Critique Blu-Ray

MIRACLE MILE (Critique Blu-Ray)

4,5 STARS TOP NIVEAU

SYNOPSIS: Los Angeles, 4h05 du matin. Après un rendez- vous raté avec la femme de sa vie, Harry décroche le téléphone d’une cabine qui ne cesse de sonner. Une voix lui apprend que des missiles nucléaires vont s’abattre sur Los Angeles dans 1 heure et 10 minutes. Une folle course contre la montre va s’enclencher.

Les modes de consommation du cinéma ont considérablement évolué depuis les années 80, décennie où un film comme Miracle Mile, une fois sorti en salles ne pouvait compter que sur le bouche à oreille des rats de vidéo club et de cinémathèque pour exister au delà de leur diffusion très limitée. L’explosion du marché de la vidéo, l’existence de plateforme de téléchargements (même illégales) permettant un accès quasi immédiat aux films, l’importance pris par les réseaux sociaux, ont joué un rôle considérable dans la réhabilitation ou la découverte de nombreux films jusque là condamnés à l’anonymat. Le second film de Steve de Jarnatt en est un des exemples les plus remarquables, tant il était encore méconnu il y a 3 ans, malgré la présence au casting d’Anthony Edwards, qui allait devenir l’une des stars de la série Urgences. Son édition en Bluray (USA) en juillet 2015, puis un tweet de Joe Dante en août 2016, qualifiant de chef-d’œuvre le film de son ami Steve de Jarnatt, ont nourri un buzz qui a enfin permis à Miracle Mile de toucher un large public et de gagner la reconnaissance de la critique qui l’avait ignoré jusque là. Dans un mouvement inverse, certains en font même aujourd’hui une œuvre culte et nous ne sommes pas loin de leur emboîter le pas, le film de Steve de Jarnatt en réunissant les qualités attendues. Miracle Mile est en effet à la fois une grande réussite formelle, portée par l’extraordinaire bande originale composée par Tangerine Dream et une passionnante capsule temporelle renfermant un témoignage sur une époque où la paranoïa liée à la menace d’une guerre atomique avec l’URSS contaminait encore les esprits comme le cinéma américain.

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Quand des films comme Testament (autre chef-d’œuvre méconnu de cette décennie) et Le Jour d’Après (Nicholas Meyer, 1983) s’intéressent principalement aux conséquences de cette guerre nucléaire tant redoutée, le film de Steve de Jarnatt se place quelques minutes avant, optant pour un compte à rebours d’autant plus efficace qu’il adopte le point de vue du citoyen apprenant fortuitement qu’il est déjà trop tard. Il ne s’agit pas ici de s’interroger sur les raisons de cette guerre mais sur la façon dont nous réagirions face à une telle annonce, comment l’incrédulité cède peu à peu à la panique et ce que nous ferions pendant ces dernières heures. Harry Washello (Anthony Edwards) n’est pas un héros, pas plus qu’il n’a le profil du type ordinaire que des événements extraordinaires vont transcender. Il est un type normal qui dans une situation extraordinaire, va hésiter, commettre des erreurs et se laisser guider par son cœur plus que par sa raison. Comme Paul (After Hours), la vie de Harry va basculer en une nuit interminable, entre rêve et cauchemar, peuplée de rencontres improbables. Musicien de jazz, solitaire, en quelques heures, l’espace de la rencontre avec celle qui pourrait être la femme de sa vie et de cet appel lui annonçant l’apocalypse nucléaire, Harry se trouve à la fois au début de sa possible nouvelle vie et à quelques minutes de sa fin quasi certaine. Dans une première ébauche du scénario, Steve de Jarnatt avait pensé à un personnage plus âgé qui retrouverait son ex-femme. Il n’a heureusement conservé cette idée que pour des personnages secondaires, le destin de ce pauvre hère étant beaucoup plus ironique et dramatique, parfaitement dans le ton du film et de la composition de Tangerine Dream. L’ironie est d’ailleurs présente dès le début du récit, la rencontre entre Harry et Julie (Mare Winningam) ayant lieu dans un muséum d’histoire naturelle, les faisant contempler l’histoire de l’humanité à quelques heures d’apprendre son extinction quasi certaine.

