Cinéfils

CINEFILS (Chronique) #1

Au fil des visionnages ou des revisionnages, réflexions sur le cinéma d’hier, d’aujourd’hui ou de demain

Jeudi 28 décembre 2017

Bernie, (le Richard Linklater, pas le Dupontel) : Jack Black livre une de ses meilleures prestations dans un biopic moralement troublant d’un gentilhomme, à la fois naïf et attachant, qui a commis l’irréparable dans l’Est du Texas. Troublant dans le fond (fait divers sordide imposant un positionnement du spectateur) et dans la forme avec une narration atypique, habile mélange entre fiction et mockumentaire (incluant des interviews face caméra de comédiens jouant des gens qui reviennent sur le drame ayant inspiré le film). C’est limite malaisant à certains moments et Jack Black y est pour beaucoup. Bernie est une œuvre vraiment étonnante dans la filmo de Linklater.

Samedi 30 décembre 2017

Le Gang des Newton est un Linklater certes mineur mais qui reste plaisant grâce à son écriture raffinée, son travail soigné de reconstitution et son cast complice (McConaughey/EthanHawke/D’Onofrio/SkeetUlrich dans la peau de 4 frères joyeux voleurs de banques aux USA dans les 20’s). Assez méconnu The Newton Boys (titre en VO) il me semble. J’ai moi-même très récemment découvert son existence, en me (re)plongeant dans l’œuvre de Linklater.

Mardi 2 janvier 2018

Le Grand Jeu : dommage que cet extraordinaire scénario n’ait pas été porté à l’écran par un metteur en scène confirmé, capable de transcender les dialogues de Sorkin par la force et le dynamisme des images car sinon c’était impeccable. Jessica Chastain au top, as usual. J’ai adoré le propos développé par Sorkin/Chastain… ou comment une femme parvient à s’imposer dans un milieu d’hommes (puissants) tout en refusant de les écraser. Le Grand Jeu serait bon à inclure au sein d’un double programme avec The Social Network, les deux films se répondant sur plein de points. Mais la réalisation de Sorkin est hélas trop démonstrative, la voix-off omniprésente surlignant perpétuellement ce qu’on a compris grâce aux regards, aux mouvements, aux échanges des personnages. Et Kevin Costner, admirable. En une scène, assis sur un banc, le mec fait chialer.

Mercredi 3 janvier 2018

Enfin rattrapé The Florida Project que j’ai adoré. Je comprends désormais la parenté avec l’excellent American Honey d’Andrea Arnold. Le film partage d’ailleurs le même plan sublime d’une femme filmée en contre-plongée, avec le bras levé vers un beau ciel bleu. Sean Baker jette un regard tendre, juste et touchant sur ces américains qui rient, qui crient, qui pleurent, qui hurlent dans la rue ou ailleurs, qui dansent, se battent et dont l’énergie déborde avec ferveur. J’aime la manière dont Sean Baker utilise les couleurs chatoyantes et les accessoires (glaces) dans le film, comme pour masquer la douloureuse réalité d’un Amérique rongée par la précarité. The Florida Project est un cousin lointain d’un autre récit bouleversant sur l’Amérique des oubliés, filmé à hauteur d’enfant : Les Bêtes du Sud Sauvage et donne l’impression d’un film très rigoureux (écriture/direction d’acteurs/réal/montage) mais qui reste parcouru d’une spontanéité rafraîchissante

