ENTRETIENS

PENTAGON PAPERS (Conférence de Presse avec Meryl Streep, Steven Spielberg et Tom Hanks)

Samedi 13 Janvier 2018. Dans un palace parisien, Steven Spielberg, Meryl Streep et Tom Hanks assurent la promotion de Pentagon Papers qui sera sur les écrans le 24 janvier. Pendant 30 minutes les trois monuments de l’Histoire du cinéma ont répondu aux questions des journalistes. Nous y étions.

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© Fred Teper

L’histoire se passe dans les années 70 et le propos est très moderne par rapport à la liberté de la presse. Est-ce que c’est ça qui vous a intéressé avec ce film?

Steven Spielberg: La presse doit se battre encore plus fort aujourd’hui. Ils doivent se battre encore plus fort pour l’essentiel et pour leur propre dignité. Mon premier intérêt pour le scénario, avant même de penser à l’écho de l’histoire avec aujourd’hui, c’était le personnage de Katherine Graham et à sa relation avec Ben Bradlee, l’histoire d’une femme qui avait un grand pouvoir mais qui ne savait pas comment l’utiliser parce qu’elle n’avait pas encore trouvé sa propre voie.

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© Fred Teper

Qu’avez-vous appris en faisant ce film de cette histoire, de votre personnage, de votre partenaire et peut-être même de vous-même?

Meryl Streep: Ce que j’ai appris le plus par rapport à Katherine Graham c’est sa curiosité, sa capacité à diriger de manière gracieuse et son habilité à écrire. Elle a rédigé une autobiographie de 780 pages qui a reçu le Prix Pullitzer et ce fut une autre révélation pour le gens qui la connaissaient de découvrir quel auteur elle était. Mais la chose la plus importante que j’ai apprise à son sujet en la lisant, en parlant avec ses enfants et avec la personne qui a travaillé avec elle pendant 30 ans ce fut de découvrir combien elle manquait de confiance en elle et combien elle doutait tout le temps d’elle même et c’est quelque chose qui donne un aspect encore plus poignant à l’histoire car c’est l’histoire de beaucoup beaucoup de femmes et pas seulement des femmes de cette génération mais aussi des femmes aujourd’hui qui se retrouvent à des positions de pouvoir et qui souffrent aussi de choses qui sont handicapantes qui les empêchent d’avancer et de prendre des risques de manière à pouvoir prendre le leadership. Je partage beaucoup de cette insécurité et de ce manque de confiance.

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© Fred Teper

Tom Hanks: En fait ce que j’ai vraiment appris sur Ben Bradlee que j’avais rencontré et avec qui j’avais passé beaucoup de temps, c’est que son enthousiasme n’empêchait pas un vrai sens des responsabilités en tant que journaliste. Dans le cas de cette semaine spécifique durant laquelle se déroule le film il avait un dicton « la vérité est la vérité et il faut la dire » sinon pourquoi avoir un journal, pourquoi faire ce métier, pourquoi essayer de vendre toutes ces exemplaires quotidiens ??? C’est la cinquième fois que je travaille avec Steven et il m’incite à chaque fois à faire toutes les recherches que j’estime nécessaire sur mon personnage et une fois sur le plateau, il me demande de lui montrer ce que j’ai. C’est le luxe que j’ai à chaque fois avec lui. Là ce qui était un nouveau territoire pour moi c’était d’être dans un film avec Meryl Streep. Je savais que Steven ne faisait pas de répétitions et qu’il fallait avoir ses idées sur le plateau et les deux premiers jours, elle n’en pouvait plus, je lui ai dit « Allez il faut tenir le coup! »(Rires)! C’était drôle !

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© Fred Teper

Steven, vous étiez en train de faire Ready Player One quand vous vous êtes lancé dans Pentagon Papers. Est-ce parce que vous avez ressenti une urgence à faire ce film?

Steven Spielberg: Quand je fais un film de science fiction, il n’y a pas de règles, cela permet une imagination sans limites et puis quand j’ai lu cette histoire de Nixon qui poursuivait le New-York Times et le Washington Post et cette femme qui a réussi à trouver sa place au milieu de tous ces hommes je trouvais qu’il y avait tellement de pertinence dans ces deux sujets, et c’était une manière pour moi de célébrer l’Histoire encore une fois et même si c’est génial de laisser parler l’imagination, que se passe t-il quand on est limité par les faits? Je me sens tellement à l’aise de laisser l’Histoire être co-auteur de mon film, je suis même plus à l’aise dans ce genre-là que dans celui des rêves sans limites. Pour moi ça a été un soulagement énorme de lire ce scénario et c’était pouvoir vous montrer l’art de l’impression, aujourd’hui tout est plus simple mais aussi plus concurrentiel, il y a tellement de sources qui vont diffuser ces histoires… Ce que ces deux époques ont en commun et c’est ce qui m’a attiré, c’est qu’il y a deux présidents qui déclarent la guerre aux médias. Nixon n’a pas réussi et il a fini par démissionner et je pense qu’il faudra qu’on surmonte ce que l’on a vécu ces seize derniers mois.

Steven, vous avez deux films qui sortent dans la foulée l’un de l’autre. Qu’est-ce qui vous donne envie de continuer à réaliser des films et qu’est-ce qui fait pour vous une bonne histoire?

