Critiques Cinéma

PERFECT BLUE (Critique)

SYNOPSIS: Mima est une icône pop, membre d’un « girls’ band » à succès. Quand elle décide de quitter le groupe pour devenir vedette d’une série télévisée, ses fans se désolent. Aussitôt, sa vie tourne au cauchemar. Elle reçoit des messages menaçants sur Internet et d’inquiétants événements entourent Mima et ses proches : des hallucinations, des menaces et pire encore… des meurtres. 

Perfect blue est le premier film de Satoshi Kon, réalisateur qui nous a quitté en 2010. Côtoyant dans sa jeune carrière les plus grands dessinateurs d’animation comme Katsuhiro Otomo ou Mamoru Oshii, il décida d’adapter un roman sur un phénomène culturel propre au Japon: l’idole. Il retravailla ce roman avec l’aide de son scénariste Sadayuki Murai pour en tirer un scénario très sexualisé et assez violent pour l’époque. Surmédiatisée, l’idole japonaise a une image assez lisse et innocente mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle a une carrière relativement courte, l’industrie du divertissement étant toujours à la recherche de nouveaux talents. Perfect Blue traite à la fois de la volonté de s’affranchir de cette condition d’idole mais également d’une vision très critique du monde du divertissement le tout sur fond de naissance d’Internet et des réseaux sociaux.

Tout d’abord, on note la grande qualité du dessin et de l’animation qu’il nous est proposé de voir. Kon à l’image d’Akira et de Ghost in the Shell a réussi à prendre le meilleur de ses illustres ainés tout en y trouvant sa singularité grâce notamment à un vraie travail sur le découpage. Mais c’est surtout dans l’histoire que le metteur en scène veut marquer les esprits. Après une première partie assez classique où Mima, le personnage principal, s’interroge sur la suite à donner à sa carrière, le film se transforme en un grand thriller psychologique sous forme de critique sociale assez acerbe du Japon contemporain. Ce changement se fait à la suite d’une scène de viol qui doit servir pour le film que Mima est entrain de tourner. Elle veut mettre sa carrière en danger et ainsi qu’on lui reconnaisse son talent d’actrice. Elle va malheureusement tomber dans un délire psychotique où elle ne différencie plus la fiction du réel d’autant que les cadavres commencent à s’accumuler.

Satoshi Kon décrit parfaitement l’obsession des japonais pour ces idoles éphémères, très sexualisées qui n’a pour but que de remplir un vide dans la vie très cadrée des japonais. On y voit la main de managers sans scrupules qui ne pensent qu’aux profits qu’ils pourront tirer des ces ‘idoles’. Ces dernières sont d’ailleurs souvent très jeunes ce qui rajoute au côté malsain de cette entreprise fait pour développer des pulsions chez le mâle japonais. On remarque d’ailleurs qu’il n’y a que des hommes pour le dernier concert des Cham, le groupe de Mima. Le tout est renforcé par les scènes de violence qui ont lieu pendant ce concert et le harcèlement que subit l’apprentie actrice via des courriers ou son site web. Ce point de vue est d’ailleurs assez visionnaire sur la future apparition des réseaux sociaux et leurs forces pour miner des carrières ou rendre totalement accroc ses utilisateurs à raconter constamment leurs vies intimes. Enfin, on note un grand paradoxe chez Mima entre son rôle de jeune femme timide qui cherche à se prouver à elle-même qu’elle est capable de devenir une actrice reconnue mais qui n’hésite pas à faire des photos de nus pour les magazines. Est-ce une certaine désespérance qui la pousse à avoir recours à ce genre d’activité ?

Le dernier grand point fort du film est de constamment nous tromper sur la compréhension de chaque scène. A l’image du personnage principal, qui pense être en pleine schizophrénie, le spectateur doit attendre chaque fin de scène pour appréhender la réalité de la fiction, la réalité du trouble de Mima. Il nous questionne sur notre positionnement face au spectacle que les médias nous vendent et sur la place de l’individu dans cette industrie. Le réalisateur nous invite clairement et brillamment à prendre du recul car sous couvert de paillettes, l’envers du décor est très peu reluisant.

Titre Original: PERFECT BLUE

Réalisé par: Satoshi Kon

Casting : Marie-Eugénie Maréchal, Véronique Alycia, Gérard Rinaldi …

Genre: Animation, Thriller

Sortie le : 09 mai 2018

Distribué par:  Splendor Films

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