Critiques Cinéma

VALÉRIAN ET LA CITÉ DES MILLE PLANÈTES (Critique)

 3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers.

Aujourd’hui souvent décrié voire moqué, non sans quelques raisons, par une partie de la critique qui regarde avec un mélange de circonspection et parfois d’amusement (il est devenu une cible facile pour ceux qui aiment se payer de bons mots pour assassiner des films et des auteurs) sa carrière, il faut reconnaître à Luc Besson le mérite de n’avoir jamais cédé ni à l’abattement, ni à l’aigreur, et de continuer à écrire et mettre en scène ses rêves de gosse, tel un enfant indifférent au regard des adultes,  parlant à ses jouets et s’inventant des histoires improbables. Le tout puissant producteur / réalisateur autrefois enfant prodige du cinéma français (il faut se souvenir de l’aura dont il bénéficiait légitimement après ses six premiers films: Le Dernier Combat, Subway, Le Grand Bleu, Nikita, Léon, Le Cinquième Élément) était attendu (au tournant) pour son retour à la science fiction 20 ans après le Cinquième Élément pour lequel il collabora avec Jean-Claude Mezières, qui n’est autre que le dessinateur de la célèbre bande-dessinée, enfin portée à l’écran par le Peter Pan du cinéma français. L’ayant découvert à l’âge de 10 ans, Luc Besson aura attendu d’avoir les moyens techniques et financiers de rêver plus grand. Valérian et la Cité des Mille Planètes a en effet réuni le plus gros budget de l’histoire du cinéma français et des compétences techniques qui n’ont pas grand chose à envier au cousin américain.

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Transpirant par tous ses pores d’un amour inconditionnel pour le matériau d’origine et d’une passion juvénile intacte pour le cinéma tel que le conçoit Luc Besson, c’est à dire un gigantesque magasin de jouets dans lequel l’enfant qu’il est s’éclate sans aucune retenue, Valérian et la Cité des Mille planètes est le prototype du film « attachiant ».  On en voit tous les défauts, parfois exaspérants mais il est bien difficile de lui résister totalement et de ne pas faire preuve d’indulgence, tant ce film échappe au formatage des blockbusters que l’auteur de ces lignes déplore par ailleurs. Il y a une forme de naïveté telle dans le cinéma de Luc Besson, portée à son paroxysme dans Valérian et la Cité des Mille Planètes, qu’il faut assurément laisser son cynisme devant la porte de la salle de cinéma si on veut pouvoir se connecter à son univers. Besson le producteur aux commandes d’un blockbuster qui pourrait, au vu des sommes engagées, être en cas de gros flop « La Porte du Paradis » d’Europacorp a laissé les commandes de ce gros paquebot à Besson l’enfant, qui écrit des histoires dans lesquelles triomphent l’amour et la fraternisation entre les peuples et dont l’imagination ne semble avoir aucune limite. Valérian et la Cité des Mille Planètes offre durant 2h20 un condensé de tout ce qui peut fasciner et agacer chez son réalisateur. La forme est aussi foisonnante et généreuse que le fond est limité à des enjeux simples (simplistes diront ses détracteurs) servant avant tout de prétexte à l’incroyable trip visuel dans lequel le spectateur se trouve embarqué.

