Critiques Cinéma

LES GUERRIERS DE LA NUIT (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: A New York, où une centaine de gangs se partagent les rues, les combats font rage. La bande la plus puissante, les Gramercy Riffs dirigés par Cyrus, désirent unifier les forces et convoquent tous les gangs à un rassemblement pacifique. Mais la réunion dérape et finit dans le sang : Cyrus est assassiné. Ce meurtre, attribué par erreur aux Warriors, déclenche sur eux la vengeance de tous les autres. La lutte pour la survie commence, le long du trajet de 40 kilomètres qui les relie à leur quartier général… 

En 1979, Walter Hill sort tout juste de Driver, un polar urbain sacrément bien huilé. Auréolé de ce succès d’estime, il mit en scène l’année suivante son troisième film et l’un de ses plus connus, l’excellent Les Guerriers de la Nuit (The Warriors en version originale). Décrié à tort au moment de sa sortie pour son côté réac’ – le film ayant en effet été condamné pour soi disant inciter à la haine et à la violence contre la police – The Warriors gagna au fil des ans une réputation critique honorable jusqu’à acquérir aujourd’hui un statut mérité d’œuvre culte. Retour sur ce film qui a certes vieilli (sur le plan visuel), mais qui reste doté d’un propos résolument moderne, tant dans le traitement du sujet et des symboliques que dans ses sous-textes engagés.

Le postulat est simple : Cyrus, le leader charismatique, tendance messianique, du gang le plus puissant de New-York, décide de réunir plusieurs bandes pour une assemblée nocturne clandestine à Central Park. Il souhaite, en effet, fédérer les troupes pour mieux se révolter contre la société et ses garants d’autorité que représente la police new-yorkaise. Coup du sort, Cyrus est abattu au détour du meeting par un chef de bande rivale. Les Warriors, un gang présent ce soir-là, sont immédiatement accusés et débute alors une chasse à l’homme géante dans les rues désertiques de la Grosse Pomme. Les Riffs, orphelins de leur chef Cyrus, se mettent en tête de les éliminer. Pris en chasse par les Riffs, mais aussi par la police, Les Warriors n’ont plus qu’une seule idée en tête : traverser Manhattan, le Bronx et Brooklyn pour parvenir, enfin, à rejoindre sain et sauf leur territoire à Coney Island.

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Conçu initialement par David Shaber (scénariste) et Laurent Bouzereau (producteur) comme une sorte de comic-book live, avec un insert situant l’histoire dans un futur proche et des transitions effectuées à l’aide de planches de bandes dessinées, Les Guerriers de la Nuit sera par la suite réécrit et repensé, en partie, par Walter Hill, guidé par les producteurs Lawrence Gordon et Joel Silver qui envisageaient davantage un drame urbain réaliste. Walter Hill sera toutefois débouté par ces derniers de son intention d’engager exclusivement des latinos et des afro-américains pour interpréter les Warriors (la production refusa l’idée et imposa à Hill la distribution principale, composée essentiellement de blancs). Au pays de la série B, la simplicité rime souvent avec efficacité et Les Guerriers de la Nuit ne déroge pas à la règle. Du pitch minimaliste, tiré d’une épopée grecque et du roman Les guerriers de la nuit écrit par le romancier new-yorkais Sol Yurick, Walter Hill livre en effet un film diablement efficient, qui fonctionne à plein régime grâce au travail opéré sur l’ambiance, si angoissante et chère aux films de genre des 70’s. Décors glauques (bâtiments désertiques, ruelles taggées, métro sale, quartiers mal famés, tripots improbables) dévoilant New-York sous un angle rare à l’époque, costumes bien trouvés, permettant à Hill de caractériser à la perfection les loubards et rendre leurs look sacrément iconiques, détails esthétiques ou narratifs lourdement signifiants (le choix du prénom Lincoln pour la compagne du chef Cléon, la géolocalisation new-yorkaise de l’action, les armes et les particularités au combat adoptées par les gangs, la présence de bande de filles comme acte de représentation…), BO funk-rock de bel effet et parfaitement ajustée aux images, bastons « rétro » à coups de surins, de poings et de battes de baseball, déroulement des péripéties presque entièrement de nuit (excepté dans sa dernière scène), savant dosage des genres (western, survival) … c’est tout un programme que le cinéaste a concocté. Walter Hill s’en donne ainsi à cœur joie pour incarner The Warriors et y apposer sa griffe.

