Critiques Cinéma

LA BAULE-LES-PINS (Critique)

SYNOPSIS: Les vacances de juillet 1958, sur une plage de la côte atlantique. La petite Sophie, 8 ans, et sa grande sœur Frédérique subissent la mauvaise entente régnant entre leurs parents, pressentant le drame du divorce qui ne manquera pas de se produire. 

Depuis 1977 et son premier film, Diabolo Menthe, Diane Kurys arpente le cinéma en explorant avec régularité le versant intime de sa vie au gré de ses souvenirs. C’est dans cette veine autobiographique qu’elle a signé ses films les plus touchants, les plus réussis et les plus universels. Échappant pourtant à ce constat, La Baule-Les-Pins n’est peut-être pas son plus grand film mais possède pourtant ce charme indéfinissable et cette émotion diffuse qui s’attache à ses travaux les plus personnels. S’inscrivant dans la droite lignée de Diabolo Menthe et de Coup de Foudre, La Baule-Les-Pins, qui peut-être vu comme la troisième époque, raconte un épisode de l’enfance de la réalisatrice en se concentrant sur la période qui potentiellement précède les évènements de Diabolo Menthe et se déroule après ceux racontés dans Coup de Foudre. Par bien des aspects, La Baule-Les-Pins fait penser à Diabolo Menthe, d’abord car ici aussi ce sont par les yeux des enfants que nous est racontée cette histoire, par le truchement de leur regard teinté de l’innocence et de l’insouciance de l’enfance. A travers leurs regards, ce sont les relations des parents que l’on voit se disloquer et leurs grands yeux éberlués captent chaque soubresaut que l’égoïsme des adultes laisse percevoir. Dans La Baule-Les-Pins les moments d’espoir succèdent aux chagrins irréparables, et si la bulle des vacances permet de mettre quelques temps les problèmes sous cloche, ils finissent évidemment par ressurgir en se devant d’être enfin affrontés. En 1958, période où le film se déroule, le divorce était loin d’être aussi anodin qu’il l’est désormais et c’est ce traumatisme de petite fille que raconte Diane Kurys, glissant dans les interstices des respirations bienvenues, entre sourires, baignades et amusement.

Entre les frustrations liées à des épiphénomènes qui marquent pourtant la mémoire enfantine pour toujours, entre ces maladresses lexicales des adultes dont les enfants ne comprennent que trop bien la signification, on ressent comme une tendresse douce-amère qui nous fait nous remémorer nos propres souvenirs de vacances ou de conflits familiaux. Sous le soleil de La Baule, Diane Kurys excelle à dépeindre la complicité des fratries, entre amour indélébile et jalousie ponctuelle, bien aidée par les enfants qu’elle dirige à la perfection et dont le naturel explose à l’écran, dans des scènes qui peuvent paraitre anodines mais qui font au contraire tout le prix et la densité de son récit. La plupart des séquences entre enfants fonctionnent magnifiquement, les dialogues et leurs gestes sonnent justes et ils nous font passer du rire aux larmes avec la même facilité. De même leurs échanges avec leurs parents, leurs émotions, leurs premiers émois et leurs premiers gestes empruntés du quotidien sont empreints d’accents de vérité assez bluffants.

Pour jouer les parents Diane Kurys a su s’entourer d’acteurs majuscules. Nathalie Baye semble un peu en retrait dans la première partie du film avant de se lâcher et de pouvoir jouer sur de multitudes de registres comme la femme amoureuse, la mère aimante, l’épouse qui s’émancipe et elle trouve des variations dans ses intentions de jeu qui prouvent quelle grande comédienne elle est. Jean-Pierre Bacri dans la peau de ce beauf qui oscille entre l’humanité et la colère est vraiment excellent, plein de dérision et de gaucherie qui en font un passionnant personnage de chair et de sang. Il en va de même pour Richard Berry, violent et tourmenté par sa femme d’un côté et rempli d’amour et de douceur envers ses filles, favorisant ainsi l’empathie que l’on éprouve à son égard. Autour de ces trois-là, Zabou, Valéria Bruni-Tedeschi et Vincent Lindon jouent des personnages moins nuancés et moins bien caractérisés, plus monolithiques et attendus en quelque sorte. Mais on l’a dit le film vit aussi grâce au naturel des enfants (dont Emmanuelle Boidron, Mlle Navarro) et Julie Bataille, cette dernière étant au cœur de l’une des scènes les plus fortes du film qui nous vaut quelques frissons. En choisissant la voie de la sincérité et de suivre les élans de son parcours et de son cœur, Diane Kurys ajoute une pierre douce-amère à sa filmographie même si elle s’avère un peu naïve et sans toutes les aspérités qui auraient pu en faire un grand film. Mais en nous renvoyant un miroir dans lequel on peut se regarder et retrouver une part de notre enfance, elle touche à l’essentiel : L’universalité.

Titre Original: LA BAULE-LES-PINS

Réalisé par: Diane Kurys

Casting : Nathalie Baye, Richard Berry, Jean-Pierre Bacri…

Genre: Comédie dramatique

Date de sortie :  14 février 1990

Distribué par: –

BIEN

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