Critiques

LE CHALET (Critique Mini-Série) On reste sur le pas de la porte…

SYNOPSIS: Enceinte de trois mois, Adèle doit changer d’air. Ça tombe bien, le hameau de Valmoline, au cœur des Alpes, est le haut lieu d’enfance de Manu, son compagnon. Ils ne seront pas seuls.  Le Chalet des Glaces entièrement rénové attend d’autres enfants du pays pour l’été. A peine les invités ont-ils franchi le Pont du Diable – seul lien avec la vallée – qu’un énorme rocher fracasse l’ouvrage. Plus de route. Plus de téléphone. Le village est coupé du monde. Six habitants – treize invités. Le massacre peut commencer. 

Diffusée entre le 26 mars et le 9 avril 2018 sur France 2, la nouvelle série événement de la chaîne, sobrement intitulée Le Chalet, promet un petit jeu de massacre entre amis, dans un village coupé du monde au cœur des montagnes savoyardes. Un huis-clos en pleine nature… le rêve ! Dès l’intro, on pense à La Trêve, thriller belge en dix épisodes diffusé sur la même chaîne en 2016, et qui avait fait son petit effet. Puis, pêle-mêle, viennent s’ajouter aux références faisant écho à celle-ci l’excellent Trapped – une bourgade islandaise prise dans les glaces hivernales – le frenchy Alex Hugo, pour l’écrin de verdure s’offrant à la bêtise humaine, ou encore l’intriguant La Forêt, jeu de piste dans les Ardennes. Toutes mises en avant par France Télévisions, qui s’en est trouvée bien inspirée. Mais cette nouvelle mouture, offerte comme un œuf de Pâques à l’orée du printemps, tient-elle la distance comparée à ses consœurs ?

Premier bémol, l’insupportable générique en forme de comptine, chantonnée par une môme. Sans bien parvenir à expliquer pourquoi, le stratagème est irritant. Et éculé. On ne compte plus les airs de boîtes à musique ou les berceuses censées contrebalancer l’horreur des crimes dont il est question dans tel film, telle série. Bref, ça ne prend pas. S’ensuit la douloureuse phase d’exposition. Longue, très longue. Le premier épisode évoque ce que l’on peut ressentir devant les pièces d’un puzzle que l’on vient de bouser sur la table : c’est tout mélangé, épars, c’est déroutant et, presque, décourageant. A l’instar du découpage chaotique nous faisant passer d’une scène à l’autre de façon un rien archaïque, la narration prévoit de jouer non-stop sur deux lignes temporelles parallèles. Allers/retours incessants entre 1997 et 2017, émaillés çà et là de quelques séquences en… 2018. Ajoutons à cela qu’il est très difficile de repérer qui est qui, d’autant que l’on a excessivement peu d’informations sur eux – culte du secret oblige – et l’on obtient une mise en place floue, indigeste, et laborieuse… jusqu’au rebond de fin d’épisode, qui scelle le sort des malheureux hôtes du chalet. Le piège se referme.