Steven Spielberg: Je pense que ce qui me pousse à travailler avec enthousiasme et beaucoup d’énergie, c’est la même chose qui poussait Ben Bradlee à se lever tôt le matin. Tout ce qui l’intéressait c’était d’avoir une bonne histoire et il se donnait de la peine pour avoir cette histoire et qu’on lui permette de la publier. Moi tout ce qu’il me faut c’est avoir une bonne histoire. Et je peux vraiment y perdre vingt ans.

Steven, c’est votre premier film sur la presse. Est ce que vous avez pensé à un style spécifique pour raconter cette histoire?

Steven Spielberg: J’y ai pensé très vite car je travaille en étroite collaboration avec Josh Singer qui a fait 27 versions du scénario. Josh a infusé beaucoup d’énergie dans le script en raccourcissant les scènes d’une page et demie ou deux et je me suis dit « Nous sommes en train de raconter cette histoire du point de vue de la presse » et c’était vraiment la poursuite de la vérité et cette énergie qui donnait l’impression d’être au sein de la rédaction. Par ailleurs j’avais si peu de temps pour faire ce film que l’urgence lui a donné son style en définitive.

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© Fred Teper

Steven, nous vivons une période de transition pour les femmes aujourd’hui. Considérez-vous que Pentagon Papers est votre premier film féministe?

Steven Spielberg: Non mon premier film féministe était La Couleur Pourpre. J’avais une mère très forte, et j’ai été éduqué dans un monde de femmes, j’avais des sœurs et pas de frère. Chaque personne qui a dirigé ma société de production a toujours été une femme et chaque département est dirigé par une femme. C’est un monde dans lequel je suis plus à l’aise et c’est la raison pour laquelle j’étais le plus qualifié pour faire ce film (Rires)

Pentagon Papers se termine pile où commence Les Hommes du Président commence. Quelle a été l’influence du film d’Alan Pakula sur le vôtre et quels sont les points communs et les différences entre les deux films?

Steven Spielberg : Les Hommes du Président est le meilleur film sur la presse qui ait jamais été fait et je suis heureux d’être dans le même registre que ce merveilleux film, un peu comme un cousin. Je veux d’ailleurs rendre hommage à Pakula, que je n’ai jamais rencontré. Je suis content que mon film se termine en effet, là où le sien démarre, avec le début du Watergate. Mais en même temps notre film est très différent du sien. On peut vraiment dire que Pentagon Papers est comme un prequel. Grâce au courage de Ben Bradlee et de Katherine Graham d’avoir fait ce qu’ils ont fait contre la décision d’une cour de justice, cela a permis de donner une crédibilité au Washington Post et qu’il devienne un journal national et non plus local.

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© Fred Teper

Meryl, comment avez-vous fait pour jouer cette femme qui a l’air faible et qui est en même temps tellement puissante mais qui a dû affronter tous ces hommes qui voulaient la diriger alors qu’elle était elle la boss de ce journal?

Meryl Streep: J’ai assisté à des réunions où l’on était deux femmes pour neuf hommes et je me rappelle d’une scène où une femme faisait une suggestion et les hommes parlaient entre eux sans y faire attention jusqu’à ce qu’un homme prenne la parole et fasse exactement la même suggestion et soulevait alors l’approbation de tout le monde. Je ne connais pas une seule femme qui n’ait pas été dans ce genre de situation. Nous sommes dans une évolution, on va y arriver et ce film arrive vraiment à un moment très intéressant. Quand la première version du script est arrivé sur le bureau de la productrice, Amy Pascal, elle l’a acheté six jours avant les élections américaines parce qu’elle pensait qu’Hillary Clinton serait élue. Et on sait ce qu’il s’est passé. C’est comme une histoire d’Apartheid, avec un monde de femmes et puis il y a la rédaction où il n’y avait que des hommes principalement. C’est une description très précise du monde comme il était, je m’en souviens très bien, mais c’est encore en partie le cas aujourd’hui.

L’enjeu était t-il le même pour Ben Bradlee que pour Katherine Graham ?

Tom Hanks: Entre mes recherches et les conversations, j’ai compris qu’il y avait des moments dans ce film qui n’étaient pas écrits mais qui faisaient partie de Ben Bradlee c’est qu’il savait le prix à payer pour Katherine Graham à ce moment-là. Il connaissait l’histoire, le fait que son père avait confié le direction du journal à son mari, que ce dernier était mort dans des circonstances particulières… Il admirait le fait qu’elle ait pris cette responsabilité et qu’elle doive à ce point là prendre des décisions alors qu’il n’y avait pas de victoire certaine. Mon personnage avait un petit quelque-chose d’égoïste en fait. Il veut absolument faire paraitre l’histoire mais il n’a rien à perdre. D’ailleurs, cette scène au téléphone où j’assène que l’on doit publier et où j’ai juste à écouter Meryl Streep prendre la décision qui fait avancer le film, c’était un moment très excitant.

Steven Spielberg: Je trouve que les coups de fil dans un film c’est vraiment ennuyeux mais il y a un film où ce  n’est pas le cas c’est Le Crime était presque parfait d’Hitchcock. Et là je pensais à ça! Quel est le dilemme ?

Propos recueillis par Fred Teper

 

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