Contrechamps indispensable du Dunkerque de Nolan, Les Heures Sombres marque la conscience collective par son esprit humaniste, sa mise en scène soignée et son Gary Oldman absolument parfait en Churchill. Loin d’être académique, Joe Wright parvient à magnifier son thriller politique en lui offrant une dimension romanesque (le temps de quelques scènes jamais gênantes, bien au contraire). La mise en scène raffinée et pertinente de Wright et la photographie spectrale de Delbonnel sont vraiment des plus-values. Disons que les choix d’éclairage contrastent avec la luminosité du propos pour mieux révéler les conflits internes qui animent Churchill. Le mélange entre recherche de reproduire une certaine réalité historique et apport d’éléments romanesques fictionnels m’a plu dans car les ingrédients sont savamment dosés. D’ailleurs, ça me permet de parler de quelque chose d’important : le souci de réalisme importe dans une œuvre qui cherche tant bien que mal à reproduire notre monde. Mais l’imaginaire, le pouvoir d’évocation des images et le symbolisme me paraissent tout aussi nécessaires. Du reste, c’est un peu comme le « manichéisme » (et son inévitable lien à la Morale), que je perçois tantôt comme une qualité, tantôt comme un défaut selon le genre et le traitement apporté par l’auteur. Le degré élevé de fidélité d’une œuvre au réel, c’est tantôt un atout, tantôt gonflant. Tout est question de dosage, de genre, de suspension de crédulité. C’est à analyser au cas par cas.

Jeudi 4 janvier 2018
Le début de Super Dark Times est prometteur, avec un pitch solide, des pistes intéressantes et de bons comédiens, puis ça s’effondre progressivement pour sombrer dans le ridicule vers la fin et être un gâchis. Même erreur que The Invitation selon moi, le film aurait dû conserver jusqu’au bout l’atmosphère paranoïaque dans lequel il baigne en maintenant l’ambiguïté sur les intentions de ses personnages. Je reste séduit malgré tout par le bon casting, le spleen élémentaire convaincant des quatre ados et l’atmosphère anxiogène de certaines scènes, plutôt bien fichues. Dernier mot sur Elisabeth Cappuccino, révélation féminine éblouissante de Super Dark Times et actrice à suivre.
Bon Burn Out, c’est caricatural (intrigue/personnages) au possible, sans nuances, mais il y a une bonne tension, Gozlan sait filmer et j’aime la façon dont il joue sur l’inéluctabilité d’un accident. François Civil est par ailleurs excellent. L’épilogue vient comme un cheveu sur la soupe par contre, allant à l’encontre de la résolution de l’arc du perso central. Le style immersif de Gozlan accentue l’empathie pour le personnage de Civil, on est avec lui, on a peur, on tremble, on sue, le cinéaste joue à fond là dessus et ça fonctionne plutôt bien.
Samedi 6 janvier 2018

12 Hommes en Colère est vraiment exceptionnel et mérite amplement son statut de « classique ». Réalisation, écriture, acting sont d’une modernité incroyable. Le propos humaniste de Lumet, par le biais d’un discours critique complexe sur la peine capitale, est indispensable ! L’assurance de Sidney Lumet derrière la caméra est bluffante. De même que la confiance accordée à son casting masculin et à son scénario, traité avec passion. Je suis à deux doigts de me mater Le Gang Anderson The Deadly Affair ou The Verdict, ma curiosité pour le cinéma de l’immense Sidney Lumet est insatiable.

Dans Merlin L’Enchanteur la mythologie Arthurienne est sous exploitée, arc principal au traitement relativement basique (apprentissage d’un jeune garçon intrépide par un vieux sage), péripéties et chansons faiblardes … c’est pas terrible. A retenir : l’inventivité de certains passages, proches de Tex Avery, avec en tête l’exemple de la cavalcade de Moustique, transformé en poisson, pour échapper au gros brochet. Les métamorphoses des personnages sont visuellement assez pauvres. Le récit initiatique est bien établi mais je sais pas, ça m’a pas transporté (alors que le film a tout pour me plaire sur le papier)

