Critiques Cinéma

MUSE (Critique)

SYNOPSIS: Samuel Salomon, un professeur de littérature, s’est absenté durant 1 an après le décès de sa fiancée. Depuis, chaque nuit, il fait un cauchemar dans lequel une femme est assassinée selon un étrange rituel. Quand cette femme est retrouvée morte dans la même position que le rêve de Samuel, ce dernier décide de se rendre sur la scène du crime. Il y fait la rencontre de Rachel, qui fait chaque nuit le même rêve que lui. Ensemble ils vont tenter de découvrir l’identité de cette mystérieuse femme et entrer dans un monde terrifiant contrôlé par Les Muses. 

On pouvait s’interroger sur ce qui avait pu se passer pour qu’un nouveau long-métrage signé Jaume Balaguero ait pu se retrouver sacrifié en sortie technique (à peine trois salles en France !) peu avant une sortie VOD prévue pour avril 2018. En fin de compte, la raison serait bien simple à expliquer (une énième histoire d’obligations contractuelles sur lesquels le distributeur The Jokers n’a pas souhaité argumenter…), mais pour le coup, au vu de ce qu’est le résultat final, il y aura un constat assez fatal à faire sur la direction empruntée par l’un des cinéastes de genre les plus talentueux du pays des tapas. On l’aura encensé pendant longtemps le Balaguero, du premier film révélateur (La secte sans nom) jusqu’à la grosse gifle hardcore (Rec) en passant par une poignée de péloches bien pimentées (Fragile, Darkness). Mais au vu d’une fin de parcours peu glorieuse pour la saga Rec (on vous passe les détails sur la médiocrité du quatrième et dernier épisode) et d’un énième shocker-movie assez bancal (Malveillance), le cinéaste semblait bien parti pour entamer la descente de celui qui tombe très vite en disgrâce après avoir atteint la consécration. Muse ne fait pas qu’entériner ce sentiment de chute libre : au-delà d’un parangon de médiocrité narrative dont on peine à croire que Balaguero en soit l’auteur, c’est surtout à la déconfiture totale d’un style et d’une approche personnelle de la terreur que l’on assiste ici. À se demander si la muse qui lui soufflait jusque-là des idées géniales à l’oreille ne serait pas brutalement partie avec la caisse…

Sans doute un peu lassé par les circonvolutions horrifiques de la saga Rec, Balaguero a visiblement choisi ici de s’en tenir à un succédané fatigué de tout ce qu’il a déjà pu explorer par le passé : des manoirs plongés dans la pénombre (avec un chef opérateur qui fuit la lumière du soleil comme la peste !), un zeste de sciences occultes et de phénomènes paranormaux, un traumatisme qui agit sur le mental d’un personnage-enquêteur au bout du rouleau, un vieux-sage-scientifique-qui-en-sait-bien-plus-qu’il-ne-le-laisse-croire-mais-qui-se-contente-de-faire-la-gueule (pauvre Christopher Lloyd…), quelques pincées de gore qui ne font plus aucun effet, sans oublier les quelques décors inamovibles de l’imaginaire horrifique espagnol (en particulier les orphelinats et les sanatoriums). La nouveauté, ici, c’est le cadre : ni plus ni moins que l’Irlande, réduit ici à l’état de décor et non de milieu. Sans désir apparent d’explorer un environnement précis pour en extraire la moelle de l’intrigue exploitée, Balaguero se contente de filmer la patrie d’Enya comme n’importe quel rivage catalan noyé sous une pluie battante et un ciel grisâtre à se tirer une balle. Et encore, il n’y a qu’à voir ce qu’il a voulu raconter : après une intro érotico-énigmatique dont on peine à saisir le lien avec ce qui va suivre (mais patience…), un ancien professeur d’université se retrouve confronté à une série de meurtres rituels d’une violence hallucinante, révélant peu à peu l’existence d’une société secrète de muses utilisant les pouvoirs insoupçonnés de la poésie.

Pour un film d’horreur basé sur l’effondrement des barrières cartésiennes, c’est dire si cette idée s’avérait infiniment prometteuse : le pouvoir des mots, l’impact de la rime poétique sur l’esprit ou le physique, la sensation d’envoûtement et d’aspiration dans le néant créée par cette force verbale. Un sujet en or, hélas exploité n’importe comment dans un film qui ne sait jamais sur quel pied danser et quel ton choisir en priorité. Tout se résume hélas ici à une enfilade de péripéties sans énergie interne, où chaque scène d’horreur ne suscite rien d’autre qu’un ennui poli, le tout avec une marmelade de clichés supra-éculés qui défilent tous à la queue leu leu : héros endeuillé et lancé dans une enquête-kamikaze, mère courage réduite à faire la pute pour entretenir sa progéniture, proxénète à l’accent cockney sorti d’un mauvais Guy Ritchie, et vilaine MILF à rictus crispé (la très sexy Joanne Whalley, ex-madame Val Kilmer) dissimulée sous une tenue de veuve démoniaque issue du Dario Argento des mauvais jours. Que du déjà-vu, du mille fois rebattu qui, à la longue, n’arrive même plus à étonner et encore moins à déranger.

Même la mise en scène de Balaguero, en général surpuissante pour étoffer une intrigue relativement basique, n’arrive pas à ce degré d’intensité que Rec et Darkness ont pu atteindre. Il faudra ici se contenter d’un rythme mollasson, digne d’un épisode très moyen de Cold Case et noyé dans une atmosphère outrancièrement déprimante, où casting et équipe technique semblent sous perfusion en attendant une hypothétique dose de Juvamine qui n’arrivera jamais. De quoi rendre le dénouement d’autant plus justifié dans son côté « bâclé », d’abord au vu d’un gros foutoir ésotérique qui trouve soudain sa « logique » par une révélation-express mal amenée, ensuite au vu d’une scène finale qui saborde salement son climax émotionnel afin d’envoyer le générique de fin le plus vite possible. Difficile de savoir si Balaguero n’en avait rien à faire ou s’il était simplement en toute petite forme, mais le manque d’énergie interne et d’incarnation rend le résultat difficilement défendable, surtout au vu de ce qu’il a pu offrir par le passé. Tout ce qu’il y a à sauver ici se résume au générique de début, à la fois très beau et très graphique dans son déferlement de mutations organiques. Hélas, ça ne fait pas un film et ça ne suffit pas à le sauver.

Titre Original: MUSE

Réalisé par: Jaume Balaguero

Casting : Elliot Cowan, Franka Potente, Ana Ularu…

Genre: Epouvante-horreur, Fantastique, Thriller

Sortie le: 29 novembre 2017 et le 04 avril 2018 en Vidéo / Digital

Distribué par: The Jokers

TRÈS MAUVAIS

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