Critiques

LIAR : LA NUIT DU MENSONGE (Critique Saison 1) Un effort malhabile…

SYNOPSIS: Très investi dans son travail, le chirurgien renommé Andrew Earlham se décide – encouragé par son fils à sortir – à proposer un rencard à Laura Nielson, professeur fraîchement célibataire et soeur d’une de ses collègues. La soirée semble se passer à merveille. Et pourtant, au petit matin, Laura, choquée, prétend avoir été violée. Rien ne laissait présager un tel drame. Andrew, surpris par les accusations, clame son innocence. Lequel des deux ment ? Une chose est sûre, l’affaire va avoir des répercussions sur l’entourage respectif des deux intéressés. 

Liar, la nouvelle série de ITV, commence, comme de nombreux thrillers, avec une protagoniste qui se réveille un matin sans aucun souvenir de la nuit précédente. Bon d’accord, ça ne commence pas exactement à ce moment-là, mais il s’agit bien de l’élément déclencheur pour Laura (Joanne Froggatt) et Andrew (Ioan Gruffudd). Laura est professeur dans un lycée écossais fréquenté par Luke (Jamie Flatters), le fils d’Andrew. Ce dernier est veuf et médecin dans un hôpital où il travaille avec Katy (Zoë Tapper), la sœur de Laura. Notre protagoniste féminine se remet tout juste d’une rupture amoureuse. Le fils d’Andrew de son côté, en a ras-le-bol de voir son père déprimer, et voilà donc nos deux personnages principaux partis pour un rendez-vous galant. Ça se passe bien, ils dînent, ils boivent, ils se promènent sur la jetée, et à la fin de la soirée, se retrouvent chez elle. Fondu enchaîné pour nous faire atterrir le lendemain matin quand Laura se réveille, paniquée et en larmes, convaincue qu’elle a été violée. Andrew lui, pense plutôt que ce premier rendez-vous s’est révélé prometteur et maintient que tout ce qui s’est passé cette nuit-là était consenti. Le titre de la série prend alors tout son sen, et l’on s’enfonce, au fur et à mesure des épisodes dans un engrenage de mensonges, de souvenirs incomplets et d’opinions opposées sur ce qui s’est, ou ne s’est pas passé lors de cette première nuit.

Soyons direct, une histoire de viol écrite par deux hommes (Harry Williams et Jack Williams), et réalisée par deux autres (Samuel Donovan et James Strong) fera sans doute lever les yeux au ciel. Mais la série refuse de se laisser porter à une vision trop facile des choses, et se fait remarquer par sa technique quasi irréprochable. On pourrait facilement se laisser porter par ces longs plans d’extérieurs qui se déroulent comme des rubans le long des plages écossaises, la musique de Glenn Gregory et Berenic Scott, ou encore la photographie de Matt Gray, qui fait si bien ressortir les pavés mouillés de Grande Bretagne. La série est également servie par deux acteurs impeccables, impliqués à cent pour cent dans ce scénario bancal et leur sincérité, leur sens de l’abandon, leur désir d’apporter toute les nuances possibles aux personnages sont l’alpha et l’oméga de ce qui rend le face-à-face intéressant. Liar veut explorer les tréfonds de la psyché humaine en se basant sur le fait, très simple et très vrai, que tout le monde ment, mais en évitant de tomber dans le piège qui lui tend les bras : celui de suggérer qu’il est tout à fait acceptable de violer les menteuses. Car en dépit de ses qualités, la série se heurte à un problème des plus contemporains, et mets son propos en lumière d’une manière certainement bien intentionnée, mais assez maladroite.

Comme on l’a mentionné plus haut, la prémisse de Liar repose sur l’éternelle tension entre deux versions contradictoires d’un même évènement, un mécanisme qui marche généralement plutôt bien (comme dans The Night Of par exemple), mais qui met ici la série en équilibre précaire. En effet, mettre l’homme possiblement accusé à tort de viol sur le même pied que la victime présumée est un choix éminemment problématique, pour ne pas dire dangereusement ignare. Le nombre de personnes faussement accusées de viol est infinitésimal, surtout quand on le compare aux statistiques des viols reportés qui culmine à un quart de million par an, soit 900 par jour (et ce sans compter toutes les victimes qui ne se sentent pas libres, ou capable de parler). Par conséquent, en termes de trauma, nos deux personnages ne jouent pas vraiment dans la même cour. Que l’on se rassure, la série évite promptement de tomber dans l’abjection la plus totale, même si elle a recours à quelques rebondissements assez invraisemblables dans la seconde partie de la saison pour le faire. L’intrigue, alourdie par son problème de base, souffre donc d’un manque de subtilité et d’un timing épouvantable, alignant la sortie de la série au moment même où les prédateurs sexuels de l’industrie tombent comme des dominos gangrénés, et que l’opinion du public se range, peut-être pour la première fois de l’Histoire, du côté des victimes. Un effort malhabile pour une série qui se voulait fine, mais qui n’y arrive pas. A vous de décider si les acteurs, l’ambiance et les paysages écossais de Liar valent la peine de faire abstraction du reste.

Crédits : ITV / Sundance TV/ TF1

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2 réponses »

  1. A lire un tel commentaire je me demande si nous avons vu la même série… Au contraire de cette critique un peu rapide, il n’y a pas de pied d’égalité entre agresseur et agressé, ce n’est pas le propos.
    Il y a la construction d’un mensonge que l’on perçoit rapidement, et comment certains actes des deux parties le font prospérer.
    Réduire une série, donc un divertissement, à des statistiques sur le viol et à une étude sur la psychologie humaine c’est accorder bien trop de crédit à la télévision…
    Oui, on se demande qui ment, un peu.
    Oui les acteurs sont bons.
    Oui le cadre est bon et la mise en scène propre.
    Et oui, j’ai passé une bonne soirée, et devant la tv, c’est suffisamment rare pour etre souligné.

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