Critiques

THE STATE (Mini-Série – Critique Épisodes 1 & 2) Brillant et sans simplification

SYNOPSIS: Quatre jeunes Britanniques décident de tout quitter pour partir en Syrie afin de rallier l’armée de l’État islamique. Jalal veut suivre les traces de son frère aîné. Il a convaincu son meilleur ami, Ziyaad, de l’accompagner. Shakira, mère célibataire, emmène avec elle son fils de 9 ans. Elle espère mettre ses compétences de médecin au service des combattants de Daesh. Ushna, adolescente qui s’est radicalisée sur internet, arrive elle à Raqqa persuadée qu’elle va remplir son devoir religieux.

The State, minisérie de quatre épisodes écrite et réalisée par Peter Kominksy (Wolf Hall) n’a pas fini de faire couler l’encre, à défaut du sang. La série, brillamment photographiée par Gavin Finney, s’est attirée les louanges des uns et les foudres des autres. Pour certains, son apparent penchant à humaniser les membres de Daech est un jeu dangereux qui pourrait augmenter le nombre de recrues de l’État Islamiste. Pour d’autres, la série ne représente pas les vrais djihadistes, se veut trop manichéenne et simplifie trop la problématique. Kominsky devait savoir, quand il a commencé à écrire son script, qu’il prenait un risque énorme en se penchant sur l’État Islamique (ISIS en Anglais) alors que le Royaume-Uni subit encore les effets de nombreuses attaques terroristes. On aurait cependant tort de croire que The State glorifie Daech et se complait gratuitement dans la violence et la douleur : la série refuse catégoriquement d’entrer dans le jeu de la simplification en plaçant tous les « gentils » d’un côté et les « méchants » de l’autre, elle n’excuse en rien les atrocités commises, et souligne d’ailleurs la tragédie de ceux qui, malgré leur enthousiasme du début, réalisent peu à peu qu’ils sont pris au piège d’un système qu’ils n’avaient pas forcément compris.

Vous aimerez :

L’écriture : Il n’y a pas assez d’adjectifs dans la langue française pour dépeindre la délicatesse du scénario. C’est brillant, nuancé, versatile, parfois subtil, parfois grossier, plein d’humanité, de compassion, contrebalancé par la violence, la dureté et parfois carrément l’horreur des situations.

Les acteurs : Servi par une distribution de jeunes inconnus débordant de talent, The State reste fidèle à son cahier des charges : laisser l’humain se manifester que ce soit dans sa cruauté ou sa douceur, ce qui donne une magnifique mosaïque de personnages venus d’horizons différents qui réagissent chacun à leur manière.

Le ton : Pas évident d’éviter les extrêmes lorsqu’on parle d’un groupe d’extrémistes et pourtant, The State réussi l’exploit de faire coexister plusieurs réalités ; entre ceux qui croient dur comme fer au message, ceux qui exploitent la faiblesse des autres pour avancer, et ceux qui se retrouvent pris dans l’engrenage de la machine et ne savent plus comment en sortir. C’est un tour de force remarquable que de juxtaposer tant de points de vue sans jamais abandonner sa position et la série s’en tire avec une grâce impressionnante.

Vous n’aimerez peut-être pas :

La violence : On va être franc, si vous êtes plutôt craintifs et n’avez pas de goût particulier pour la violence à l’écran, The State n’est pas pour vous. On a beau ne pas patauger sans cesse dans l’hémoglobine, la menace est présente partout, tout le temps, et la tension impossible à ignorer.

L’apparente absurdité de certaines décisions : La série ne s’intéresse pas au pourquoi du comment. On ne sait pas vraiment comment les gens en viennent à se radicaliser et l’on se focalise davantage sur ce qu’il arrive à ceux qui décident de tout laisser derrière eux pour rejoindre la Syrie. Ce qui, par extension, fait que l’on peut trouver le choc de nos protagonistes lorsqu’ils se retrouvent confrontés à la violence de leur nouvel environnement complètement ahurissant.

Le manque de réponses: La série n’avance aucune hypothèse expliquant pourquoi un jeune Britannique aurait envie de joindre le Jihad, pourquoi les membres de l’organisation qui n’adhèrent pas à sa philosophie ne résistent pas au lavage de cerveau, comment l’on peut accepter un état des choses qui va à l’encontre de l’humanité… bref, comment une personne tout à fait raisonnable peut en arriver à de tels extrêmes ? Cela dit, ces questions s’inscrivent dans une bien plus grande problématique, celle de la géopolitique mondiale, coincée entre Daech, Donald Trump, Vladimir Poutine, la Chine, l’Europe, les gros sous et les nids de vipères de la diplomatie internationale, et on ne peut donc pas forcément en vouloir à Kominksy de ne pas avoir trouvé de solution élégante au problème épineux sur lequel tout le monde se casse les dents aujourd’hui.

Crédits : Canal + / Channel 4

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