Critiques Cinéma

LA ROUTE SAUVAGE (Critique)

SYNOPSIS: Charley Thompson a quinze ans et a appris à vivre seul avec un père inconstant. Tout juste arrivé dans l’Oregon, le garçon se trouve un petit boulot chez un entraineur de chevaux et se prend d’affection pour Lean on Pete, un pur-sang en fin de carrière. Le jour où Charley se retrouve totalement livré à lui-même, il décide de s’enfuir avec Lean on Pete, à la recherche de sa tante dont il n’a qu’un lointain souvenir. Dans l’espoir de trouver enfin un foyer, ils entament ensemble un long voyage…. 

Si on osait, on serait presque tenté de commencer en disant que La Route sauvage raconte l’histoire d’un adolescent qui court après son destin comme un cheval sauvage. Cela serait néanmoins fort déplacé et malheureux de réduire ce voyage initiatique sur fond de grandes plaines sauvages américaines à une référence ironique. Reprenons donc… Adapté du roman Lean on Pete de l’auteur américain Willy Vlautin, La Route sauvage nous conte le parcours de Charley Thompson (interprété par l’étoile montante Charlie Plummer), jeune homme de 15 ans peu gâté par la vie : abandonné par sa mère dans son enfance, il vit dans une banlieue de Portland avec un père pas méchant mais totalement à côté de la plaque, qui passe plus de temps en compagnie des femmes et de la boisson qu’à s’occuper de son fils. Livré à lui-même, Charley commence à travailler comme palefrenier pour Del (un Steve Buscemi tout en ambiguïté comme on les aime). C’est là qu’il rencontre Bonnie (Chloë Sevigny), une jockey désabusée, mais surtout Lean on Pete, un pur-sang en fin de course qui va devenir son compagnon de fuite quand les choses vont (encore plus) mal tourner.

La Route sauvage est avant tout une histoire d’errance. Celle d’un garçon perdu, seul avec son cheval en plein désert. Mais aussi celle de ces âmes égratignées par le mythe américain qu’il va rencontrer sur son chemin : l’entraîneur de chevaux déchu qui en est arrivé à détester ses animaux, les vétérans désœuvrés qui passent leur journée à jouer aux jeux vidéos, les SDF abandonnés, les travailleurs exploités… Les conditions pourraient être réunies pour que ce portrait de l’Amérique profonde soit totalement pessimiste et sombre dans le pathos. Pourtant, il n’en est rien… La Route Sauvage est un film profondément lumineux. D’abord, parce qu’au-delà de l’errance, il s’agit d’une magnifique quête de l’insouciance. Une insouciance de l’enfance à laquelle Charley n’a jamais eu le droit, à l’exception des moments qu’il a passé plus jeune avec sa tante Margy perdue de vue. Quand tout s’effondre, c’est précisément à sa recherche qu’il part. Emmenant avec lui ce cheval promis à l’abattoir, il fuit les adultes qu’il croisent pour n’en retrouver qu’une : celle qui lui a laissé ses rares souvenirs heureux. Alors qu’il traverse les plaines desséchées, le gamin exprime seulement l’envie d’avoir une vie normale, de jouer au football, d’aller au lycée… Bref, d’être un adolescent comme les autres, avec un semblant de cellule familiale. Alors, même s’il ressort grandi de son périple, presque adulte, Charley garde bien des désirs d’enfant, de simplicité et d’amour.

La lumière de La Route sauvage lui vient ensuite, et surtout, de son interprète principal (pas le cheval !). Charlie Plummer dégage ce charisme indomptable et magnétique qui préfigure les grands acteurs. Souvent comparé à River Phoenix, il offre une réalité touchante qui nous conduit à suivre ce poor lonesome cowboy jusqu’au terme de son voyage, en oubliant même les quelques longueurs du film lorsqu’il arrive en ville.

La Route sauvage est une œuvre délicate, remarquablement incarnée qui marche sur les traces des Gerry, Elephant, Last Days et, bien sûr, My Own Private Idaho de Gus Van Sant, sans pour autant en avoir la noirceur. Il nous offre la beauté des paysages américains rédempteurs d’un Into the Wild de Sean Penn, sans pour autant nous noyer dans leur immensité. Ici, le cinéaste anglais Andrew Haigh illumine avant tout le vivant, qu’il soit cheval ou humain. Il nous embarque dans un voyage où la poussière colle à la peau, la soif assèche la langue et la vie trouve toujours son chemin.

Titre Original: LEAN ON PETE

Réalisé par: Andrew Haigh

Casting : Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny…

Genre: Drame

Sortie le : 25 avril 2018

Distribué par:  Ad Vitam

EXCELLENT

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