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La débauche d’effets spéciaux qui inondent l’écran, à ce stade on pourrait parler de « sfx porn », peut parfois faire mal aux yeux ou passer pour une démonstration de savoir faire mais l’univers créé est si riche qu’il faudra plusieurs visions pour en faire le tour. Le prologue du film présentant l’évolution des stations orbitales et de la fraternisation spatiale entre les peuples depuis la mission Apollo-Soyouz de 1975, jusqu’à la station Alpha devenue la Cité des Mille Planètes témoigne de l’ambition de son metteur en scène. En mode Georges Lucas, Luc Besson s’amuse à faire de la géopolitique interstellaire et à mettre à l’écran des créatures extrêmement nombreuses et différentes, parfois très improbables comme ces Doghan Daguis, cousins éloignés d’un Howard the Duck dégarni auquel il aurait poussé des ailes de chauve souris. Heureusement pour improbables que soient certaines de ces créatures, aucune n’est horripilante comme pouvait l’être le sinistre Jar Jar Binks. Le fil narratif est mince mais suffisamment solide pour ne pas rompre sous l’enchaînement de péripéties qui conduisent Valérian (Dane DeHaan) et Laureline (Cara Delevingne) à explorer des « mondes » et rencontrer des personnages qui existent au delà de leur enveloppe numérique et de la prouesse technique qui a permis leur création. La seule scène qui soit vraiment purement gratuite et un peu embarrassante est celle de la rencontre entre Valérian et Bubble, une entité extraterrestre capable de prendre l’apparence de n’importe quelle créature ou être humain et qui a en l’occurrence eu la bonne idée de prendre celle de Rihanna pour gagner sa vie dans un cabaret géré par Ethan Hawke. Le show de Bubble/Rihanna accompagné au piano par un Ethan Hawke apparemment ravi de perdre toute crédibilité pour les 20 ans à venir est un moment hors du temps, hors du film, une saillie nanardesque improbable, mais pendant laquelle on sourit en imaginant Luc Besson faire des bonds et applaudir derrière son combo. Aussi improbable soit t-elle l’histoire de cet extraterrestre transformiste, sans papiers, exploité par un patron sans scrupules, sous ses apparences débonnaires, donne un peu d’épaisseur à ce personnage qui avait tout pour être insupportable et dont on finit presque par regretter qu’il n’ait pas plus de temps de présence à l’écran. Au final, on peut même dire que les personnages secondaires, même les moins développés, sont mieux caractérisés et plus attachants que Laureline et Valérian.

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La mécanique adolescente de leur relation, ce jeu permanent entre l’archétype du tombeur qui tombe sous le charme de celle qui lui résiste et l’archétype de la post ado qui en a assez des beaux parleurs et veut un homme, un vrai, tourne rapidement à vide et ne masque pas la faiblesse de la caractérisation des deux héros du film. Pour autant, il est clair que dans un film qui mise tout sur l’exploration d’un univers aussi riche, l’absence d’identification à ces deux personnages n’est pas forcément très problématique, l’essentiel étant qu’ils ne soient pas exaspérants, qu’ils ne gâchent pas l’expérience. Besson n’a jamais été un grand scénariste, ni un grand dialoguiste mais dans un tel univers cette faiblesse n’entraîne pas le film vers des abysses dont il ne peut remonter. Dane DeHaan a certes l’air de sortir d’une très longue dépression et son interprétation est en deçà de ce qu’on attendrait dans ce rôle en terme d’énergie et de charisme, mais il est suffisamment bon acteur pour s’en sortir sans déshonneur et donner l’impression que Cara Delevingne est une bonne actrice, ce qui est un exploit.

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Si le récit propose un bon équilibre entre l’exploration (toutefois plus présente dans sa première partie) et l’action (qui a la grande qualité d’être toujours très lisible), qu’il ne donne pas le sentiment présent dans d’autres blockbusters de traverser de longs tunnels entre chaque morceaux de bravoure, il souffre néanmoins réellement de ne pas avoir pu rester sous la barre des 2 heures. Si l’on sent que Luc Besson s’éclate de bout en bout à évoluer dans cet univers, il en vient à étirer à l’excès une intrigue décorative qui ne réserve guère de surprise et dans laquelle Valérian et Laureline finissent par ne plus vraiment faire illusion.  Si Valérian et la Cité des Mille Planètes a des défauts réels qui lui ont valu de se faire assez unanimement assassiner par la presse US, il a pour lui d’avoir un cœur et une sincérité qui font cruellement défaut à tant de films pour lesquels la même presse a une folle indulgence. Luc Besson n’est ni George Lucas, ni James Cameron mais il n’est pas non plus Roger Christian (Battlefield Earth) ou l’un des réalisateurs interchangeables auxquels les studios US confient les commandes de leurs blockbusters. A défaut de sortir plus intelligent de son seizième film, on en sort diverti et en emportant avec nous un peu des rêves de ce gamin qui refuse de grandir.

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Titre Original: VALÉRIAN AND THE CITY OF THE THOUSAND PLANETS

Réalisé par: Luc Besson

Casting : Dane Dehaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Alain Chabat, Rihanna ….

Genre: Science Fiction, Aventure, Action

Date de reprise : 26 juillet 2017

Distribué par: EuropaCorp Distribution

3 STARS BIEN

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