Critiques Cinéma

CURE (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Un officier de police, Takabe, enquête sur une série de meurtres dont les victimes sont retrouvées avec une croix gravée dans le cou. Un jour, un jeune vagabond est arrêté près de l’endroit ou a été retrouvé le dernier corps. Il est vite identifié comme un ancien étudiant en psychologie, devenu fou et ayant d’inquiétants pouvoirs hypnotiques, lui permettant de pousser des gens à commettre des actes criminels…

Si la renommée de Kyoshi Kurosawa a depuis de nombreuses années dépassé les frontières du Japon et qu’il en est même l’un des plus illustres  (et prolifiques) réalisateurs, Cure sorti en 1999, est probablement le film qui l’a mis sur le radar d’innombrables cinéphiles et lui aura valu une reconnaissance critique internationale. S’il reprend la trame classique du film de serial killer dans lequel, un policier obsédé par son enquête, se lance dans une traque au cours de laquelle il prend le risque de tout perdre, il la transcende et la dérègle à la fois en l’emmenant dans des territoires qui flirtent avec le fantastique.

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Par rapport à des références du genre comme Seven (David Fincher) , Manhunter (Michael Mann) ou Le Silence des Agneaux (Jonathan Demme), il démultiplie le danger et la paranoïa, les victimes ne tombant pas sous les coups d’un serial killer implacable mais de leurs  proches, collègues, hypnotisés par Mamiya (Masato Hagiwara), un mystérieux vagabond dont ils ont croisé le chemin par hasard. Ce Mesmer psychopathe apparait tel un ange de la mort dont ceux qui croisent sa route seront bien malgré eux le bras armé. Kyoshi Kurosawa traite ces crimes  comme les symptômes d’une maladie transmise par ce serial killer qui se démarque totalement des clichés habituels. Sa mise en scène distille un malaise constant, brouillant les frontières entre le bien et le mal. Ce Tokyo tel qu’il le représente a quelque chose de décrépit, vicié, comme s’il était au bord du chaos. On devine déjà le propos acerbe que Kurosawa développera sur la société japonaise dans ses films suivants et notamment Tokyo Sonata. L’épouse de l’inspecteur Takabe, femme au foyer, est elle même atteinte d’une mystérieuse maladie, se manifestant par des désorientations et des pertes de mémoire, la rendant notamment inapte à tenir sa maison et préparer le repas que son époux attend à la fin de sa journée de travail. Kurosawa, à dessein, ne nomme pas les choses, laisse infuser ces indices d’une société en plein dérèglement,  dont le vernis se fissure, le danger et la folie n’étant pas circonscrit à la seule arrivée du serial killer.  De fait la tension ne faiblit jamais et l’intérêt du récit ne se limite pas à la résolution d’une enquête qui mettrait fin au chaos provoque par un serial killer mue par ses seules pulsions criminelles. S’il sème la mort après chacune de ses rencontres, Mimya est un personnage complexe et ambigüe. En apparence inoffensif, sans domicile et souffrant d’amnésie, il gagne ainsi la confiance de ses futures victimes qu’il manipule certes à des fins criminelles mais qu’il semble aussi libérer du corset social. Il leur parle, cherche à les connaître, lit en eux, voit leurs failles, le masque social derrière lequel se cache le policier qui ne supporte plus son collègue, le médecin troublé par les corps qu’il examine. Il est à la fois un marginal habité par le sentiment de toute puissance que lui procure sa maîtrise de l’hypnose et le doppelgänger de Kurosawa qui se sert de lui pour faire passer son propos sur la société japonaise.

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Takabe (Koji Yakusho), le détective en charge de cette enquête répond plus au stéréotype habituel, obsessionnel, capable d’excès de violence. Mais là aussi Kurosawa, avec le personnage de son épouse, introduit un élément perturbateur, dissonant, dans le tableau attendu.  Cette enquête est une charge supplémentaire qui le fragilise tout comme ses face à face avec Mamiya, sommets de tension et de manipulation psychologique.  Kyoshi Kurosawa excelle par son montage à mettre en parallèle le récit de l’enquête et celui plus intime de Takabe. Cure est un film dont le rythme peut surprendre tant il prend son temps dans des longues scènes de dialogue, joue des ellipses après chaque rencontre entre Mamiya et celui/celle qu’il transformera en criminel.  Kurosawa retient ses effets pour leur donner plus d’efficacité, filme de la même façon, avec la même langueur, des scènes de meurtre  ou de dialogue, refuse ainsi de céder au spectaculaire. Le calme et la détermination dont font preuve les meurtriers au moment du passage à l’acte, loin de désamorcer la tension de la scène, diffusent un profond sentiment de malaise et glacent le sang. En s’intéressant autant aux psychoses de ses personnages et ce qu’elles disent de la société japonaise, qu’à la résolution d’une traque qu’il mène de main de maître, Kurosawa  fait dialoguer le film de serial killer et le drame surnaturel et signe un film dérangeant et angoissant dont la vision ne laisse pas indemne.

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Titre Original: CURE

Réalisé par: Kyoshi Kurosawa

Casting : Koji Yakusho, Masato Hagiwara, Tsuyoshi Ujiki, 

Anna Nakagawa …

Genre: Policier, Thriller, Horreur

Sortie le: 10 novembre 1999

Distribué par: MK2 Diffusion

4 STARS EXCELLENT EXCELLENT

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