtel minable avec son coloc Vinz et une armada de cafards qui font désormais un peu partie de sa famille. À la suite d’un accident de scooter lorsque son chemin a croisé par inadvertance la divine Luna, une fille aux cheveux noir de jais, notre jeune lascar commence à souffrir de maux de tête et d’étranges hallucinations. Des hallucinations, vous avez dit ? Hmm, peut-être pas… Pourchassé par des hommes en noir, Angelino n’a plus aucun doute : il est pris pour cible. Mais pourquoi lui ?

Un film d’animation franco-japonais tiré d’une adaptation d’une BD française aux inspirations west-coast/manga/SF/comics, sorte de bouillon de pop culture halluciné et hallucinatoire ne pouvait qu’attirer notre attention. Mutafukaz est l’adaptation de la bande dessinée éponyme créée par Guillaume « Run » Renard qui co-réalise le film avec l’animateur Shōjirō Nishimi (ce dernier ayant notamment officié sur Akira et Batman Gotham Knight) et ce long métrage est une anomalie dans le milieu sage de l’animation française, à l’instar de la BD. C’est la grande qualité de ce film que de conserver le trip délirant qu’offrait cette dernière, melting pot improbable ou les guerres de gangs se confrontaient au complot gouvernemental infiltré par des extraterrestres nazis, ou des catcheurs mexicains pouvaient croiser des ninjas dans un univers urbain à la fois anxiogène et coloré.

La BD ressemblait à un rêve/cauchemar éveillé punk et geek à la générosité débordante, capable de réunir toutes les figures de l’imaginaire berçant la pop culture actuelle dans un puzzle « tarantinesque » qui digérait le tout avec une maestria éclatante pour proposer un univers neuf dont le film arrive à transposer l’identité visuelle (c’est une belle lettre d’amour à Los Angeles de l’aveu même de Run) et la richesse de la direction artistique à la perfection. Mutafukaz évoque ainsi la filmographie de Carpenter comme les thrillers hongkongais, les animes des 80’s, l’univers de Frank Miller et le Film Noir, dans un brassage anarchique souvent imprévisible mais toujours fun et sanguinolent.

C’est à la fois la principale qualité et le principal défaut du film dont l’énergie bordélique assumée peut parfois perdre le spectateur entre rupture de ton, cassage de 4e mur (pas forcément utile), dialogues caustiques, bastons dantesques et quête du héros, notamment dans son dernier acte qui expédie nombre de ses sous intrigues. Faire un film d’1H30 pour résumer pas loin de 600 pages de cases délirantes, qui pouvaient plus logiquement se permettre de prendre son temps pour approfondir sa mythologie et casser sa narration par des détours comiques n’est pas un exercice facile et on regrette que certains pans du film ne soient pas plus approfondis pour rendre l’ensemble plus fluide et cohérent (et moins frustrant notamment pour la partie sur les Luchadores réduite ici à peau de chagrin).

Cela étant dit, le plaisir est là et voir ses héros de papier être animés dans un style à la croisée des chemins entre l’anime japonais et l’adaptation de comics, profitant au mieux de l’animation traditionnelle et 3D ainsi que du travail de characters design donne au film une identité visuelle folle, aux découpages toujours dynamiques, aux arrières plans fourmillant (parfois littéralement) de détails, aux décadrages détonants et insuffle des émotions fortes aux personnages, ces derniers pouvant passer de réactions enfantines à machine à tuer en un clignement d’œil. Le seul réel reproche que l’on pourra faire à la mise en scène est l’abus quasi systématique de fondu au noir entre deux scènes, comme si les réalisateurs perdaient toute inspiration dans le montage de leur film quand il s’agissait de passer d’une séquence à une autre.

Pour rester dans les reproches que l’on peut faire au film, on notera son casting vocal incluant Orelsan, Gringe, Redouanne Harjane ou encore Feodor Atkine qui est loin d’être honteux mais qui n’est pas toujours réussi. Si ce dernier s’en sort très bien, il n’en n’est pas de même pour le duo des Casseurs Flowters. Si sur le papier, leur confier les rôles d’Angelino et Vinz semble être une bonne idée (au delà l’aspect marketing) tant leurs personnages évoquent ceux de Bloqués ou de Comment C’est Loin, on regrette que les voix d’Orelsan et Gringe (dans une moindre mesure), si facilement identifiables n’arrivent pas à s’effacer derrières leurs personnages, les empêchant de totalement exister par eux mêmes en dehors de leurs interprètes. Cela est d’autant plus frustrant car ces persos sont attachants dans leurs quêtes d’identité, d’une vie meilleure et sur qui va tomber en déluge toutes les pires merdes possibles et inimaginables. En revanche, la BO composée par The Toxic Avenger est parfaite, entre plages de synthés, morceaux gangsta rap et latino qui s’accorde parfaitement à l’atmosphère du film et à la ville cosmopolite de Dark Meat City. Pour conclure, Mutafukaz n’est pas un vent de fraîcheur dans la production française mais plutôt un cyclone ravageur, un fantasme d’ado nerd, intelligent qui a du cœur mais qui est encore un poil trop brouillon pour délivrer le chef-d’œuvre attendu par les fans de l’œuvre originelle. On est toutefois ravi de voir qu’un studio français comme Ankama ose prendre des risques de la sorte, récompensé par des sélections et des prix dans plusieurs grands festival (notamment Gérardmer) de fantastique ou d’animation et espérons le bientôt par le public. L’existence même de ce projet et son aboutissement sur grand écran sont déjà un miracle, mais la folie dont le film fait preuve est trop rare dans les salles obscures pour se priver d’aller le soutenir en salles.

Titre Original: MUTAFUKAZ

Réalisé par: Shoujirou Nishimi, Guillaume « Run » Renard

Casting :  Orelsan, Gringe, Redouanne Harjane, Feodor Atkine…

Genre: Animation

Sortie le: 23 mai 2018

Distribué par: Tamasa Distribution

TRÈS BIEN

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