Critiques

SOUS INFLUENCE (Critique Mini-Série) Un très beau portrait et un vrai propos alourdi par un rythme pataud…

sous influence affiche cliff and co

SYNOPSIS: Yvonne, Londonienne de 52 ans, met en danger son existence bien réglée pour une liaison sulfureuse avec un inconnu. Un thriller psychologique made in BBC tout en ambiguïtés, avec Emily Watson (Le Mari de la ministre, Breaking the Waves) perdue entre désir fulgurant, traumatismes et culpabilité.

Sous Influence (Apple Tree Yard de son titre original), est l’adaptation en quatre parties du roman de Louise Doughty, qui sous ses airs de comédie romantique pour quinquagénaires coincées, se transforme très vite en un thriller psychologique dévastateur. La BBC a eu du nez en commandant cette mini-série, qui aurait pu gentiment se classer comme un effort de plus au sein du nombre considérable thrillers londoniens qui sortent sur la petite lucarne chaque année, mais qui, grâce à la plume aiguisée de la scénariste Amanda Coe, se démarque par sa capacité à mélanger les genres et à surprendre le spectateur. Sorti outre-Manche il y a un peu plus d’un an, Apple Tree Yard se fait remarquer, pas tant à cause de son sujet que par sa façon de l’aborder, avec une franchise et un refus catégorique de tomber dans le romanesque.

Yvonne Carmichael (Emily Watson, fantastique) est une femme d’une cinquantaine d’année, scientifique d’un certain renom, chercheuse dans un prestigieux Institut scientifique Londonien mariée à Gary (Mark Bonnar), professeur d’Université infidèle (mais qui a le douteux bon goût d’essayer de le cacher), bref, tout ce qu’il y a de plus bourgeoisement respectable. Et puis un jour, dans un placard à balais de la Chambre de Communes anglaise, elle s’envoie en l’air avec Marc Costley (Ben Chaplin) un bellâtre aux allures de James Bond. Commence alors une torride aventure pour ces deux-là, qui, tous les deux mariés, se retrouvent dans des endroits incongrus pour vivre leur liaison. Tout va bien dans le meilleur des mondes, et Yvonne s’accommode plutôt joyeusement de sa double vie, jusqu’au jour où George Selway (Steven Elder), un de ses collègues de l’Institut Beaufort, se rend compte qu’Yvonne a un amant. Il l’agresse, la frappe, la viole et la menace et elle, tétanisée par la peur, n’ose même pas se défendre. Elle finit par se confier à Costley, sans se douter une seule seconde qu’il réagirait violemment. Yvonne se retrouve arrêtée pour meurtre et lors du procès, se rend très vite compte que son amant mystérieux a beaucoup, beaucoup de problèmes. Emily Watson est magnifique dans la peau de cette femme qui tente tant bien que mal de garder la tête froide au milieu du tourbillon diabolique dans lequel elle se retrouve prisonnière. Une performance splendide de la part de l’actrice qui vient rehausser une série assez inégale, ou bon vieux clichés et grands moments d’inspiration marchent la main dans la main.

Soyons francs, le premier épisode est d’une lenteur à vous donner envie de décrocher immédiatement. Personne ne vous en voudra si vous laissez tomber au milieu de ces soixante minutes d’expositions apathiques, mais on vous conseille d’essayer de tenir le coup jusqu’au troisième épisode, qui lève les voiles et fait passer la série à la vitesse supérieure. C’est lent au démarrage, mais ça prend son envol de façon très satisfaisante. Contrairement à de nombreuses séries ayant trop souvent tendance à banaliser les violences sexuelles faites aux femmes, Sous Influence ne perd pas une seconde de vue les conséquences dévastatrices du viol de sa protagoniste. On descend avec elle, dans les couloirs sombres de la peur, de l’humiliation, et du sentiment de culpabilité intense qui se mêle trop souvent à la psyché des victimes de ce genre de crime atroce, mais surtout, la série ne se lance jamais dans une démonstration de cause à effet. On ne se pose pas la question de savoir si Yvonne a fait quoi que ce soit pour provoquer son agresseur, (un raccourci rhétorique assez idiot malheureusement présent de façon complètement disproportionnée dans nombre d’autres séries sur le même sujet). Non, elle est violée parce qu’un type a décidé de l’agresser, sans autre raison que parce qu’il le voulait, un vrai crime immotivé, acte gratuit par excellence, comme les aimait François Mauriac, et qui pourtant n’empêche pas notre héroïne de rester un être humain, un personnage en trois dimensions, quelqu’un qui pourrait tout à fait exister dans la vraie vie. Un très, très beau portrait, alourdi par un rythme pataud, mais qui, finalement, ne gâche rien au propos.

Crédits: Arte

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s