Critiques Cinéma

MARVIN OU LA BELLE ÉDUCATION (Critique)

marvin belle education affiche cliff and co

SYNOPSIS: Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l’intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l’exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s’est quand même trouvé des alliés. D’abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l’encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.

En finir avec Eddy Bellegueule était le phénomène de la rentre littéraire 2014. Écrit par un surdoué de 21 ans, l’ouvrage relatait, en deux parties, l’enfance puis l’adolescence d’Eddy, né dans une famille très pauvre de Picardie, condamné socialement à reproduire le schéma familial. Soit quitter l’école jeune, aller travailler à l’usine, et n’avoir pour seul horizon qu’une femme qu’il n’aime pas, les aides sociales pour tout confort, et l‘alcool entre âmes perdues pour supporter le quotidien, comme son père. Seulement Eddy est homosexuel. Il s’en rend compte très jeune, et est complètement rebuté par les relations hétérosexuelles. Pourtant, face à l’impossibilité sociale de sa condition d’être un « pédé », face aux violences physiques et verbales de son entourage, Eddy essaie de rentrer dans la norme. Cela lui prendra des années, mais Eddy Bellegueule fuira, sauvé par la littérature, et se transformera, tel le vilain petit canard du conte d’Andersen en Edouard Louis, un jeune homme assumant son homosexualité sans complexe, nourri de Bourdieu et de Foucault, étudiant brillant, et finalement auteur reconnu dès son fracassant premier ouvrage. 

Marvin ou la belle éducation n’est officiellement pas une adaptation d’Edouard Louis. Et même si les parallèles sont trop nombreux pour être des hasards (en fait, presque tout est identique, sauf le moyen d’émancipation du personnage principal, dans le livre la littérature, dans le film le théâtre), là n’est vraiment pas la question. Car Anne Fontaine s’est emparée de l’essence même de l’ouvrage (une émancipation par la culture, les rencontres et la prise de conscience de sa condition) pour en tirer une oeuvre plus personnelle, crue et qui ne peut pas ne pas faire réfléchir. Qui n’a jamais eu l’impression d’être enfermé dans sa propre vie ? Qui n’a pas eu envie, besoin même, de voir au-delà des murs qu’impose son origine sociale, la bien-pensance ou les gens qui l’entoure? Marvin.., c’est l’histoire de cette renaissance, sans artifices quant à la violence (des autres, mais aussi celle que l’on se fait à soi-même) nécessaire pour faire exploser les barrières. 

Marvin… est un film coup de poing, qui prend aux tripes. Par la construction du récit, entre passé et présent, mettant en parallèle la souffrance et la libération du personnage. Par la mise en scène, franche et honnête, tant dans la poésie que dans les sévices. Enfin, et surtout, par l’incroyable travail du casting du film. En tête, le Marvin en question, joué avec une puissance presque mutique par Finnegan Oldfield. La force qui se dégage du jeune acteur, pris entre doute et détermination, est impressionnante. Il faudra désormais compter sur lui dans le paysage cinématographique français. Saluons également Jules Porier, le jeune Marvin, vraiment impressionnant dans un rôle aussi difficile et mature. Charles Berling et Isabelle Huppert (dans son propre rôle) n’ont plus à prouver leur talent, ni Vincent Macaigne, d’une douceur infinie dans son rôle de mentor, précurseur au destin du héros.

L’une des meilleures scènes du film est d’ailleurs la rencontre entre ces deux êtres, ces deux solitudes que l’émancipation viendra sauver. Mais la grosse grosse claque vient (sans surprise), de l’un des meilleurs acteurs français du moment, un monstre de talent, qui dévore l’écran à chacun de ses rôles. Interprétant le père de Marvin, Grégory Gadebois est tout simplement ahurissant de vérité en père de famille sans éducation, fruit de sa condition sociale, mais au final doux comme un agneau et fier comme un paon de son fils, qui aura réussi à s’extraire de ce que son destin le condamnait à être. Si vous ne devez vous déplacer en salle que pour une seule raison, c’est pour lui. Si vous vous posez des questions sur votre sexualité et que vous n’osez pas vous poser les bonnes questions, c’en est une autre. Et, ne vous y trompez pas, Marvin, ou la belle éducation, a de nombreux autres arguments à faire valoir, ce qui en fait un film à ne pas rater.

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Titre Original: MARVIN OU LA BELLE EDUCATION

Réalisé par: Anne Fontaine

Casting : Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Isabelle Huppert,

Vincent Macaigne, Charles Berling …

Genre: Drame

Sortie le: 22 novembre 2017

Distribué par: Mars Films

EXCELLENT

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