Critiques Cinéma

DAPHNÉ (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

daphne affiche cliff and co

SYNOPSIS: La vie de Daphné est un véritable tourbillon. Aux folles journées dans le restaurant londonien où elle travaille succèdent des nuits enivrées dans des bras inconnus. Elle est spirituelle, aime faire la fête mais sous sa personnalité à l’humour acerbe et misanthrope Daphné n’est pas heureuse. Lorsqu’elle assiste à un violent braquage sa carapace commence à se briser…

Vous aussi, vous passez vos journées au boulot et vos nuits au bistrot ? Vous envoyez valser l’amour et préférez finir vos nuits dans des bras inconnus ? Vous parlez philosophie et citez des auteurs pointus pour séduire ? Vous savez ce que c’est de se réveiller habillé·e dans son lit, la bouche pâteuse, la barre au crâne ? Vous avez un humour acerbe et vous adorez être grossier·ère ? Vous avez une grande gueule et dites tout ce que vous pensez ? Vous vous êtes construit une carapace pour vous protéger de la jungle urbaine et de ces gens qui vous avaleraient volontiers tout cru ? Vous n’êtes pas vraiment satisfait·e de votre vie, même si vous donnez l’impression d’en profiter à fond ? Si vous vous reconnaissez dans l’un, plusieurs ou l’ensemble de ces cas, il est fort probable que vous vous identifiez à Daphné, voire (pire ?) que vous tombiez narcissiquement en amour. Et ce, bien sûr, que vous soyez une femme… ou un homme.

Car oui, Daphné n’est pas exclusivement réservé à un public girly biberonné au Journal de Bridget Jones et autres histoires de prince charmant. Même si les deux intrigues ne se déroulent qu’à quelques kilomètres l’une de l’autre, en plein cœur du Londres actuel (aux abords du Borough Market pour Bridget et dans le quartier métissé d’Elephant and Castle pour Daphné), les deux héroïnes qu’elles mettent en scène sont bien différentes. Elles ont beau boire et fumer à parts égales, Bridget poursuit les conventions au galop (petite amie > épouse > mère), tandis que Daphné les fuit.

Prolongement d’un court métrage (Happy Birthday to Me) imaginé par le réalisateur Peter Mackie Burns et son co-scénariste Nico Mensinga, Daphné dresse le portrait d’une trentenaire farouchement libre et indépendante. Misanthrope, elle refuse tout lien intime avec qui que ce soit, y compris sa mère malade, jusqu’au jour où elle assiste à un braquage violent qui bouscule son (dés)équilibre établi… Parce que si son univers intime est fermé aux autres, si elle use du cynisme et de la provocation, c’est avant tout pour cacher sa vulnérabilité et les « j’suis maaaal dans ma peau ».

Au-delà du portrait de femme, Daphné raconte les trentenaires urbains d’aujourd’hui. Ceux qui se noient dans des villes tentaculaires où chaque individualité lutte constamment pour arriver à trouver sa place. Il s’agit ici de Londres. Néanmoins, cela pourrait très bien être Paris, New York, etc. L’essentiel est que l’on se sente seul au milieu du tourbillon. Daphné pourrait être une Sue perdue dans Manhattan, mais elle n’en atteint pas la tragédie. Elle pourrait être Une femme sous influence, mais elle est moins écrasée par les normes sociales d’une époque où la femme devait rester dans le rang. Daphné est finalement juste Daphné. Le reflet d’une réalité. En cela, elle n’a pas la prétention d’une grande héroïne sacrifiée sur l’autel des conventions. Cependant, elle nous ressemble. Elle est peu sublimée par le cinéma. Son authenticité nous rapproche d’elle.

Cette authenticité, Daphné la doit en grande partie à son interprète. Emily Beecham est irrésistible et s’impose comme une évidence. A la croisée entre Debbie Harry, Jane Birkin, Nico, Nastassja Kinski et même la fictive Sarah Lund (pour les gros pulls), elle envoûte le spectateur. Quitte à laisser peu de place aux personnages secondaires. On croirait presque que Peter Mackie Burns et Nico Mensinga sont tellement fascinés par Daphné/Emily qu’ils en ont oublié les autres protagonistes de leur histoire. Ainsi, qu’il s’agisse de la mère de Daphné (Geraldine James), de David le videur de boîte (Nathaniel Martello-White), ou encore de Joe le patron du restaurant où elle travaille (Tom Vaughan-Lawlor), ils manquent tous d’épaisseur. La relation entre l’héroïne et la caméra n’est pourtant pas si fusionnelle (la mise en scène oscille entre plans rapprochés, plans de dos, plans larges… sans vraiment prendre parti pour la proximité ou la distance). Mais même sans cela, le personnage et son interprète parviennent à irradier l’écran, laissant dans l’ombre ceux qui l’entourent.

Quoiqu’il en soit, Daphné est de ces jolies tranches de vie qui ne font pas d’effets de manche. Ce récit du quotidien a le charme d’un premier long métrage, porté par une actrice que l’on espère suivre encore et encore. Un portrait de femme subtil, intimiste et ancré dans son époque, qu’il est toujours bon d’aller voir dans nos salles obscures. Non pas par acte féministe, mais juste parce qu’il fait du bien, et qu’il nous rappelle forcément quelqu’un.

Crédits photos: The Bureau

daphne affiche cliff and co

Titre Original: DAPHNE

Réalisé par: Peter Mackie Burns

Casting : Emily Beecham, Geraldine James, Tom Vaughan-Lawlor …

Genre: Drame

Date de sortie: 02 mai 2018

Distribué par: Paname Distribution

3,5 STARS TRES BIEN

TRÈS BIEN

 

 

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