Critiques Cinéma

CYRANO DE BERGERAC (Critique)

SYNOPSIS: Les aventures du célèbre et turbulent cadet de Gascogne, amoureux de sa cousine, Roxane, vues par le réalisateur de « La Vie de château » et le scénariste Jean-Claude Carrière. « Il s’agissait de faire un film. Nous ne pouvions nous contenter d’une simple mise en images de la pièce. Nous voulions donner à cette histoire que nous aimions la dynamique et la tension d’un film. Le vrai pari du film, c’est que les personnages y parlent en vers. » 

Il y a des paris fous et insensés sur lesquels on ne miserait pas un centime au départ et qui remportent la mise aux centuples. L’histoire du cinéma regorge de ces projets improbables qui grâce à leur absence totale de cynisme et leur insouciance, grâce à la folie des artistes qui présidèrent à leurs destinées, se sont imposés d’abord dans le cœur puis dans l’inconscient collectif pour ne plus jamais en sortir. Des œuvres singulières, exigeantes, virtuoses, émouvantes, impressionnantes, qui, de la mise en scène au scénario en passant par l’interprétation, tutoyaient le génie. Écrite en 1897, Cyrano de Bergerac n’avait à priori pas le profil de la pièce qui pouvait passer facilement des planches à l’écran, la faute aux alexandrins d’Edmond Rostand sur lesquels reposent sa force poétique et la raison sans nul doute pour laquelle aucun film n’était parvenu à en saisir réellement la quintessence. Aucun film jusqu’à cette année 1990, où par la grâce d’auteurs qui ont osé se frotter à l’adaptation de ce monument théâtral au récit universel, Cyrano est devenu un véritable personnage de cinéma comme on n’aurait sans doute jamais vraiment osé le rêver. Car le Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (qu’il a lui-même adapté avec Jean-Claude Carrière) est un film de cinéma étincelant, vibrant, vivant, qui vous renverse d’émotions porté par un Gérard Depardieu qui s’envole vers les étoiles.

Jean-Paul Rappeneau est un metteur en scène rare. Avant Cyrano de Bergerac, il n’a réalisé que quatre films (il n’en a fait que trois autres depuis) mais il est aussi un artisan précis et un virtuose de la mise en scène en mouvement dont il est un fervent apôtre. Avec Cyrano de Bergerac il atteint des sommets de précision, laissant sa caméra voguer dans les décors grandioses, épousant le lyrisme des vers qui, partagés entre plusieurs personnages sur un tempo et une musique d’une implacable fluidité, ne nous paraissent à aucun moment ampoulés ou artificiels. On est plongés au cœur de cette époque, aspirés par le spectacle éblouissant qui se joue devant nos yeux ébahis. Tout est à l’avenant, de la photographie de Pierre Lhomme à la musique de Jean-Claude Petit en passant par le son de Pierre Gamet et Dominique Hennequin, les décors de Ezio Frigerio et les costumes de Franca Squarciapino, chacun épousant les exigences et la cadence de Rappeneau pour faire naitre la magie et le panache et parvenir à éviter magistralement le spectre menaçant du théâtre filmé.

Sous l’impulsion du producteur René Cleitman, qui le premier pensa que les dialogues en vers pouvaient être, contrairement aux craintes de chacun, la clé d’un éventuel succès, Cyrano de Bergerac trouve sa spécificité d’objet de cinéma dans les coupures nécessaires réalisées lors de l’adaptation de la pièce et permettant de trouver une dynamique et une tension propres au médium et de resserrer l’intrigue vers son centre névralgique. Obligés de procéder à quelques ajouts sans jamais dénaturer l’œuvre originale et en respectant sa mélodie, Carrière (qui a écrit pour l’occasion une centaine de vers) et Rappeneau ont réalisé un travail d’orfèvre étourdissant et ils se sont appuyés sur la force intrinsèque des alexandrins pour faire danser les mots et conférer aux scènes leur rythmique admirable. Si la pièce pouvait pousser à l’emphase, chaque exagération semble ici non seulement justifiée et chaque inflexion, chaque mouvement est en rapport avec la situation. Chorégraphié minutieusement comme un ballet à l’élégance continue, le film déploie ses ailes dès la fameuse tirade des nez pour ne jamais laisser redescendre l’emballement et la jouissance qu’il provoque.

Pour que tout cela fonctionne aussi bien, il fallait évidemment des acteurs capables de dire leur texte avec encore plus de naturel que pour un film traditionnel, faire passer la difficulté apparente des alexandrins au cinéma pour une évidence et chacun y parvient magnifiquement, sans qu’on ne soit jamais sorti du film par une quelconque dissonance. Des plus petits rôles (Jean-Marie Winling, Roland Bertin, Philippe Volter) aux plus consistants (Anne Brochet, Vincent Perez, Jacques Weber), chacun a son moment de gloire et s’intègre dans la symphonie qu’ils jouent tous ensemble. Le rythme, le découpage, le montage, la minutie des plans et les acteurs qui s’y ébattent forment un ensemble d’une cohérence magistrale. La légèreté, la gravité et l’émotion qui irriguent le film tour à tour nous procurent un plaisir extatique qui ne connait pas de baisse de régime tant Rappeneau maîtrise les choses. Et puis bien sûr il y a Gérard Depardieu. Si il y a un acteur qui a des rôles marquants à son actif c’est bien lui et si on a tendance à l’oublier, revoir Cyrano de Bergerac rappelle à l’évidence. Il y a en lui des accents de poésie déchirants, une fragilité, un romantisme qui confinent au génie. Avec ce rôle qui lui vaudra le Prix d’Interprétation au Festival de Cannes et le César du Meilleur Acteur (le film recevra au total dix statuettes), il s’est ouvert les portes de la postérité. Ce n’était ni la première fois, ni la dernière, mais à n’en pas douter la plus emblématique car sa rencontre avec ce héros total qu’est Cyrano a provoqué la plus belle des étincelles et un foudroiement artistique inoubliable.

Titre Original: CYRANO DE BERGERAC

Réalisé par: Jean-Paul Rappeneau

Casting: Gérard Depardieu, Anne Brochet, Vincent Perez

Genre: Comédie dramatique, Historique, Romance

Sortie le: 28 mars 1990

Distribué par: UGC ph

CHEF-D’ŒUVRE

 

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