Critiques Cinéma

DOWNSIZING (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le ‘downsizing’. Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek (Matt Damon) et sa femme (Kristen Wiig) à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours.

L’une des forces de la science fiction, au delà de sa capacité à nous faire entrer dans un univers qui échappe à notre réalité, est de s’emparer des préoccupations qui nous entourent pour se projeter dans un futur plus ou moins proche, dans lequel les progrès de la technologie permettront d’apporter des réponses ou, au contraire, de matérialiser nos pires craintes. Quand Jack Arnold réalisa l’homme qui rétrécit (1958), adapté du roman de Richard Matheson, ce qui arrive à Scott matérialise ainsi deux craintes traversant alors l’Amérique: la peur d’une contamination radioactive, la transformation économique et sociale de la société américaine, notamment l’émancipation des femmes et ses conséquences sur la remise en cause du modèle patriarcal. Contaminé par un mystérieux nuage radioactif, Scott va ainsi constater que sa taille diminuant, sa position dans la société et dans son couple se trouvent fragilisées. De même, les objets de consommation qui l’entourent, symbole de réussite sociale dans l’Amérique des années 50, deviennent soudainement autant de dangers potentiels, soulignant ainsi la superficialité de son existence. Dans le scénario d’Alexander Payne et de Jim Taylor, dont ce sont les retrouvailles 13 ans après Sideways, cette réduction de taille, l’élément de science fiction du film, renvoie à deux des grandes préoccupations de notre époque: la perte de pouvoir d’achat affectant les classes moyennes jusque là épargnées et l’épuisement des ressources naturelles de notre planète. Cette dernière préoccupation est à l’origine des travaux d’une équipe de chercheurs norvégiens qui ont réussi à miniaturiser l’homme afin de réduire de façon spectaculaire son impact sur l’environnement. Si les intentions des chercheurs étaient écologiques, la démocratisation de leur invention et sa popularité reposent sur des considérations bien plus individualistes, le pouvoir d’achat des candidats à la miniaturisation étant promis à une augmentation inversement proportionnelle à leur taille. Ainsi, après cette opération, un homme de 1m80 avec un compte en banque de 150 000 dollars mesurera moins de 13 cm mais aura un pouvoir d’achat équivalent à près de 13 millions de dollars.

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A travers ce récit, Alexander Payne pointe à nouveau du doigt l’individualisme de nos sociétés, mais aussi le fait que le discours écologique a toujours autant de mal à pénétrer les consciences. Demander aux gens de changer pour le bénéfice des générations futures reste une utopie. L’argument économique, la promesse d’un bénéfice immédiat, restent le meilleur moyen de changer les comportements. Pour la majorité des téméraires prêts à devenir lilliputiens, il ne s’agit en effet pas d’un acte militant et citoyen mais bien du souhait d’améliorer leur niveau de vie, voire de gravir de façon spectaculaire l’échelle sociale pour devenir de riches et oisifs citoyens déresponsabilisés et déculpabilisés. Si le début du récit semble indiquer qu’Alexander Payne met résolument le cap vers un territoire qui lui était jusqu’alors inconnu, celui de la science fiction et de l’intégration des effets spéciaux à sa mise en scène, c’est en réalité pour continuer son exploration de territoires qui lui sont bien plus familiers. A commencer par son personnage principal, Paul (Matt Damon), lequel à l’instar de Warren (Monsieur Schmidt), Miles et Jack (Sideways), Matt (The Descendants) ou Woody (Nebraska), est en pleine crise existentielle. Matt Damon compose un personnage débonnaire à la Jack Lemmon auquel Payne avoue avoir pensé au moment de l’écriture. Il est l’insider parfait pour nous faire entrer dans cet univers et nous questionner sur ce que serait notre choix si cette nouvelle existence et condition de lilliputien nous garantissait un niveau de vie auquel nous n’aurions jamais osé rêver. Son chemin sera ainsi le nôtre.

