Critiques Cinéma

MONDWEST (Critique) Festival Chic Planète

SYNOPSIS : Un parc d’attractions peuplé de robots propose aux visiteurs de se replonger dans plusieurs époques. Lancés dans l’ouest sauvage, deux amis se retrouvent plongés en plein cauchemar quand l’un des androïdes se détraque et les prend en chasse… 

Notre troisième séance du Festival Chic Planète nous donne l’occasion de redécouvrir un film qui n’était jamais réellement tombé dans l’oubli, ne serait-ce que pour la seule présence du mythique Yul Brynner, mais qui est récemment revenu en pleine lumière avec son adaptation en série sur HBO. On connaît Michael Crichton pour sa carrière de romancier à succès, dont beaucoup de romans ont été adaptés avec des réussites diverses. Les plus éclatantes étant de notre point de vue, l’œuvre de Steven Spielberg et Robert Wise (Jurassic Park, Le Mystère Andromède). On le connaît moins pour sa carrière de réalisateur, bien que celle-ci, si elle n’a pas produit de chefs-d’œuvre ou même de très grands films, soit tout à fait digne d’intérêt. Si l’on peut faire l’économie de revoir Preuve à l’appui (1988) dont l’échec marqua la fin de ses velléités de cinéaste, on ne boude pas un plaisir à peine coupable (le film faisant déjà un peu cheap à sa sortie n’ayant pas particulièrement bien vieilli) devant Runaway (1984) avec un Tom « Magnum » Selleck en chasseurs de robots transformés en machines à tuer. Looker (1981) et surtout Coma (1984) sont d’excellents thrillers, dans lesquels les robots ont été remplacés par des médecins à peine moins menaçants. La grande attaque du train d’or (1979) fait quant à lui office d’ovni dans la filmographie de Michael Crichton qui abandonne les thèmes qui lui sont chers pour réaliser un excellent film d’aventure dans lequel Sean Connery est en très grande forme.

Si l’on devait juger de sa carrière de réalisateur à l’aune de ces seuls 5 films, il y aurait déjà matière à la considérer comme tout à fait respectable. Mais c’est certainement avec Mondwest, son premier film, que Michael Crichton aura atteint le sommet de sa carrière. Ce serait après avoir été impressionné par les personnages animatroniques de l’attraction « pirate des caraïbes » de Disneyland qu’il s’est lancé dans l’écriture puis la mise en scène de cette histoire qui commence comme une très divertissante fantaisie de science fiction et glisse petit à petit vers les territoires paranoïaques qu’il affectionne. C’est parce qu’il a parfaitement su installer son récit et ses personnages, réussi à nous mettre dans l’état d’esprit des clients de ce parc d’attraction qui leur offre la possibilité (sous réserve de pouvoir se payer des vacances à 1000 dollars par jour) de vivre une extraordinaire aventure, totalement sans risques, que Michael Crichton réussit aussi bien à nous impliquer et nous faire frémir quand les vacances dans la Rome antique virent au carnage, que la balade dans le Far West se transforme en chasse à l’homme et que l’immersion pittoresque dans le moyen âge se révèle fatale. Cet axiome est malheureusement trop souvent ignoré aujourd’hui par de nombreux films ou séries dans lesquels le sujet finit par écraser de toute sa lourdeur une histoire qui s’en trouve dévitalisée. Doit-on nécessairement prendre un ton très sérieux pour aborder des thèmes qui le sont et sur lesquels on a une vraie réflexion? Là ou l’adaptation diffusée cette année sur HBO répond par l’affirmative et se perd dans le labyrinthe de ses arcs narratifs, Michael Crichton ne fronce pas les sourcils pour se donner un air intelligent et prend autant de soin à nous amuser et nous émerveiller dans sa première partie, qu’à nous inquiéter avec les premiers signes de « bugs » des robots, puis nous angoisser quand ces hôtes inoffensifs se retournent contre leurs clients.