Sherlock Holmes (2009) ne brille pas par son intrigue, relativement basique et nécessitant trop de sauts de foi abusés, mais reste agréablement badass et ludique. Et Robert Downey Jr Jude Law et Mark Strong sont excellents. Disons que Guy Ritchie dépoussière le mythe Sherlock Holmes en insufflant une bonne énergie et un dynamisme à la mise en scène. Les actes de l’antagoniste Lord Blackwood sont toutefois bien incohérents : pourquoi diable vouloir parler à Sherlock Holmes (et balancer au passage quelques indices sur son plan) en prison, avant sa pendaison ? Pour le narguer ?? Bizarre. Et Guy Ritchie pousse un poil trop loin le curseur de l’action et du spectacle à gros budget, au détriment de la profondeur du personnage imaginé par Sir Arthur Conan Doyle. Par ailleurs, j’apprécie beaucoup la photographie brunâtre de Rousselot, qui donne l’image d’un Londres gothique assez crade. Et la BO composée par Hans Zimmer, bâtie autour de l’utilisation à outrance de cordes tziganes, est vraiment très bien, enfonçant le clou d’une relecture assez unique et stylée Sherlock Holmes, c’est aussi Guy Ritchie qui exorcise le fait qu’il ne réalisera sans doute jamais un James Bond. Le personnage de Dredger fait très Henchman James Bondien.

Dimanche 7 janvier 2018

Je sais plus trop comment j’en suis arrivé là mais je suis devant DragonBall Evolution. Pire qu’une insulte au manga original d’Akira Toriyama, c’est surtout un très mauvais film (tout court, sans même évoquer un critère adaptatif). Zéro rigueur dans l’écriture, pas de mise en scène, effets spéciaux ignobles, casting pathétique, costumes de kermesse. Les personnages n’ont pas le temps d’exister, tout va beaucoup trop vite (présentation des enjeux/romance/récolte des boules…), l’intrigue est toute pétée, le récit initiatique est ultra basique True Story : DragonBall Evolution reste mon flop #1 All-Time depuis sa sortie (1er avril 2009, comment oublier l’ironie!). C’est HORRIBLE à tous les niveaux artistiques,  c’est comme si chacun des protagonistes impliqués dans le processus créatif de cette adaptation n’avait jamais pris la peine de s’intéresser à l’univers mythique du manga. Il n’y a RIEN à sauver, c’est le néant total. Pire qu’une casserole dans un CV, DragonBall Evolution est un tueur de carrière : James Masters n’est jamais revenu au cinéma et James Wong n’a plus réalisé de film après ça. Totale indigence du scénario: comment la sous fifre de Piccolo fait-elle pour se transformer en Chi-Chi ? Pourquoi ne le fait-elle pas tout le temps ? Pourquoi Bulma n’a pas commencé la chasse aux Dragon Balls plus tôt si elle a un détecteur ? et ainsi de suite. James Wong a si honte de ses monstres (les abominations créées avec le sang de Piccolo) qu’il ne les filme même pas. Quand Goku se bat avec eux, ils apparaissent quasi hors champs. Le plus incroyable, c’est la présence de l’excellent Stephen Chow au générique, en qualité de producteur. Mais pas sûr qu’il ait fait grand chose, je pense que c’est un statut purement « honorifique » (c’est à mille années lumière de son hommage à DBZ, Shaolin Soccer)

Lundi 8 janvier 2018

Sherlock Holmes 2 Jeux d’Ombres est plutôt chouette aussi. Ça ressemble un peu à du Gore Verbinski (Sherlock = Jack Sparrow). L’alchimie entre Robert Downey Jr. et Jude Law est toujours au beau fixe (merci la patte Joel Silver). Très critiqué à sa sortie, c’est pourtant une suite honorable et tout à fait regardable, à la fois distrayante et bien mise en scène (réalisation un poil moins pertinente que dans le premier cela dit). Dans cette suite, les intuitions du célèbre détective relèvent parfois de facilités scénaristiques (deus ex machina?), dont le meilleur exemple est l’évasion de la cave à Paris. Mais Guy Ritchie a l’intelligence d’ajouter une corde à son arc en s’amusant de son procédé (lors du climax) de ralentis illustrant la vivacité d’esprit de Holmes lorsqu’il planifie ses prochains coups. L’intrigue est un peu fumeuse par contre, je n’ai pas trop compris le « plan » du mégalomane Moriarty, ni même les retournements censés illustrer la manière dont Holmes désamorce ses agissements. Mais ce « plan » du vilain permet surtout à Guy Ritchie de développer ses ambitions James Bondiennes, Moriarty faisant vaguement penser à Blofeld dans cet opus.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s