Critiques Cinéma

SPARRING (Critique)

SYNOPSIS: A plus de 40 ans, Steve Landry est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring partner d’un grand champion. 

On a parfois l’impression d’avoir tout vu en matière de film de sport en général et en ce qui concerne le film de boxe en particulier. A grands renforts de Rocky ou Raging Bull (les évidences), Million Dollar Baby ou Ali, les cinéastes américains ont souvent eu recours aux champions des ring, vecteurs dramatiques idéaux, comme sujet de films. En France, c’est beaucoup moins vrai et difficile de trouver un film notable lorsqu’on recense ceux qui s’y sont frottés (Victor Young Perez, Poids Léger…) en tout cas rien qui soit resté dans les annales. Pour son premier long métrage, Samuel Jouy (Un Français, les séries Ainsi Soient-ils et Zone Blanche) se coltine un sujet à priori loin d’être glamour, en mettant en scène le destin d’un anti-héros qui se bat pour sa famille et pour glaner une sortie honorable, sans velléités de transcender son parcours par une victoire sur lui-même. Avec Sparring, on n’attend pas qu’un champion surgisse de sous la carcasse fatiguée de Steve et le sujet n’est d’ailleurs pas le challenge sportif mais la description de la vie d’un boxeur, les à-côtés des matchs, des entrainements aux états d’âme qui jalonnent le chemin contrarié de cet homme touché mais debout. Avec un sujet abordé sous l’angle de l’humanité et du monde du travail, la sueur versée par l’alter-ego de Samuel Jouy (du moins le ressens t-on ainsi) et interprété par Mathieu Kassovitz n’en a que plus de prix. En faisant de Steve, un travailleur de l’ombre, sorte d’ouvrier de son métier, Samuel Jouy nous expose les contours d’une destinée plus conforme à la réalité, à savoir que la très grande majorité des boxeurs professionnels végète dans l’anonymat quand un très faible pourcentage accède à la lumière de la notoriété.

sparring 1 cliff and co

Avec Sparring  Samuel Jouy fait ressortir des préceptes qu’il  érige en valeurs cardinales telles que l’abnégation, le don de soi, le travail bien fait ou encore l’éducation. Avec ce matériau entre les mains, le néo-réalisateur parvient à embrasser son sujet avec force et livre un film qui parvient à être prenant sans pourtant jamais avoir recours à des artifices et en conservant au contraire tout du long une sobriété bienvenue qui anoblit son propos. Plus que la condition de boxeur, ce sont les liens de Steve avec sa famille qui semblent au centre des préoccupations du film, notamment dans sa relation avec sa fille qui raconte joliment les notion de transmission mais aussi l’amour sincère et véritable, dépourvu de la moindre arrière pensée qui est le moteur de ce type qui peine à joindre les deux bouts mais encaisse encore et encore pour parvenir à être à la hauteur de l’homme qu’il veut être. Sparring se positionne dans une veine à mi-chemin entre le film social et la chronique familiale, la boxe n’étant que l’univers dans lequel évolue cet homme fait de chair et de sang.

sparring 2 cliff and co

Si la réalisation sans esbroufe sait trouver la bonne distance elle n’en demeure pas moins percutante et immersive et paradoxalement ce ne sont pas les combats qui nous font éprouver le plus ce ressenti. L’humanité qui transpire du film imbibe la progression narrative et trouve son point d’orgue dans la séquence d’entrainement public qui démontre toute la violence latente qui entoure ce qui devient alors un numéro de cirque et d’humiliation. Cette scène très forte, véhicule un nombre considérable de sentiments contradictoires qui animent tous les personnages présents à l’image que ce soit Steve, sa fille, le champion Tarek ou le public et on se prend un shoot émotionnel très intense. L’agencement des séquences, le choix de ne montrer que trois combats dans le film et l’importance mise sur l’humain confèrent à Sparring une vraie singularité et un véritable point de vue. On pourra éventuellement regretter que certaines idées liées notamment à la boxe ne soient pas suffisamment approfondies (la très jolie séquence sur la plage) même si Samuel Jouy suit sans le lâcher son sujet qui est l’homme et non pas le sport.

sparring 3 cliff and co

Sparring bénéficie par ailleurs d’un scénario qui offre de belles choses à jouer à ses comédiens. On est saisis par la pudeur et la modestie du personnage de Steve auquel Mathieu Kassovitz prête ses traits dans une composition toute en subtilité et il est autant surprenant dans l’investissement physique que dans la puissance émotionnelle qui se dégage de ses rapports avec sa famille. Ne cédant jamais au pathos ou à la mièvrerie, il est totalement bouleversant et profond, atteignant une densité impressionnante. La jeune comédienne qui interprète sa fille, Billie Blain est d’un naturel bluffant et leurs interactions sont pour beaucoup dans la réussite du film tant ils sont naturels et empreints d’une vérité et d’une sensibilité attendrissantes. On devrait la revoir très vite, elle et son magnifique sourire. Le reste de cette distribution hétéroclite (Olivia Merilahti naturelle et juste, qui signe aussi la musique du film, Souleymane M’Baye intense, Lyes Salem ou  Ali Labidi totalement convaincants, Yves Afonso dans sa dernière apparition à l’écran, forcément touchante…) font de Sparring un premier film d’une vérité confondante et qui,  pour un galop d’essai est très loin de la séance d’entrainement mais l’œuvre d’un artiste chevronné dont on espère qu’il remontera vite sur le ring.

sparring affiche cliff and co

Titre Original: SPARRING

Réalisé par: Samuel Jouy

Casting : Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye …

Genre: Drame

Sortie le: 31 janvier 2018

Distribué par : EuropaCorp Distribution

TRÈS BIEN

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