ENTRETIENS

Entretien avec Patrick Chesnais : « Il y a un moment où un personnage vit sa vie et vous échappe… »

Samedi 14 Octobre 2017. En début d’après-midi nous retrouvons Patrick Chesnais au bar d’un grand hôtel parisien. Décontracté et détendu malgré ses multiples activités, le comédien qui sera le 20 octobre sur France 2 dans Noir Enigma, le 4ème volet des Saisons Meurtrières après Hiver Rouge, Bleu Catacombes et Jaune Iris (qui seront également rediffusés par la chaine) se confie sur son personnage du Commissaire Rousseau, son travail sur cette collection et sur sa carrière au cinéma ou au théâtre. Près de 40 minutes avec un comédien fidèle à l’image qu’il renvoie et d’une grande générosité. Compte rendu:

Vous avez eu des difficultés à retrouver à chaque fois l’humeur du Commissaire Rousseau ?

Ce n’est pas très difficile et puis j’étais avec des partenaires avec qui je m’entendais bien comme Camille Panonacle et Jane Birkin. Après qu’on ait fait le premier c’était encore plus simple et ensuite on le fait avec l’humeur du moment. La tonalité et l’identité des films étaient relativement proches et j’avais tellement d’autres activités à côté… Moi j’aime bien faire des acrobaties et changer de registre et là ça me permettait d’être dans quelque chose que je connaissais et que je maîtrisais et il se trouve que c’était l’identité du personnage.

Quelle est votre définition du Commissaire Rousseau ?

C’est quelqu’un qui a du cœur et qui en même temps est très pudique. Il est bienveillant, généreux bien que d’apparence il soit fermé et bougon. La combinaison des deux permet d’en faire un personnage attachant. Son regard sur le monde est fort et bienveillant mais est également teinté de beaucoup de complexité. C’est un homme qui a passé sa vie en baignant dans le crime ce qui lui a donné un certain fatalisme à force d’en avoir vu et ce fatalisme le rattrape dans sa vie personnelle. Il vit avec une espèce de distance ce qui ne l’empêche pas d’être impliqué. Rousseau c’est un personnage rempli d’une humanité qui se dévoile petit à petit, et c’est mieux que si tout était là tout de suite sur la table. On suit la partition et on l’exécute avec le metteur en scène (Manuel Boursinhac) et c’était une espèce de  volonté de ma part que le personnage ne soit pas monolithique mais soit rattrapé par la vie, par des problèmes et qu’il vacille à un moment donné et c’est très intéressant que son histoire augmente et se déploie, ce qui est aussi mieux pour le public qui le voit évoluer.

Vous parliez de Manuel Boursinhac qui réalise après Xavier Durringer, Charlotte Brandström et Didier Bivel. Est-ce que le fait de changer de réalisateur pour chacun des téléfilms a donné une couleur différente comme les titres et les saisons l’indiquent ?

Je crois oui. Je pense que c’est bien de changer, de ne pas travailler en pantoufles et dans un certain confort et d’avoir un regard différent, une manière de travailler différente et d’avoir un échange avec le metteur en scène. La technique on s’en fout un peu, ce qui importe c’est la façon dont il vous regarde et dont il perçoit les situations et les personnages. C’est intéressant d’avoir un regard différent à chaque fois qui peut peut-être apporter autre chose. Ce regard est important, on en tient compte, on joue avec d’une certaine manière.

L’une des caractéristiques de ces 4 téléfilms c’est que l’on peut les voir indépendamment les uns des autres mais qu’il y a aussi un fil rouge ?

Je pense en effet qu’on peut très bien les voir séparément. C’est comme une série mais avec des fins bouclées à chaque fois.

Est-ce que vous avez lu les romans de Gilda Piersanti ?

Non. Je crois que c’est un peu une paresse comme toujours en même temps j’avais des textes à apprendre, des scénarios à travailler. J’ai commencé à mettre le nez dedans et puis j’ai vu que ça se passait à Rome, que ce n’était pas tout à fait pareil et j’ai lâché l’affaire mais je ne dis pas que maintenant quand j’aurais un moment je ne vais pas me mettre à les lire. Mais je ne pense pas que ça aurait pu me servir pour le rôle. J’imposais entre guillemets ma propre psychologie ou mes propres envies ou idées ou besoins pour le personnage.

