Critiques

BANKEROT (Critique) On se met au fourneau ?

SYNOPSIS: Trois déclassés tentent de sortir de l’ornière en ouvrant un restaurant, malgré les coups du sort et les magouilles de leur entourage. Entre comédie grinçante et thriller, une belle galerie danoise de fortes personnalités. 

Si vous êtes fan de Feed The Beast, la série avec David Schwimmer annulée l’année dernière, Bankerot vous paraîtra sans doute familier puisqu’il s’agit de l’original dont la chaine AMC avait acheté les droits afin de nous refaire un remake Made in USA dans les règles de l’art. Sortie en 2014, la série danoise n’est composée que d’une seule saison, mais son humour noir (très noir) et son esthétique vaguement hitchcockienne lui valent d’être remarquée par les distributeurs internationaux, et après un petit détour chez nos amis Américains, voilà la série qui débarque en France sur Arte.

Thomas (Martin Buch) a bien du mal à garder la tête hors de l’eau depuis la mort de sa femme, décédée lors d’un accident de la route sous les yeux de leur fils Niklas (Viktor Lukke Clausen). Traumatisé par l’expérience, le petit garçon n’a pas prononcé un mot depuis, ce qui, deux ans après les faits, commence à inquiéter la psychologue de son école qui menace d’appeler les services sociaux et de retirer la garde de l’enfant à son père. C’est alors que débarque Dion (Esben Dalgaard Andersen), vieil ami de Thomas, tout frais sorti de sa prison, qui, avec son addiction à la cocaïne et ses talents de cuisinier, va aider notre protagoniste à réaliser le rêve ébauché il y a bien longtemps avec son épouse : celui d’ouvrir un restaurant. Mais ouvrir un commerce ne se fait pas sans argent, et c’est là que les choses se compliquent : d’investissements crapuleux en organisation criminelle, menée par la redoutable P’tite Souris (Nicolas Bro) qui veille au grain sur la réinsertion de Dion dans la société, nos deux compères vont se retrouver en équilibre précaire sur le fil de la légalité. Ce qui serait déjà épineux pour des gens bien dans leur peau, se révèle être un défi de taille pour ces trois marginaux aux prises avec leurs démons et même l’arrivée d’Hannah (Rikke Louise Andersson), une veuve qui se prend d’affection pour Thomas, aura bien du mal à mettre du baume au cœur de nos personnages principaux.

Bankerot, c’est « banqueroute » en français, lente capitulation face à l’inexorabilité du destin, et il est vrai qu’au cours de ces quatre premiers épisodes, la série donne l’impression d’être en chute libre, quoique savamment calculée. Il est évident que le spectateur est censé prier pour que Dion et Thomas « se remettent en selle » pour emprunter l’expression d’Hannah, et cette remise à cheval va être compromise par de malheureuses circonstances. Sur le papier, il s’agit là d’une prémisse qui devrait passer comme une lettre à la poste mais le fait est que la série stagne de façon assez frappante. Écrite par Malene Blenkoc et Kim Fupz Aakeson, Bankerot bénéficie d’un scénario qui fourmille de bonnes idées mais qui n’a, malheureusement, pas vraiment réussi à trouver son rythme. Plutôt difficile de rester attentif aux mésaventures de nos héros quand on voit arriver chaque péripétie une bonne dizaine de minutes avant qu’elle ne se matérialise à l’écran. Les acteurs font de leur mieux pour donner vie à des personnages qui manquent un tout petit peu de profondeur, puisque rendre un personnage accro à l’alcool ou à la cocaïne ne leur confèrent pas nécessairement une dimension de plus. On notera toutefois la performance d’Esben Dalgaard Andersen, qui se débrouille comme un chef dans la peau de Dion, taulard méticuleux trop habitué à user de force pour obtenir ce qu’il veut. La photographie est grisâtre, l’atmosphère légèrement morose, et il faudra être dans un état d’esprit bien particulier pour apprécier la lenteur d’escargot et la langueur existentielle qui caractérisent la série. Fortement déconseillée les soirs de cafard, donc.

Crédits: Arte

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