Quand Peter (Richard Benjamin qui n’est autre que le réalisateur de Une Baraque à tout casser avec Tom Hanks) arrive dans le parc avec son ami John (James Brolin) dont c’est le deuxième séjour et qui l’encourage à profiter pleinement de cette aventure, on s’identifie totalement à lui. On se pose les mêmes questions sur la maniabilité de ces armes, sur leur dangerosité pour les autres clients du parc. Comme lui, on hésiterait à se lancer dans un duel avec ce cowboy androïde vêtu de noir (Yul Brynner), programmé pour jouer les bad guys et vous provoquer jusqu’à ce que vous le défiez en duel. Tout comme lui, avouons-le, on se laisserait probablement griser en se pensant un as de la gâchette dont le pouvoir de séduction nous vaut les faveurs des plus belles filles du saloon, fussent-elles en fait des robots. D’autres s’identifieront à Banker (Dick Van Patten aka Tom Bradford dans Huit, ça suffit la série cuculte des 80’s) et son allure de vieux garçon venu seul dans ce parc, s’entraînant avec fierté au maniement de son pistolet devant son miroir. Le film fonctionne ainsi de la même façon que Jurassic Park, l’amusement et l’émerveillement précédant le glissement vers le cauchemar. Il nous interroge de la même façon sur les limites que l’homme ne doit pas franchir quand les progrès de la science lui permettent de se comporter comme un être supérieur ayant le pouvoir d’en créer, commander et tuer d’autres.

Lorsque le cauchemar prend forme, s’il s’étend aux trois univers recrées par le parc, il prend principalement le visage de Yul Brynner. Son personnage de flingueur de l’ouest est un hommage à celui qu’il interprétait dans Les Sept Mercenaires (John Sturges, 1960). Ce robot n’est au début du récit qu’une version inoffensive de Chris Adams. Habillé comme lui, reproduisant jusqu’à sa démarche, il n’est là que pour donner l’occasion aux clients du Parc Delos de sortir vainqueur d’un duel inoffensif qui flattera leur ego. De même que le gentil dinosaure de Jurassic Park se révéla un impitoyable chasseur et traumatisa des générations entières de spectateur, ce personnage d’androïde flingueur que rien ne semble pouvoir arrêter est entré dans la légende du cinéma. On sait qu’il a inspiré John Carpenter pour créer le personnage de Michael Myers dans Halloween et Arnold Schwarzenneger pour son interprétation du Terminator. Aujourd’hui encore, il fait totalement le poids face à eux et est assurément l’un des Boogeyman les plus terrifiants que l’on puisse voir. Pour représenter sa vision, Michael Crichton a été le premier à utiliser des images digitales. Ces vues subjectives pixelisées ont elles aussi évidemment grandement inspiré tous les cinéastes qui durent ensuite mettre en scène des robots lancés à la poursuite de leur victime. Avec ce dernier tiers de pure action et de chasse à l’homme, Michael Crichton réussit totalement à nous terroriser et nous faire regretter d’avoir pensé pendant les 2 premiers tiers de son film que si un tel parc existe un jour (l’action du film se déroule en… 1983) nous en serions les premiers clients. La parfaite construction de ce récit nous prend au piège comme l’ont été les malheureux clients du Parc Delos. Pour un premier film, il aura réussi à créer un personnage iconique et à évoquer avec une redoutable intelligence mais sans aucune suffisance des thèmes qui sont encore d’actualité. Presque 50 ans ont passé et Mondwest demeure toujours un modèle de série B de science fiction divertissante et intelligente.

Titre Original: WESTWORLD

Réalisé par: Michael Crichton

Casting : Yul Brynner, James Brolin, Richard Benjamin…

Genre: Science fiction, Thriller, Western

Sortie le: 27 février 1974

Distribué par: Metro Goldwyn Meyer (MGM)

EXCELLENT

 

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