Critiques

DEAR WHITE PEOPLE (Critique Saison 1) Une série brillamment écrite, réalisée et interprétée…

SYNOPSIS: Le prestigieux campus universitaire de Winchester, en proie aux rivalités, aux amours et aux crises identitaires, fait face à une nouvelle révolution. Animatrice d’une émission de radio qui suscite la polémique au sein de l’école, Sam White dénonce les injustices.

Dear White People, c’est avant tout un film satirique, écrit et réalisé par Justin Simien, qui, lorsqu’il est présenté au festival Sundance en 2014, fait un peu l’effet d’une bombe. Le mouvement Black Lives Matter existe alors depuis un peu plus d’un an, témoin du ras-le-bol de la communauté afro-américaine, alors violemment secouée par l’acquittement du meurtrier de Trayvon Martin. Dear White People le film, remporte le prix du jury à Sundance et très vite, Netflix s’intéresse à l’histoire de ces quatre jeunes Afro-Américains étudiants dans une université Ivy League, un de ces centres qui se flattent de rassembler l’élite intellectuelle de demain, et au centre duquel sévit un racisme systématique désespérément pernicieux. Fort de son deal avec le géant du streaming, Justin Simien se remet donc au clavier de son ordinateur pour transformer son long métrage en une dizaine d’épisodes télévisés, entraînant au passage le spectateur dans le monde des grandes universités américaines tel qu’on a pu apprendre à le connaître dans des séries comme Felicity ou Community mais avec une différence notable: on va, pour une fois, s’intéresser de près à l’expérience Afro-Américaine et au racisme quotidien qui en fait malheureusement encore aujourd’hui, toujours partie.

L’université de Winchester (qui ressemble à s’y méprendre à celle d’Harvard), est l’une des plus remarquable du pays: c’est la boîte de Petri où le futur Steve Jobs, la future Toni Morrison et les futurs créateurs de Veep apprennent les choses de la vie. C’est aussi le lieu de naissance de Pastiche, un magazine satirique un peu dans la veine de Charlie Hebdo, et qui décide un beau jour d’organiser une soirée “blackface” (une soirée où les Blancs se déguisent en personnalités Afro-Américaines, allant jusqu’à se peindre la figure en noir). Cette décision raciste et assumée ulcère naturellement les étudiants Afro-Américains et le tout ne tarde pas à dégénérer. Samantha White (Logan Browning) ne perd pas de temps pour démolir le concept dans son émission de radio Dear White People, dans laquelle elle explique régulièrement aux étudiants blancs de Winchester comment leur privilège les rends aveugles aux abus que subissent leurs camarades. La soirée de Pastiche est une gifle monumentale pour les étudiants Afro-Américains de Winchester: ils en ont assez d’être considérés comme “moins que”, ils en ont assez d’être mis de côté à chaque fois qu’ils parlent d’un problème, ils en ont assez des réflexions condescendantes dites “pour leur bien”, bref, ils en ont assez et ça se comprend. Mais s’ils sont d’accord sur le fond, les points de vue divergent sur la forme: les méthodes de Sam diffèrent de celles de certains de ses camarades, notamment Troy Fairbanks (Brandon P. Bell) et Colandrea Conners (Antoinette Robertson), dite “Coco”, mais se rapprochent de celles de Reggie Green (Marque Richardson) et Al (Jemar Michael). Et pour faire la chronique de tout ça, il y a Lionel Higgins (DeRon Horton), le reporter pour le journal de l’école, Afro-Américain et gay, et un rappel constant que l’intersectionnalité est partout et que les identités se construisent suivant une multitude de paramètres.

La série bénéficie de la verve naturelle de Justin Simien, bien sûr, mais aussi de la collaboration d’autres artistes Afro-Américains comme Barry Jenkins, récemment oscarisé pour Moonlight, et des scénaristes Leann Bowen de College Humor et Yvette Lee Bowser (Black-Ish) pour un résultat qui virevolte entre la comédie la plus pure et le commentaire social franc. C’est ce contraste qui fait d’ailleurs que les moments dramatiques font l’effet d’un coup de poing, ramenant d’un seul coup la fiction à la réalité, pour rappeler que même si l’on fait des blagues dessus, le racisme, non seulement existe toujours, mais a des conséquences dévastatrices sur la vie de millions d’individus. Dear White People expose, de façon très diplomatique, comment le racisme ordinaire et même parfois bienveillant heurte toujours les sentiments, blesse profondément, et participe au maintien d’un système qui oppresse toujours une grande partie de la population. On peut ne pas penser à mal en répétant des insultes, penser que c’est une plaisanterie entre copains, sans conséquences et sans mauvaises intentions, mais la réalité est beaucoup, beaucoup plus complexe et beaucoup, beaucoup plus nocive, n’en déplaise à certains. Une série brillamment écrite, réalisée et interprétée qui a en plus l’avantage d’être en plein centre des grands débats sociaux et politiques d’aujourd’hui. Que demander de plus?

Crédits: Netflix

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