Quels sont vos rapports de travail avec Camille Panonacle depuis Hiver Rouge ? Ont t-ils évolués ?

C’est une fille absolument formidable. On peut lier des rapports extrêmement faciles avec elle qui sont justes et vrais. Elle est charmante, calme, elle a de l’humour. Je l’aime beaucoup. C’est important d’ailleurs lorsqu’on passe quatre films à travailler ensemble. Prendre du plaisir quand on tourne c’est aussi avoir un partenaire avec qui on s’entend très très bien. Et avec Camille, on a sympathisé rapidement et  on a parlé de nos vies personnelles on est allés des fêtes ou au restaurant ensemble et ça nous a permis d’instaurer une réelle intimité.

Dans Noir Enigma, les attentats sont évoqués au tout début… ?

Au départ dans le script ce n’était pas prévu, mais quand on a commencé à tourner on était en plein dedans, c’était dans l’air du temps. Dès qu’il y a un coup de feu quelque part, on pense tous à un attentat et ça nous paraissait légitime d’évoquer la question.

A chaque fois il y a des vedettes invitées prestigieuses. Là pour Noir Enigma, c’est Andréa Ferréol et Rufus. Qu’est-ce que ça représente à vos yeux ?

Je suis content d’avoir d’excellents comédiens qui fassent des guest stars comme on dit. C’est toujours jubilatoire et intéressant et je suis très content qu’Andréa Ferréol et Rufus soient venus jouer dans ce film et apporter leur talent et leur expérience. C’est un plaisir supplémentaire.

Il n’y auras pas de cinquième enquête, c’est sûr et certain ?

Non même si à un moment avec la production on s’est posés la question et un traitement avait même été commencé avec le même personnage, avec Camille Panonacle aussi. Quelque chose qui était dans la continuité sans être adapté des romans évidemment. C’était très intéressant, on avait fait appel à de jeunes scénaristes rentre dedans et rock’n roll mais la chaine n’a pas donné suite.

Vous même vous êtes lecteur et spectateur de polar ?

Oui j’ai toujours été amateur de polars même si rien n’est plus énervant qu’un mauvais polar. C’est un genre universellement apprécié.

A part dans La Mondaine en 1994 ou dans No Limit, vous n’avez jamais joué d’autre personnage récurrent à la télévision. Est-ce un choix délibéré, est-ce que c’est un piège ou une plus grande liberté d’interpréter un personnage récurrent ?

Il ne faut pas en abuser. Dans mon cas notamment moi je fais beaucoup de cinéma et si on est trop identifié à un personnage de télévision populaire, il y a quelque chose qui s’écroule au cinéma. Ce n’est évidemment pas une question de talent. La Mondaine c’était intéressant, c’était une grosse production comme No Limit d’ailleurs mais pour La Mondaine, j’avais une grande liberté et c’était une très bonne expérience. Par contrat, je pouvais réécrire les dialogues ce que je faisais, j’avais un droit de regard sur le choix des metteurs en scène et ma partenaire Ilaria Borrelli est toujours une de mes meilleures amies. Le premier épisode on avait fait 51% de parts de marché, j’avais reçu des télégrammes de Mougeotte et de Le Lay et j’avais tapis rouge partout (Rires). On faisait des gros scores même si les autres étaient en dessous mais ça s’est arrêté car le CSA estimait que c’était trop violent et les éditorialistes de TF1 avaient misés sur le côté un peu sulfureux, scandaleux, dans des milieux interlopes mais en fait ils ont changé leur fusil d’épaule en cours de route en disant qu’ils voulaient une image plus familiale mais sinon il y en avait six autres qui étaient prévus.

En ce moment vous jouez au théâtre avec Tant qu’il y a de l’amour avec Laurent Gamelon , Marie-Anne Chazel et Valérie Bègue. Que pouvez-vous en dire ?

C’est un des gros succès de la rentrée, les salles sont pleines, c’est électrique. Là on est dans le burlesque pur et dur, on est dans la farce, une comédie qui avec des ingrédients boulevardiers au départ part ensuite en vrille dans tous les sens. C’est une espèce de machine infernale à faire rire.

C’est un équilibre nécessaire pour vous d’alterner théâtre et cinéma ?

Je crois que c’est nécessaire oui. J’ai besoin d’être en activité constamment et le cinéma vous laisse souvent de longues plages de liberté ou d’oisiveté. Et j’adore le théâtre, j’en viens, comme j’aime faire des incursions à la télévision aussi.