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Tensions communautaires, ségrégation raciale et ostracisation de certains individus, mise en lumière des classes défavorisées et de la crise économique, hausse de la criminalité et majoration des comportements violents au sein de la société américaine… Hill brasse large pour démasquer, avec beaucoup d’acuité, les failles de son pays, sans jamais oublier les enjeux humains de son récit. En témoigne la réflexion sociologique d’arrière-plan, où il n’hésite pas à revenir aux fondamentaux (et vu l’origine mythologique de l’histoire, on peut se dire que la boucle est bouclée) pour développer, par la simple force de ses images et de leur pouvoir d’évocation, la profonde nature des gangs (identification vestimentaire, sentiment d’appartenance à un groupe, rivalité des troupes, conquête de territoires, courage ou lâcheté face à une mort imminente, peur ou fascination pour le sang et la bagarre, escalade de violence pour des jeunes convaincus de n’avoir aucun avenir…) et la nécessité pour eux de s’unir afin de lutter contre l’adversité dans un environnement particulièrement hostile. Alors oui, le dérapage de certaines répliques (« les putes sont armées ») et la violence de certaines scènes (la projection d’un personnage sous les rails du métro, l’affrontement dans les toilettes de Union Station, les différents passages à tabac, le climax géant et bourrin sur la plage…) pourront choquer certains (notez au passage que le film est sorti accompagné d’une interdiction aux mineurs), mais elles étaient justifiées à l’époque par l’absolue nécessité pour Hill d’afficher aux spectateurs la réalité en face. Inspiré également des graves tensions qui opposèrent les gangs new-yorkais dans le Bronx des 70’s et qui décidèrent ensemble d’une trêve lors du « Meeting de l’avenue Hoe », Les Guerriers de la Nuit se devait en effet de retranscrire fidèlement certains faits pour assurer la critique sociale et la virulence de la charge contre la passivité du gouvernement de la fin des 70’s.

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Sur le plan formel, Les Guerriers de la Nuit apparaît maîtrisé de A à Z. La réalisation est sèche, dynamique et complètement au service du récit (saluons tout particulièrement les judicieux choix de cadrages, qui mettent instantanément en valeur les lieux et les personnages), le montage saccadé mais toujours cohérent, le dispositif narratif courageux (cf l’utilisation astucieuse de la « voix » radiophonique, dont on ne distingue que les lèvres à l’écran), les chorégraphies impressionnantes (la rixe finale est un sacré morceau de bravoure), la photographie magnifique et délicate d’Andrew Laszlo et la charte graphique hyper appliquée, renvoyant à tout un pan du cinéma d’exploitation des années 70 (Assaut, Un Justicier dans la ville, Taxi Driver, Orange Mécanique…). Avec un casting composé majoritairement d’inconnus – seuls James Remar et David Patrick Kelly tisseront une carrière par la suite – Les Guerriers de la Nuit permit aussi à Hill de dresser un sympathique portrait d’une jeunesse désœuvrée, voire désespérée, et en cruel manque de repères. Les comédiens sont bons pour la plupart, avec des « gueules » de cinéma parfois incroyables, même si on peut regretter le manque de personnalité et de consistance pour certains. Une qualité est toutefois redevable aux acteurs employés : on a, en effet, beaucoup d’empathie pour les Warriors grâce à eux, et ce en dépit de leur côté « bad boys ». Quand on considère l’influence majeure que The Warriors a eu au fil des ans sur la pop-culture (les combats du jeu vidéo Street Fighter, les chefs d’œuvre us de Verhoeven, la présence du film dans le top all-time d’Edgar Wright, les textes anarchistes de certains rappeurs, quelques clins d’œil dans la saga vidéo-ludique GTA, l’adoubement du long-métrage par Tarantino, la projection au festival Lyon Lumière 2016…), on se dit aujourd’hui que Walter Hill a eu raison de tourner ce film et avait vu juste dans sa critique sociale. Malgré quelques effets un peu datés, Les Guerriers de la Nuit s’impose toujours aujourd’hui comme un sommet cinématographique à (re)découvrir.

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Titre Original: THE WARRIORS

Réalisé par: Walter Hill

Casting :  Dorsey Wright, Roger Hill, Michael Beck,

James Remar, David Patrick Kelly, Thomas Waites…

Genre: Action, Thriller

Sortie le: 27 août 1980

Distribué par: CIC

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