Passons donc outre les problèmes de rythme – qui gangrèneront les six épisodes – et concentrons-nous sur le décor et l’intrigue… Valmoline est un petit village qui périclite en 1997, et carrément exsangue en 2017. Le sujet de la désertion rurale est toujours aussi sensible, et c’est un bon point pour l’intrigue signée Camille Bordes-Resnais et Alexis Lecaye. Le village est paumé à trois heures de route de la ville la plus proche, relié au réseau routier par un antique pont à une voie. Le réseau y déconne sévère, le téléphone fixe y a de fait encore toute son utilité… tant que les lignes ne sont pas coupées. De nos jours, il n’y subsiste aucun commerce, pas même un bureau de poste. Et six habitants. Heureusement pour eux, les enfants du village ont résolu de s’y retrouver pour célébrer le mariage de l’un d’entre eux. Six villageois, treize invités, soient dix-neuf convives à la petite sauterie organisée par le malade du coin, résolu à tous les dézinguer. Ça fait beaucoup de monde pour un seul huis-clos, et encore plus de monde pour six épisodes qui traînent en longueur. D’autant que l’exposition des personnages et enjeux prendra trois épisodes entiers, tandis que les morts s’enchaînent – à petit régime : il se passe un truc toutes les 35 minutes environ – sans que l’on pige pourquoi ni que l’on éprouve le moindre émoi. Il faudra attendre l’épisode 4, voire le 5, pour comprendre enfin ce qui motive le tueur… que l’on aura identifié à la vitesse de la lumière. Les personnages manquent de bon sens, étant donné les circonstances. Il faudra en effet attendre un « accident » de congélateur pour qu’ils percutent enfin que quelqu’un cherche à les tuer… et que le coupable se dissimule parmi eux. L’irritation atteint son paroxysme lorsque les plans inutiles s’accumulent, vides de sens ou absurdes, cherchant à nous embrouiller inutilement ou à nous confirmer une info que l’on a déjà, tout en plombant encore un rythme déjà indolent, contreproductif par rapport à son sujet et son format.

Tous les ingrédients étaient réunis pour proposer un petit jeu de vengeance retors anxiogène. Bien timé, l’histoire aurait même gagné à être réduite à quatre épisodes seulement. Au lieu de cela, la mise en scène saborde son sujet, le découpage est irréaliste, l’intrigue se concentre essentiellement sur les événements de 1997 – qui cristallisent l’unique intérêt de la série dès son commencement – la réalisation de Camille Bordes-Resnais est indigente, les effets escomptés totalement sabordés… et, plus grave encore, on se fiche éperdument de ce qu’il advient des protagonistes, dont les interprètes manquent d’aura, faute de direction. L’épilogue, anticipé de longue date, y perd tout son sel. Au regard des précédentes trouvailles de France TV, Le Chalet est une énorme déception.

Crédits: France 2

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4 réponses »

  1. Moi j’apprécie beaucoup cette série ……… j’ai regarder 2 fois les 4 premier épisodes et j’attends impatiemment les 2 derniers !!!!
    et vu les forums qui ce crées pour échanger les doutes les questions les hypothèses, je ne suis pas le seul …

  2. Bonjour. Merci pour votre commentaire. En effet vu le succès d’audience vous êtes nombreux à apprécier la série dont il faut, quel que soit notre avis, saluer l’ambition. Bonne journée 🙂

  3. Série bien pensée
    Dommage pour les allers et retour de 1997 à 2017
    On se perd dans les personnages qui est qui de 1997a2017 ?
    Ils sont zen malgre le tueur qui rode peu (probable dans la realite)
    Malgre tout j’ai apprecie
    Je

  4. Quelle tristesse d’avoir ainsi planté cette série qui avait si bien commencée ! Comme si les scénaristes en avaient eu marre, à partir du 4eme épisode et avaient décidés de bâcler et de se débarrasser de la fin ! Aucune imagination ! Dès le 3eme épisode, tout le monde avait compris qui étaient les tueurs ! Suffit de lire les commentaires et les avis ici et ailleurs. Sans parler des incohérences ! Indices trompeurs diront ils ? Qu’est venu faire là Alexandre l’ermite, qui disparait comme par magie des deux derniers épisodes, sans aucune explication. Comment Olivier a t-il simulé sa mort ? Mystère. J’en passe et des meilleurs. Quand à l’histoire du billet de loto, c’est du vu et revu 10 000 fois… Pourtant il y avait matière à faire une fin bien plus surprenante ! Moi qui suis moi-même auteur, je peux vous le dire ! Les scénaristes m’ont déçu ! Comme beaucoup, je suppose, qui étaient fans des premiers épisodes. C’est pas bien ça ! C’est du travail d’amateur ! Quel dommage ! Quel gâchis !

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