Critiques Cinéma

LE DIVAN DE STALINE (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: Staline vient se reposer trois jours dans un château au milieu de la forêt. Il est accompagné de sa maîtresse de longue date, Lidia. Dans le bureau où il dort, il y a un divan qui ressemble à celui de Freud à Londres. Il propose à Lidia de jouer au jeu de la psychanalyse, la nuit. Durant le jour, un jeune peintre, Danilov attend d’être reçu par Staline pour lui présenter le monument d’éternité qu’il a conçu à sa gloire. Un rapport trouble, dangereux et pervers se lie entre les trois. L’enjeu est de survivre à la peur et à la trahison. 

Pour sa troisième réalisation Fanny Ardant a décidé de s’attaquer à l’adaptation du roman de Jean-Daniel Baltassat, le Divan de Staline.

L’action se déroule en 1950 à Borjomi en Géorgie. Pour quelques jours, Staline se retire au pays natal dans le palais décadent de feu le grand duc Mikhailovich. À la demande de la Vodieva, qui prétend l’avoir toujours aimé et ne lui avoir jamais menti, il y reçoit le jeune peintre prodige du réalisme socialiste, Danilov, concepteur d’un monument d’éternité à la gloire du Petit Père des Peuples.

Après une première réalisation pleine de promesses avec Cendres et Sang présenté à Cannes en 2008, œuvre singulière, incandescente, mystérieuse, mystique, sacralisée avec la tant regrettée Ronit Elkabetz qui nous a quittée bien trop tôt l’an dernier et après les circonvolutions et les convulsions de Asia Argento dans Cadences Obstinées sorti en 2013, seconde réalisation de l’actrice à la voix inimitable, film proche de l’abstraction et qui avait la fâcheuse tendance à abandonner son spectateur pantois dans un dédale passionné à défaut malheureusement d’être passionnant, nous n’étions donc pas véritablement dans l’attente de la sortie du Divan de Staline et pourtant.

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Nous voilà propulsé dans une atmosphère lourde de sens, d’histoire et de tensions dramatiques dans le troisième long métrage de Mademoiselle Ardant. Le cinéma de Fanny Ardant est bien sûr traversé en permanence de manière prégnante par la personnalité si atypique de la comédienne. On ne peut, pour qui connaît un tant soit peu l’actrice, faire abstraction de son caractère impétueux, hors des sentiers battus, des convenances, des conventions, libre, une force qui va. Il serait sûrement intéressant de montrer ses films à une personne qui ne la connaît pas, afin de constater la réception de ce type d’œuvre imbriquée intrinsèquement à sa créatrice. Expérience donc à tenter, si vous connaissez de gentils cobayes avides de nouvelles curiosités cinématographiques. Pour en revenir au film, ce qui marque ce sont des images baignées dans une ambiance brumeuse quasi permanente. La résidence où séjourne Staline est comme le château de Barbe Bleue où l’atmosphère extérieure et intérieure est suffocante. Le ton du jeu de certains comédiens d’ailleurs, est inscrit dans une sorte de décalage qui crée une instabilité insidieuse et efficace sur le spectateur. Le film vous place dans un inconfort. La figure de Staline est ainsi présente dans l’atmosphère, omniprésente, quasi omnisciente. Gérard Depardieu livre une incroyable performance à l’écran toute en fureur contenu. Il propose une interprétation du Dictateur sur le fil, dangereux à souhait et près à bondir à n’importe quelle occasion. Nous ne sommes pas face à la complaisance autour de la figure du tyran que l’on voudrait humaniser. Mais face à une représentation de la terreur constante, dont la violence est sous-jacente dans le moindre centimètre carré de peau.

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Le monstre Staline se présente face à nous au travers de multiples questions que le film pose de manière souterraine : Qui est-il devenu? A quel jeu joue t-il ? Le monstre dévorant, a t-il fini par dévorer l’homme ou par être dévoré ? C’est une mise en abyme à l’infini qui se présente dans le choix du roman porté à l’écran et qui en fait son intérêt.  Les situations en deviennent instables et désagréables pour le spectateur, car on ne sait sur quel pied danser. Le spectateur est pris à son propre piège, il se prend à prêter des réactions potentielles au Depardieu/Staline, à anticiper et à se tromper. Face à ce monstre dans tous les sens du terme,  Emmanuelle Seigner offrant une interprétation juste, cinglante à la hauteur de son partenaire et à sa mesure. C’est bien une lutte à mort ou plutôt une mise à mort qui va se mettre en marche lors des rendez-vous de Staline et Vodieva autour du divan du « Charlatan », comme Staline aime à appeler Freud. Le personnage d’ Emmanuelle Seigner se dévoile, se découvre, elle laisse tomber son ambivalence face à sa mourante liaison avec Staline. Comme si dans les derniers instants de vie, la résistance à la tyrannie se faisait jour. Elle devient une figure irréductible, figure si chère à la réalisatrice. Un jeu du chat et de la souris, c’est la thématique traversant le film qui en fait également l’intérêt principal.

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C’est un film d’ambiance crépusculaire qui brille par l’interprétation fine et instable de ses interprètes principaux. A noter également Paul Hamy qui confirme ses talents, Luna Picoli Truffaut qui entre à pas feutrés mais sûrs dans le cinéma français et Tudor Istodor découvert dans la première réalisation de Fanny Ardant, qui confirme ses talents d’interprète souvent silencieux mais dont le regard en dit tant. Fanny Ardant signe une œuvre à part, à découvrir pour sa singularité et pour ses comédiens. Cela ne remplacera pas la véritable réussite à part, que représentait le premier film Cendres et Sang réalisé par Fanny Ardant avec son double flamboyant de tragique et de passion qu’était Ronit Elkabetz. Le Divan de Staline est à voir par curiosité, pour découvrir un cinéma autrement, une œuvre singulière.

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Et pour ceux qui auront l’occasion de découvrir La Grande Librairie du jeudi 5/01/2017 en replay où Fanny Ardant, Gérard Depardieu et Jean-Daniel Baltassat étaient conviés, vous assisterez à des moments de télévision rares autour de l’amour de la littérature et des belles lettres, où cinéma et écrits se sont rencontrés, entremêlés, retrouvés. Comme l’a recommandé François Bunel présentateur de l’émission de France 5, en conclusion de cette émission : « Voyez le film puis lisez le livre ! » comme une mise en perceptive de deux œuvres qui finiraient par n’en former qu’une.  On ne pourrait que recommander ce film, à qui est curieux d’un cinéma littéraire comme suspendu dans le temps et l’espace. Hâte à nouveau de découvrir vers quelle réalisation l’Ardente Fanny va s’attacher bientôt.

Autre œuvre marquante à découvrir autour de la figure de Staline qui prévaut surtout pour l’interprétation mystifiante de André Dussollier, Une Exécution Ordinaire sorti en 2010 de De Marc Dugain avec également Marina Hands et Edouard Baer.

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Titre Original: LE DIVAN DE STALINE

Réalisé par: Fanny Ardant

Casting :  Gérard Depardieu, Emmanuelle Seigner, Paul Hamy,

François Chattot, Luna Picoli-Truffaut, Tudor Istodor …

Genre: Historique, Drame

Sortie le: 11 janvier 2017

Distribué par: Alfama Films

3 STARS BIENBIEN

 

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