Le Festival de Cam

Stranger Things… dans la cabane au fond du jardin

6 novembre 1994.

« Alice, tu me reçois ?  »

Silence. Mon talkie-walkie se met à grésiller. Je le secoue.

 » Alice, tu me reçois ?
– Oui, je te reçois. Les monstres sont couchés ?
– Affirmatif ! Tu peux rappliquer.
– Reçu ! Je contacte Sonia et Charlotte pour leur dire que le champ est libre et on arrive.
– Dépêchez-vous. Mes parents rentrent vers 22h, il nous reste 2h.
– J’arrive vite, promis.
– Promis ?
– Les amies ne mentent pas.  »

Fin de la communication. Je coupe mon talkie et fonce dans la cuisine. Ce soir, c’est la liberté. J’ai 9 ans et je garde mes frangins toute seule pour la première fois. Je fais la fière mais j’ai hâte que la bande se ramène. Cette histoire d’alien sur laquelle je suis tombée à la télé m’a foutu les jetons.

A l’aide d’une chaise, je grimpe pour attraper la boîte de bonbons au-dessus du micro-ondes. Kriiiiiiiiiiii… Quelqu’un vient de pousser la porte de la cuisine. Je bondis de la chaise en hurlant. Une ombre apparaît dans l’encadrement.

 » Tom, putain ! Tu m’as fait peur. Qu’est-ce que tu fais là ? »

Mon frère se frotte les yeux :

 » Pourquoi tu piques des bonbons ?
– Va te coucher !
– Donnes-en moi et j’y vais. « 

Je m’exécute pour qu’il me laisse tranquille. Il tourne les talons et repart dans sa chambre avec son butin.

Cela fait maintenant 15 minutes que les filles devraient être là. Qu’est-ce qu’elles fabriquent ? Je souffle dans mon Coca pour faire de la mousse. Dehors, le chien du voisin aboie. Je m’ennuie. J’attrape mon talkie.

 » Alice, tu es là ? Alice, tu me reçois ?
– Oui, on est à vélo. Promis, on arrive dans 5 minutes. « 

L’ampoule au plafond de la cuisine s’éteint et se rallume.

 » Magnez-vous.
– On arrive, je te dis !
– Vous restez en ligne ?
– Si tu veux. Tu flippes toute seule ? »

Le chien continue d’aboyer. La lumière de la cuisine se met à vaciller.

 » Il se passe des trucs bizarres, c’est tout.
– C’est ça, tu flippes ! « 

Un bruit de métal retentit à l’extérieur. Je sursaute.

 » Je crois qu’il y a quelque chose dehors.
– Va voir.
– C’est ce que je comptais faire. « 

Je prends mon courage à deux mains et j’ouvre la baie vitrée. J’avance doucement sur la terrasse. Le brouillard rend la nuit encore plus sombre. Seul un croissant de lune parvient à transpercer l’obscurité. Le chien aboie de plus belle. Le rythme de mon cœur s’accélère. La cabane au fond du jardin est éclairée. J’avance doucement. L’herbe est mouillée et trempe mes chaussettes. Mon talkie se met à grésiller.

 » Brrrrrrr…. Un truc approche. Il est assoiffé de sang. Une ombre se dresse sur le mur derrière toi, te plonge dans le noir. Il est tout près !
– Ta gueule Alice ! Il y a de la lumière dans notre cabane.
– Allez ne panique pas. C’est peut-être juste le fantôme de Kurt Cobain.
– Très drôle ! Non sérieusement, je fais quoi ?
– Envoie-lui une boule de feu ou un sort de protection.  »

J’entends des rires au bout de l’émetteur. Je suis en train de me liquéfier.

 » Vous vous marrerez moins si c’est Freddy Krueger qui est venu me chercher.  »

Je continue d’avancer vers la cabane. Très lentement. J’hésite un moment à rebrousser chemin pour aller m’enfermer à double tour dans la maison mais la curiosité finit par l’emporter.

 » Qui est là ?
– Tu ne devrais pas demander ça, me dit Alice, tu sais que ça porte malheur. « 

Je ne suis plus qu’à quelques pas de la cabane. Je m’attends à tout moment à voir une sorte d’E.T. en sortir.

Frrrchiiiituuuuuuiiiiiiicrrr… Quelque chose vient de passer sur ma droite en faisant un bruit de raptor. Je ne réfléchis pas, je fonce directement dans la cabane et claque la porte derrière moi. J’attrape une chaise et essaye de bloquer la poignée. Rien à faire. Quelque chose approche, je le sens. Tout mon corps tremble. Je me recroqueville.

 » Qu’est-ce qui se passe ? demande Alice.
– Il est là. « 

Le chien du voisin n’aboie plus. J’aperçois une ombre à travers le jour de la porte. Je rêve, ce n’est pas possible. L’ampoule de la cabane se met à clignoter. J’entends comme un liquide couler. La lumière s’éteint, se rallume. Un craquement. Le bruit d’une roue de vélo qui tourne, puis qui dérape sur l’herbe. Le talkie grésille. Quelqu’un frappe à la porte.

 » Camille, tu es toujours là ? « 

Silence…

Un texte inspiré de Stranger Things et, bien sûr, d’E.T., l’extraterrestre

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