Critiques Cinéma

STRONGER (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

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SYNOPSIS: En ce 15 avril 2013, Jeff Bauman est venu encourager Erin qui court le marathon : il espère bien reconquérir celle qui fut sa petite amie. Il l’attend près de la ligne d’arrivée quand une bombe explose. Il va perdre ses deux jambes dans l’attentat. Il va alors devoir endurer des mois de lutte pour espérer une guérison physique, psychologique et émotionnelle.

De tous les cinéastes américains qui ont émergé depuis une dizaine d’années, David Gordon Green est probablement l’un des plus éclectiques, donc des plus intéressants à suivre, même si aucun de ses films ne l’a encore vraiment imposé comme l’un des très grands réalisateurs de sa génération. Du drame (George Washington, Undertow, Snow Angels, Joe), à la comédie d’action ou d’aventure (Pineapple express, Your Highness), en passant par la comédie dramatique (Prince of Texas) puis par la satire politique avec son précédent film (Our Brand is on Crisis), David Gordon Green suit ses envies plutôt qu’un plan de carrière bien défini. Il y a quelques années, il fut même très proche de réaliser le remake de Suspiria et tentera prochainement de ressusciter Michael Myers avec l’aide de Big John et de Jamie Lee Curtis.

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De sa filmographie, aussi éclectique soit elle, il ressort dès son premier film, le très beau George Washington, une attention et une empathie pour ses personnages qui lui permettent de traiter de leur marginalité, de leurs difficultés ou de leur dépression, avec une grande justesse, sans tomber dans le pathos ou la caricature tout en n’ignorant rien de leurs faiblesses. Le propos du film passe par ces portraits sensibles et n’est pas assené ou imposé par la mise en scène. C’est précisément la qualité qui fait défaut à la plupart des films qui traitent de sujets aussi dramatiques que Stronger,  qui est tiré des mémoires d’une victime de l’attentat commis pendant le marathon de Boston. L’écueil bien connu de ces films est que la volonté d’héroïser le parcours de son personnage, de traiter de sa résilience comme une source d’inspiration pour le spectateur, parasite la sincérité du portrait. Si, à priori, retrouver David Gordon Green derrière la caméra d’un tel film paraissait être un nouveau contrepied dont il a le secret, il apparaît rapidement comme une évidence que son tempérament et son approche servent grandement ce récit.

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Si Stronger est inspirant c’est parce qu’il est inspiré, qu’il trace son propre sillon, qu’il ne cherche pas à faire de son personnage un symbole et le montre avec toutes ses faiblesses, sa vérité, qui n’est pas celle que le grand public voudrait plaquer sur lui. Il remet en perspective la figure du héros américain, tel que les médias et la population aiment tant en construire pour panser les plaies d’une guerre ou d’un attentat. De ce point de vue, avec Stronger, David Gordon Green opère dans le même registre que Ang Lee avec Billy Lynn (2017). Jeff Bauman (Jake Gyllenhaal) comme Billy Lynn n’aspire pas à être traité en héros et tente d’écrire sa propre histoire alors que l’on tente de faire de lui un symbole. Ce jeune homme fan de baseball, vivant encore chez sa mère voit son destin basculé pour s’être trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Cruelle ironie de son destin, il n’aurait même jamais dû s’y trouver s’il s’était comporté en parfait égoïste comme le lui reproche sa petite amie.

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David Gordon Green ne filme pas un héros, ni un survivant, il filme un homme qui apprend à vivre avec sa nouvelle condition et les changements que cela entraine dans sa vie. Sa camera va coller au plus près de Jeff, pour ressentir ce qui le traverse  et l’oppresse. Ainsi lorsque les infirmiers changent pour la première fois les bandages de ses jambes, c’est uniquement à lui que David Gordon Green s’intéresse, ce qui se passe autour de lui restant flou comme un écho à son incapacité à se confronter à la réalité de son nouvel état et à regarder ses jambes amputées. Ce parti pris est encore plus notable lorsqu’il s’agit de filmer la sortie de l’hôpital. Là où d’autres réalisateurs auraient élargi le cadre pour montrer la nuée de journalistes attendant Jeff, Gordon Green reste sur son personnage pour lire sur son visage le mélange de gêne et d’angoisse qui l’envahit.

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Comment se reconstruire lorsque l’on est sommé d’endosser le costume de héros que vous ont fabriqué les médias, que votre mère tient absolument à vous voir enfiler et dans lequel vous voient les gens que vous croisez dans la rue ou dans un bar?  Stronger montre comment la victime d’un attentat est sommée de se donner en représentation d’embrasser cette figure du héros prompte à souder la nation et derrière laquelle il doit s’effacer. Ce n’est pas à l’homme que le public et même sa mère, s’intéresse véritablement malgré les promptes démonstrations de compassion, mais à ce qu’il représente. Par son choix de mise en scène, isolant Jeff du monde qui l’entoure dans une approche autant mentale que sensorielle de son personnage, David Gordon Green excelle à nous faire ressentir sa solitude extrême, bien qu’il soit entouré comme jamais. Ce choix aussi pertinent soit t-il prend encore plus de sens lorsque l’on peut disposer d’un acteur de la trempe de Jake Gyllenhaal, à nouveau extraordinaire dans un rôle qui exige un investissement et une justesse dont peu d’acteurs sont capables.

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Si le sujet de sa reconstruction psychologique l’intéresse plus que sa reconstruction physique, Gordon Green fait néanmoins preuve d’un souci de réalisme assez remarquable. Les infirmiers, chirurgiens et prothésistes apparaissant dans le film sont pour la plupart ceux qui ont soigné Jeff. Ce souci de réalisme et de ne rien trahir du parcours de son personnage a certainement permis à Gordon Green de ne pas se sentir prisonnier d’une cause qui surplomberait le film, réaliser une telle oeuvre n’étant pas anodin en ces périodes troublées. La sincérité et la justesse de son regard sur Jeff, la façon dont il met en perspective son parcours pour dénoncer l’obsession infantile de la société américaine pour ses héros, transcende complètement un matériau qui entre d’autres mains n’aurait donné qu’un énième récit prévisible et sans aspérités.

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Titre Original: STRONGER

Réalisé par: David Gordon Green

Casting : Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson …

Genre: Drame

Sortie le: 07 février 2017

Distribué par: Metropolitan FilmExport

3,5 STARS TRES BIEN

TRÈS BIEN

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