Critiques Cinéma

IN THE FADE (Critique)

in the fade affiche cliff and co

SYNOPSIS: La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

Que s’est-il passé dans la tête de Fatih Akin ? Comment le cinéaste humaniste des magnifiques Head On et Soul Kitchen a-t-il pu tomber aussi bas ? Il s’en trouvera sans doute beaucoup pour chercher la réponse là où elle ne semble pas être, que ce soit en croyant qu’il visait simplement le film de genre sans la moindre arrière-pensée (et les arguments ne manquent pas pour contredire ça) ou en indiquant que son précédent film (The Cut) frôlait déjà la catastrophe. Toujours est-il que l’ennui gentillet que l’on doit se coltiner pendant la première moitié du film aura vite fait d’engendrer un mauvais pressentiment lors de la seconde. On ne saura pas réellement si le but d’Akin était de donner un coup de coude fraternel à Michael Winner et à Joel Schumacher lorsqu’ils commettaient leurs pires méfaits (à savoir des thrillers vengeurs sous forme d’apologies réacs de la loi du Talion), mais les intentions narratives qui cimentent la structure en trois parties d’In the Fade sont clairement du genre à nous mettre illico à distance, effarés devant l’inconsistance d’un film qui persiste à ne pas aller plus loin que le petit bout de son nez nauséabond.

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Concrètement, le pitch est tellement linéaire qu’on pourrait le résumer sur une ligne de feuille A4 : une femme allemande (Diane Kruger), droguée et tatouée de partout, détruite par l’assassinat de son époux turc et de son fils lors d’un attentat à la bombe, se lance dans une croisade sans pitié contre les deux auteurs (un jeune couple de néonazis sortis d’une pub pour Biactol). Une vengeance, donc. Mais selon un mode narratif on ne peut plus bancal et malintentionné dans sa trajectoire. Partie 1 (La Famille) : on insiste sur la souffrance de la cellule familiale en appuyant bien fort sur la plaie du pathos. Partie 2 (La Justice) : on suit dans ses moindres détails un procès mouvementé dont la suprême injustice qui le conclut passe totalement pour une manipulation grossière de la part du cinéaste, tant elle suinte la parodie de justice par toutes les fibres de la robe noire. Partie 3 (La Mer) : la vengeresse en pétard s’en va faire la justice elle-même dans une île grecque où les deux tourtereaux ont trouvé refuge grâce à des membres du groupuscule Aube Dorée. C’est tout ? Oui, c’est tout. Le film ne va pas plus loin que ça. Pas de regard tendre sur la richesse du métissage – sujet pourtant central dans la filmo d’Akin – mais un mélo gluant qui laisse toute forme de nuance se noyer dans une mare de bile. Pas de réflexion ambiguë et complexe sur l’auto-justice comme cela pouvait être le cas dans le génial Death Sentence de James Wan (où se venger revenait à embrasser l’autodestruction pure et simple), pas même de rollercoaster brutal et fendard façon Le Justicier de New York qui placerait tous les curseurs de l’irresponsabilité au niveau rouge cramoisi, mais une révolte pressurisée qui avance sans surprise – et sans substance – vers une scène finale aussi kamikaze que ce qu’elle montre.

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On pourrait résumer facilement l’affaire en évoquant un film qui allumerait un sujet ultra-sensible en prenant toujours soin de cacher la flamme de son briquet. Aucun point de vue ne découle de la mise en scène d’Akin – ici toute en caméra portée lassante et en plans-séquences sans intensité – à l’exception d’un abominable carton final où sont recensées les statistiques de meurtres d’immigrés commis par une cellule terroriste néo-nazie bien réelle (la NSU) sur le territoire allemand. Où voulait en venir Akin en finissant son film sur ce constat ? Voulait-il nous lancer un appel à « prendre les armes » pour débarrasser l’Allemagne de la vermine xénophobe, tout comme Charles Bronson nettoyait sans sourciller la pourriture des quartiers sales de New York il y a plus de vingt ans ? C’est en tout cas le sentiment ressenti par un film qui ne cesse jamais de fuir la nuance et la subtilité pour embrasser un schéma émotionnel cousu de fil blanc et débordant de mauvais goût. Au moins, Akin prend ici le soin de nous faire involontairement rire avec quelques idées improbables : par exemple, il suffit à l’héroïne de mater un colibri gigotant sur le rétroviseur avant-droit d’un camping-car pour qu’elle décide de renoncer (temporairement) à sa vengeance ! En outre, le cas de Diane Kruger mérite nuance. D’un côté, son prix d’interprétation cannois était couru d’avance, surtout au sein d’une compétition où les « grosses performances d’actrices » ne se bousculaient pas au portillon. De l’autre, son jeu intense et habité valait bien de tels éloges. Mais le plus inquiétant reste que ce navet douteux soit désormais bien placé pour cartonner aux Oscars. Qui aurait cru qu’on tomberait aussi bas ?

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Titre Original: AUS DEM NICHTS

Réalisé par: Fatih Akin

Casting : Diane Kruger,  Denis Moschitto, Numan Acar …

Genre: Drame, Thriller

Sortie le : 17 janvier 2018

Distribué par: Pathé Distribution

TRÈS MAUVAIS

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