Critiques Cinéma

BORG / McENROE (Critique)

2,5 STARS MOYEN

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SYNOPSIS: BORG/McENROE est un film sur une des plus grandes icônes du monde, Björn Borg, et son principal rival, le jeune et talentueux John McEnroe, ainsi que sur leur duel légendaire durant le tournoi de Wimbledon de 1980. C’est l’histoire de deux hommes qui ont changé la face du tennis et sont entrés dans la légende, mais aussi du prix qu’ils ont eu à payer.

Le sport de haut niveau se nourrit d’affrontements récurrents et spectaculaires entre des athlètes dont le style et le tempérament s’opposent à tel point que leur rivalité dépasse même le cadre strict de leurs matchs/combats. A l’instar par exemple de la boxe (Ali Vs Frazier, Sugar Ray Leonard Vs Roberto Duran), de la Formule 1 (Senna Vs Prost, Lauda Vs Stewart) et du cyclisme (Hinault Vs Anquetil), le tennis a ainsi construit sa popularité sur des oppositions de légende, sur des matchs épiques qui ont marqué des générations de spectateurs. Le plus beau d’entre eux, le plus mythique, est probablement celui qui opposa Björn Borg à John McEnroe en finale de Wimbledon 1980, sommet du jeu et point culminant de la rivalité entre deux champions que tout opposait.

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C’est ce match qui est le point culminant du premier long métrage de fiction de Januz Metz, célébré pour son documentaire (Armadillo, 2010) pendant lequel il suivait des soldats danois engagés dans le combat contre les Talibans. C’est donc à une toute autre matière à laquelle il s’attaque même si le sport emploie souvent des métaphores guerrières. Pour son passage à la fiction, il doit briser la malédiction qui semble condamner le tennis à ne pas être considéré comme un bon sujet de cinéma. En effet, à l’opposé de la boxe dont le cinéma a tiré inspiration pour tant de grands films, le tennis attend toujours son film référence. Réduit au mieux à ne faire que de la figuration fut-ce chez Hitchcock (L’Inconnu du Nord-Express), aucun film n’a jusqu’alors su rendre hommage à ces champions ou explorer l’incroyable dramaturgie des matchs qui ont marqué l’histoire de ce sport dont la popularité était au sommet au début des années 80.  Il y avait dans ce sujet suffisamment de matière, tant en ce qui concerne le tempérament de ces deux joueurs, que le scénario du match, pour que le film ne soit pas simplement éclairant mais soit électrisant, comme on l’attend d’un film de sport. C’est précisément ce qui fait malheureusement défaut au film de Janus Metz.

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Borg / McEnroe nous laisse dans la position du spectateur, comme aurait pu le faire un documentaire (à ce titre il faut regarder celui produit par HBO en 2010: Fire and Ice). Il semble toujours rester un peu en retrait de son sujet qu’il aborde d’une façon très académique alors qu’à nos yeux, un bon film de sport doit aussi sentir la sueur et être fait avec les tripes, l’engagement de ces champions tant mental que physique étant total et devant se ressentir viscéralement à l’écran. Par un montage alterné, on suit d’abord les quelques jours précédant le début du tournoi, découvrant des façons de se préparer et des tempéraments radicalement différents. De ce point de vue le film est assez édifiant sur un aspect de la personnalité de Borg (Sverrir Gudnason) qui est méconnu du grand public. Celui que l’on disait maître absolu de ses émotions est un angoissé, un maniaque du contrôle,  que les allers retours temporels du scénario nous montrent comme un adolescent incapable de se canaliser. Si la relation avec son manager (Stellan Skarsgård) se révèle intéressante et touchante, celle avec sa femme est tout juste survolée, alors qu’il y avait sûrement matière à creuser vu la personnalité de Borg. Il est assez manifeste que des deux champions, c’est Borg qui intéresse le plus Metz et son scénariste. Son arc narratif est infiniment plus intéressant que celui de McEnroe (Shia Labeouf) que les flashbacks nous montrent comme un adolescent sage et brillant, sans que l’on puisse réellement comprendre ce qui s’est passé en lui pour qu’il devienne ce jeune homme frondeur et incapable de contrôler ses émotions. Sa personnalité comme ses rapports avec son père ne sont pas réellement explorés.

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Shia Labeouf est excellent et de tous les acteurs que l’on pouvait imaginer avoir suffisamment de folie et d’intensité pour incarner « Big Mac », il était certainement le meilleur choix. Malheureusement, il a finalement très peu à jouer, très peu à creuser au delà de la personnalité que l’on voyait sur les terrains. Il en est réduit au rôle d’adversaire désigné de Borg, auquel il est ce qu’un Clubber Lang était à Rocky: le bad boy mal aimé par les foules qui veut faire tomber leur idole. Ceci étant, s’il y a un joueur qui pourrait se plaindre du sort que lui réserve le film, ce serait ce cher Vitas Gerulaitis (Robert Emms). S’il est certes aussi connu pour avoir été un gros fêtard et pour avoir consommé de la cocaïne pendant sa carrière, il est réduit à cette seule fonction que ce soit avec McEnroe ou Borg . Il est réduit à n’être qu’un personnage comique qui nous fait sourire à chaque apparition. Le film n’est bien évidemment pas sur lui et n’avait pas à rappeler ses hauts faits (vainqueur de l’Open d’Australie, finaliste de Roland Garros et de l’US Open, un match exceptionnel contre Borg perdu au 5ème set en 1/2 finale de Wimbledon 1977 ..) mais réduire ce joueur à un rôle de bouffon, d’autant plus quand on parle d’un défunt, est à nos yeux très problématique (imaginons la même chose avec Yannick Noah dont le palmarès n’est pas supérieur et les frasques connues: la polémique serait vive et justifiée…)

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Au delà de cette polémique qui glissera sur beaucoup qui n’ont pas connu ou ne se sont pas intéressés à cette époque, Borg / McEnroe déroule un programme assez classique pendant ses 2 premiers tiers, laissant la portion congrue à son climax: la confrontation tant attendue en finale de Wimbledon. N’ayant pas su nous impliquer, nous surprendre, dépasser son schéma de jeu pour employer une métaphore sportive, on ne ressent pas le petit frisson que doit nous donner tout bon film de sport au moment où les champions entrent dans l’arène. La mise en scène de Janus Metz ne rattrape malheureusement rien. Il rend extrêmement mécanique un match dont la dramaturgie est exceptionnelle, écrase sous la musique les moments de tension, casse par son montage la dynamique du match, ignore totalement les aspects tactiques et simplifie à l’extrême les aspects psychologiques de cette finale. Il est bien  sûr plus compliqué de recréer un match de tennis qu’un match de boxe, les carences techniques des acteurs ne pouvant jamais être masquées mais il ne tente rien pour nous impliquer et nous donner envie de prendre partie pour l’un des deux champions: crier « Come On » avec McEnroe quand il emporte finalement le 4ème set après avoir sauvé tant de balles de match, ou encourager Borg quand il sert à nouveau pour le match dans le 5ème set… Pour le coup Januz Metz a envoyé la balle dans le bas du filet alors qu’il avait eu tout le temps pour préparer sa frappe. Trop scolaire, trop lisse, jamais grisant, Borg / McEnroe échoue à être le film référence que le tennis  et ces immenses champions méritaient.

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Titre Original: BORG / McENROE

Réalisé par: Janus Metz Pedersen

Casting : Shia LaBeouf, Sverrir Gudnason, Stellan Skarsgård 

Genre:  Biopic, Drame

Date de sortie: 8 novembre 2017

Distribué par: Pretty Pictures

2,5 STARS MOYEN

MOYEN

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