Critiques

GYPSY (Critique Saison 1) Trouble d’identité (s)

SYNOPSIS: L’histoire de Jean Halloway (Naomi Watts), une psychologue qui développe des relations intimes et illicites avec les proches de ses clients. Au fur et à mesure, la frontière entre sa vie professionnelle et ses fantasmes devient de plus en plus floue. Jean s’enfonce alors dans un monde où se confrontent désir et réalité, provoquant des conséquences désastreuses.

Gypsy, c’est la nouvelle série de Netflix qui se voulait aussi sombre et fascinante que House of Cards et qui divise pas mal la critique ces derniers temps. Sortie de l’école de cinéma de Columbia en 2013, la créatrice Lisa Rubin se lance dans l’aventure télévision avec une vigueur qui intrigue le tout Hollywood, qui se demande s’ils ne viennent pas de mettre la main sur la nouvelle Lena Dunham. Épaulée par une équipe mixte composée de jeunes scénaristes peu connus tels que Jonathan Caren (Melrose Place) et Sneha Koorse (Daredevil), et d’auteurs chevronnés comme Sean Jablonski (Suits) et Jessica Mecklenburg (Stranger Things, Philip K. Dick’s Electric Dreams), Rubin se lance donc dans son thriller psychologico-sexuel en dix épsiodes, et se paye même le luxe de décrocher la brillantissime actrice australienne Naomi Watts dans le rôle principal.

Jean Holloway (Watts) s’ennuie ferme dans la vie : elle est psychologue plutôt bien établie à Manhattan, une ville connue pour nourrir les névroses en tous genre, où mêmes les psychologues ont besoin de suivre une thérapie. Jean a une magnifique maison dans l’État du Connecticut (l’un des nombreux refuges des bourgeois de la côte Est des États-Unis), un avocat de mari plutôt sympathique du nom de Michael (Billy Crudup) et une fille au caractère bien trempé : Dolly (Maren Heary). Jean se sent pourtant insatisfaite et fantasme sur l’idée d’être quelqu’un d’autre, un rêve bien innocent, qui se présente sous la forme d’un mensonge blanc à Starbucks : un sourire au barista auquel elle donne un faux nom, et hop, la voilà avec une nouvelle identité dans laquelle Jean peut se prélasser pendant quelques minutes. Sauf que la barista en question, Sidney (Sophie Cookson), se trouve être l’ex-petite amie de Sam (Karl Glusman), un patient de Jean, et que notre protagoniste se trouve donc tentée de transformer ses sessions en interrogatoires pour en savoir le plus possible sur Sidney. C’est là toute la tension de Gypsy : une professionnelle qui flirte d’abord avec le côté obscur de sa profession et glisse doucement vers une zone grise et floue qui pourrait lui coûter son job. Mais que ne ferait-on pas, quand on est coincé dans le train-train quotidien, pour ressentir un frisson d’excitation ? Jean est en pleine crise identitaire, réalisant trop tard que la vie qu’elle a travaillé si dur pour se construire ne lui convient pas parfaitement. Et malgré la présence de Naomi Watts qui comme toujours, se jette corps et âme dans son rôle, on a bien du mal à se sentir mal pour cette version moderne d’Emma Bovary qui préfère s’inventer une deuxième vie et courir des risques inutiles plutôt que d’approcher ses problèmes de front.

Bien sûr, Gypsy est techniquement impeccable (on aurait bien du mal à trouver une série mal faite en cette époque de boom créatif de la petite lucarne) : l’image est parfaite, le montage cristallin, la réalisation classique en diable mais pas moins efficace pour autant. Le script par contre, se perd un peu dans les méandres de sa subtilité même et on en vient à regretter que ces personnages, bâtis sur des archétypes très familiers (la femme qui s’ennuie, le mari qui ne se rend compte de rien, la « Carmen » mystérieuse dont le charme obsède la protagoniste) ne soient pas un peu plus fouillés. Les archétypes, c’est bien, mais tout comme les stéréotypes, ils sont des représentations incomplètes d’une idée. Pour une série qui veut explorer le thème du « je » et comment l’évolution de l’identité peut se traduire par la perte d’une partie de soi, on pourrait penser que les créateurs auraient passé un peu plus de temps à ciseler leurs personnages et leurs dialogues. Reste un bon effort par une équipe qui ne manque certainement pas de talent, mais qui aurait besoin d’un peu plus de rigueur pour vraiment atteindre leurs objectifs.

Crédits : Netflix

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