Votre filmographie démontre votre fidélité à de nombreux metteurs en scène avec qui vous avez tourné à deux ou trois reprises comme Michel Deville, Didier Kaminka, Didier Le Pêcheur, Claude Lelouch, Maurice Barthélémy etc ?

Quand on s’est bien entendus avec un metteur en scène et que lui est content de votre travail, il n’y a aucune raison de ne pas remettre ça.

Votre expérience avec Claude Lelouch pour Il y a des Jours et des Lunes et La Belle Histoire c’est une méthode que vous avez apprécié ?

C’est une méthode qui ne ressemble à rien de répertorié avec les autres metteurs en scène, tout est permis avec Lelouch, il prend toutes les libertés. Un peu comme Julian Schnabel avec qui j’avais fait Le Scaphandre et le Papillon. Je vais tourner avec lui là et en anglais. J’ai une grande scène avec Willem Dafoe. Tout ça pour dire que Schnabel comme Lelouch pendant la prise il traverse le champ. Lelouch lui il est hors cadre et il souffle le texte. Il se permet des choses comme ça de temps en temps, il applaudit après les prises, il pleure, il rit, il vit, il complimente, il est enthousiaste… Lelouch il fait comme on pense que ça doit se tourner un film. Ça m’a vraiment plu. Il y a des Jours et des Lunes c’est vraiment un très bon film.

Revenons sur deux de vos films, Bienvenue Parmi Nous de Jean Becker et Les Beaux Jours de Marion Vernoux. Est-ce que les personnages que vous y interprétiez ont été importants pour vous de façon personnelle ?

Il y a aussi Je ne suis pas là pour être aimé de Stéphane Brizé dont on me parle souvent. Oui ça a compté. Le film de Becker j’ai tout de suite senti ce que je pouvais faire avec ce personnage et que je pouvais me l’approprier et en faire quelque chose qui me ressemble. J’ai eu beaucoup de plaisir à évoluer à travers ce personnage et à travers le regard de Becker qui était très enthousiaste à mon égard. Pour Les Beaux Jours, je trouve que Marion Vernoux est un superbe metteur en scène, elle cherche, elle vit le moment, elle recommence tout en mettant la caméra ailleurs, j’aime bien ça, c’est très féminin et très créatif. Il y a un moment où un personnage vit sa vie et vous échappe. Vous êtes là avec vos ingrédients, ce que vous êtes puis le personnage vous échappe. Je crois que dans toute création artistique il y a quelque chose qui à un moment vous échappe et c’est le cas de ces personnages.

Quels sont vos prochains projets ?

En ce moment je tourne le film de Jean-François Richet avec Vincent Cassel, Denis Ménochet …, L’Empereur de Paris qui est une grosse production. Ça se passe au dix-neuvième siècle, c’est en costumes, je me suis rasé la moustache… C’est autour de l’histoire de Vidocq. Je joue le chef de la police qui essaye d’instrumentaliser Vidocq et il y a quelque chose entre eux qui est assez fort. Je pense qu’il veut manipuler Vidocq et à la fin c’est Vidocq qui le manipule (Rires) C’est un personnage assez décalé, assez fou, assez drôle je pense. Ce n’est pas une comédie, c’est un film de genre avec beaucoup d’action, de bagarres, de chevauchées avec énormément de figurants. Et j’ai aussi un film qui va sortir au mois de janvier Moi et le Che de Patrice Gautier. C’est un film très clivant et j’ai beaucoup aimé tourner ça.

La mise en scène c’est quelque chose que vous allez refaire ?

Je cherche un sujet. J’avais écrit un scénario avec Eric Assous qui s’appelait Dure est la nuit qui était très intéressant et pour lequel j’avais trouvé un producteur mais pour des raisons personnelles, je n’ai plus eu envie de le réaliser. Depuis je suis tellement pris par mes activités d’acteur que pour le moment je n’ai pas trouvé de nécessité ou d’idée suffisamment extraordinaire ou une envie sidérante qui fasse que je doive impérativement le faire. Faut peut-être pas attendre trop longtemps non plus parce qu’à un moment il sera trop tard.

Propos recueillis par Fred Teper

Merci à Luc Adam qui a permis cette interview

 

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