Critiques Cinéma

L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE (Critique)

SYNOPSIS: Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera-t-il de tout?

Il aura donc fallu vingt-cinq ans à Terry Gilliam pour qu’un rêve de cinéaste devienne enfin réalité, vingt-cinq ans de coups du sort, de renoncement, d’espoirs, de rêves puis de cauchemars avant que, ce qui finissait par ressembler à la plus grande Arlésienne de l’Histoire du Cinéma arrive enfin à voir le jour. Digne des plus grands suspenses, la sortie de L’Homme qui tua Don Quichotte fut sujet à caution jusqu’aux tous derniers instants. Projet initialement dévolu à Jean Rochefort (à qui le film est dédié tout comme à John Hurt) et à Johnny Depp, le tournage du film fut en 2000, le théâtre de catastrophes climatiques et du renoncement de Rochefort, la faute à une terrible hernie discale, des évènements relatés dans le documentaire Lost in la Mancha en 2002. Tout à son obsession pour le récit de Cervantes depuis 1989, Gilliam n’a jamais lâché et de soucis de production en obstacles insurmontables, miraculeusement, le film a enfin le mérite d’exister. Devant la caméra du réalisateur, son acteur de Brazil et des Aventures du Baron de Munchausen Jonathan Pryce et Adam Driver dans les rôles principaux, entourés d’Olga Kurylenko, Joana Ribeiro, Stellan Skarsgård, Rossy de Palma et Sergi Lopez. Désormais que L’Homme qui tua Don Quichotte est là, livré au public et une fois la passion retombée, l’excitation de la découverte atténuée et les espoirs douchés ou sublimés, que reste t-il de ce film qui quoi qu’il en soit est avant tout une aventure humaine et artistique hors du commun?

C’est peu dire que les premières images de L’Homme qui Tua Don Quichotte nous avaient intriguées et qu’elles avaient suscités le fol espoir que Gilliam ait non seulement pu conférer à son fantasme de réalisateur toute la densité et l’ampleur que le projet nécessitait et surtout qu’il avait retrouvé le mojo après le très décevant Zero Theorem. Après la découverte de ce nouveau long métrage, nous sommes partiellement rassurés. Le réalisateur sait encore donner un souffle épique à ses images, il sait donner vie à des cadres improbables, entre fantaisie et poésie, créer des personnages baroques et atypiques et verser dans l’onirisme et la fantasmagorie quand son récit l’y invite. C’est déjà énorme.  Pourtant, L’Homme qui tua Don Quichotte nous laisse un sentiment mitigé car, si tout ceci est bien présent, c’est en filigrane d’une œuvre brouillonne et beaucoup trop longue, qui finit par trouver sa force centrifuge dans une dernière demi-heure qui nous montre la promesse de l’immense film qu’il aurait dû être. Pas de doutes malgré tout, nous sommes bien chez Terry Gilliam et le réalisateur nous emmène dans sa machine à rêves à nulle autre pareille et rien que pour le voyage proposé, on  ne peut être qu’enclin à la bienveillance. Réflexion sur la création, le pouvoir de l’illusion et l’obstination, le film possède un vrai grain de folie et de fantaisie mais le réalisateur nous égare parfois dans des digressions qui nous font perdre le fil. Rien de rédhibitoire, mais un sentiment que la trame se distend, que Gilliam veut prolonger le plaisir maintenant qu’il donne enfin vie à son film, sans que cela soit réellement nécessaire. En brassant les thématiques et les personnages loufoques et mystérieux, on se prend à réfléchir au pourquoi du comment plutôt que de vivre totalement l’expérience et de se laisser aller.

Parfois un peu compliqué dans sa progression narrative, L’Homme qui tua Don Quichotte aurait sans doute gagné à plus de simplicité et de fluidité sans pour autant devoir renoncer à sa singularité. Le film n’en est pas moins par moments complètement barré, tantôt surprenant et séduisant et profitant formellement d’une splendide photographie de Nicola Pecorini et de décors majestueux signés Benjamin Fernández. Adam Driver est incroyable et alterne les tonalités avec une même maestria. Si Jonathan Pryce fait parfaitement le job, il est difficile de faire totalement le deuil de Rochefort dont on imagine l’œil pétillant et la folie douce qu’il aurait pu offrir à son personnage. On n’oubliera pas non plus la belle nature de Joana Ribeiro et la beauté fatale Olga Kurylenko qui ont des partitions iconoclastes à interpréter et qui parviennent à éviter de sombrer dans les clichés malgré une écriture des personnages féminins dépourvue de subtilité.

Au final il faut surtout noter que malgré les défauts déjà énoncés, le film revêt tellement plus de passion et d’envie de cinéma que la moyenne, que l’on ne peut qu’être séduit par l’effort et l’abnégation du cinéaste pour mettre au monde son bébé. Un bébé qui a pour lui de ne ressembler à rien d’autre qu’à un film de Terry Gilliam, insufflé par l’énergie, le mental et l’imagination débridée d’un artiste majeur. Sans pour autant céder à la tentation de n’être qu’un bel objet vide de sens, le réalisateur nous invite à nous interroger sur l’artiste au travail et sur son obsession. Devenant de fait et sans doute par la force des évènements, un autoportrait saisissant d’un artiste qui a lutté pour donner vie à sa vision et qui peut enfin nous la donner à admirer.

Titre Original: THE MAN WHO KILLED DON QUIXOTE

Réalisé par: Terry Gilliam

Casting :  Adam Driver, Jonathan Pryce, Olga Kurylenko…

Genre: Aventure, Fantastique, Drame

Sortie le: 19 mai 2018

Distribué par: Océan Films

BIEN

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