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Avec Miracle Mile, Steve de Jarnatt invite le film apocalyptique dans une trame typique de beaucoup de comédies de cette décennie, reposant sur la rencontre entre un homme et la fille de ses rêves. Cela confère au film un charme et une ironie qui allège salutairement le récit quand celui-ci opte par ailleurs pour un certain réalisme et se teinte de noirceur à mesure que se précise la menace. L’esthétique du film n’est par ailleurs pas prisonnière des années 80 même si le look des personnages est lui clairement enfermé dans cette époque. Ce quartier du Miracle Mile, situé à Los Angeles le long du boulevard Wilshire, dans lequel est circonscrite toute l’action, évolue plutôt dans une esthétique de fin des années 60, notamment avec ce grand dinner où Harry voit son destin basculer. Steve de Jarnatt a mis 8 ans à monter son film et a ainsi pu longuement travailler en amont sur l’atmosphère qu’il voulait créer et dans laquelle devait évoluer son récit, entre réalisme et cauchemar éveillé de son personnage principal. Il a collaboré notamment avec un artiste de comic book, Paul Chadwick (la série Concrete publiée chez Dark Horse) dans les pas duquel s’est mis le directeur de la photographie Theo Van de Sande (Blade), pour donner au film son apparence de cauchemar coincé dans une époque indéterminée.

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Miracle Mile a ainsi une atmosphère unique baignant dans les nappes électroniques de Tangerine Dream, dont le thème principal est par ailleurs une réinterprétation de celui que le groupe avait composé pour Risky Business. Le deuxième pilier de Miracle Mile est l’alchimie entre ses deux amoureux, le musicien de jazz solitaire et la serveuse vivant seule avec sa grand mère, deux âmes perdues au milieu de cette grande ville, sur le point de perdre ce qu’ils se désespéraient de pouvoir trouver. La complicité entre Anthony Edwards et Mare Winnigham (Turner et Hooch, Georgia) crève l’écran, n’a pas besoin de s’appuyer sur de longues lignes de dialogue. Ce qu’il se passe entre eux ne se fabrique pas et nourrit le film, ce que l’on perçoit de leurs personnages et de leur alchimie se jouant au delà même des situations dans lesquelles le scénario peut les placer. Leur histoire pourrait se passer du contexte « pré apocalyptique » et être le cœur du film qui serait alors tout de même une très charmante comédie romantique. Cette « humanité » et ce background des personnages sont ce qui fait qu’un film de science fiction ou fantastique peut embarquer le spectateur dans un récit à priori déconnecté de sa réalité. Fantaisiste le film l’est par moment, notamment dans sa galerie de personnages secondaires qui permet de retrouver Brian Thompson (l’un des bad guy les plus iconiques des 80’s, inoubliable dans Cobra, aperçu également dans Terminator) dans un rôle qui ne dépareillerait pas dans une série Z. Mais cette fantaisie ne fait pas basculer le film, Steve de Jarnatt sachant précisément où il veut emmener son récit. Il s’est même battu pour imposer sa fin qui aurait dû être toute autre, si son scénario avait servi, comme il en était question, de base au film La Quatrième Dimension. Passé quasiment inaperçu dans les années 80, Miracle Mile est un miraculé sauvé de l’oubli mais donc aussi un petit miracle de cinéma, le second et ultime film d’un réalisateur dont l’implication, la détermination et le très grand talent sont finalement justement récompensées.

Titre Original: MIRACLE MILE

Réalisé par: Steve de Jarnatt

Casting : Anthony Edwards, Mare Winningham, Denise Crosby…

Genre: Drame, Romance, Fantastique

Date de sortie :  En Blu-Ray et DVD le 13 novembre 2017

Distribué par: Blaq Out

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

 

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