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Dans son premier acte, Downsizing trouve un équilibre remarquable entre la satire sociale et la science fiction, suivant le parcours de Paul, de sa découverte de l’invention, des raisons qui le poussent à se lancer dans l’aventure avec son épouse (Kirsten Wiig), jusqu’au jour J avec les douloureuses étapes préparatoires au rétrécissement (épilation intégrale, passage chez le dentiste…). Ce souci du détail est gage d’immersion et d’identification. Il crédibilise cet univers, en explore le potentiel comique tout en ne laissant pas de côté le facteur humain, les enjeux et questions qu’une telle invention soulève. Mise entre les mains d’un pouvoir autoritaire, cette invention pourrait en effet devenir un outil d’oppression de son peuple, comme cela sera bien trop rapidement évoqué avec le personnage de Ngoc (Hong Chau). On pense aussi à la dystopie imaginée par le groupe Genesis dans le titre Get’em Out By Friday de l’album Foxtrot. Si Paul et les habitants de Leisureland ont fait le choix d’accepter cette réduction de taille, on peut imaginer que les générations futures risquent de se la voir imposer par un pouvoir peu scrupuleux, y voyant un intérêt financier évident. Ils entendront alors peut être la même annonce télévisée laconique du directeur du contrôle génétique (« It is my sad duty to inform you of a four foot reduction of humanoid height »).

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Si dans plusieurs scènes, pour les besoins de l’installation de son univers et de la découverte de la nouvelle condition de Paul, Alexander Payne s’amuse avec bonheur au jeu d’échelles inhérent à son sujet, son ambition et son propos n’est pas de s’y attarder comme le fit Jack Arnold. Il revient donc naturellement vers un univers et des thématiques qui lui sont plus familières, faisant abstraction de notre monde et restant collé au  quotidien de Paul et de ses nouveaux voisins. C’est dans cette bascule vers l’univers familier des films d’Alexander Payne que le bât blesse, les situations étant plus convenues et les personnages plus archétypaux que ce à quoi sa grande finesse d’écriture nous avait alors jusque là habitués. Quelque chose est grippé dans la petite musique qui faisait le charme de ses précédents films, comme s’il avait perdu une partie de son mojo en explorant d’abord d’autres territoires. Pertinent et mordant lorsqu’il fait se confronter notre monde et la promesse de ce monde lilliputien, Downsizing tombe dans l’anecdotique lorsqu’il reste collé à ses petits personnages dont on se rend compte qu’ils le sont également au sens figuré. L’émotion ne prend pas et le charme s’étiole  même singulièrement à notre plus grand désespoir. Christoph Waltz, en voisin allumé et roublard, fait son numéro habituel, volant les scènes où il apparaît et parasitant à nos yeux le propos du film. Hong Chau est quant à elle une belle révélation, mais ne parvient jamais réellement à dépasser l’agacement que suscite son personnage, trop longtemps enfermé dans une mécanique comique de domination avec celui de Paul. Au final, prédomine l’impression que la promesse du film n’est pas réellement tenue et que Payne s’est arrêté à mi chemin de la nouvelle route qu’il avait tracé. Il y avait là matière à faire un grand film et l’on se retrouve simplement devant un bon film qui nous aura fait réfléchir et amusé trop peu de temps.

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Titre Original: DOWNSIZING

Réalisé par: Alexander Payne

Casting : Matt Damon, Kristen Wiig, Christoph Waltz, Hong Chau …

Genre: Science Fiction, Drame, Comédie

Sortie le : 10 janvier 2018

Distribué par: Paramount Pictures France

3 STARS BIEN

BIEN

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3 réponses »

  1. Ma mère a hâte de voir ce film, à ce que j’en ai compris. J’ai vu les bandes-annonces, et ça m’a l’air meilleur que Chérie J’ai Rétréci Les Gosses.

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