Critiques Cinéma

SULLY (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au « miracle sur l’Hudson » accompli par le commandant « Sully » Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l’opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l’histoire de l’aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière. 

Il faut l’avouer, il nous semblait difficile de passer après l’excellent Flight de Robert Zemeckis qui, sur une histoire similaire (celle de Robert Piché, qui en 2001, avait réussi à faire atterrir en urgence l’avion dans lequel se trouvaient 300 passagers), semblait avoir épuisé le sujet du héros controversé, passé au broyeur médiatique et à l’interrogatoire par une administration cherchant obstinément à désigner un responsable. Ou comment un homme qui n’a rien fait d’autre que son devoir passe du statut de héros qu’il n’a jamais revendiqué, à celui d’accusé. C’est donc sans attente particulière que nous avons découvert le cru 2016 d’un Clint Eastwood dont l’étoile a pâli depuis quelques années, à force de polémiques sur ses opinions politiques et de films considérés comme mineurs au regard de son impressionnante filmographie. Sully est un nouveau portrait d’un héros américain, cette fois-ci beaucoup moins polémique qu’American Sniper qui avait valu à Clint Eastwood des accusations, à notre sens injustifiées, largement biaisées par la très mauvaise image que laissa son fameux speech à la convention républicaine de 2012 face à une chaise vide. L’acte « héroïque » en question portant sur une manœuvre qui ne dura que 208 secondes, il n’y avait là que trop peu de matière pour faire un film qui se limiterait à ce récit et survolerait le récit personnel de Chelley Sullenberg, personnage qu’un Eastwood avec une vingtaine d’années de moins aurait probablement voulu incarner, tant il lui ressemble par bien des aspects. Sully est un homme qui a suivi son instinct, qui semble appartenir à un ancien monde qui n’était pas encore dominé par les machines et étouffé par la bureaucratie. La remise en cause de sa décision d’amerrir plutôt que d’essayer de poser l’avion sur une piste qu’il pensait inatteignable, sonne comme la remise en cause personnelle d’un homme entièrement dévoué à sa mission et qui, comme un capitaine de navire, n’a eu qu’une obsession, une fois l’amerrissage réussi: s’assurer que chaque passager était sain et sauf. Clint Eastwood n’a pas envisagé cette histoire comme un film catastrophe mais comme le récit intime d’un homme qui, après avoir été considéré comme un héros est sur le point de perdre ce qui lui est le plus cher: son honneur.

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Ce qui intéresse Clint Eastwood ce n’est pas l’amerrissage en lui-même, mais ses conséquences sur la vie d’un homme qui ne revendique rien d’autre que d’avoir fait son travail et auquel on attribue immédiatement un statut de héros. De héros à zéro, il n’y a souvent qu’un pas et c’est ce que dénonce Eastwood en nous plaçant dans la peau de ce personnage que l’on somme de s’expliquer sur les conditions d’un exploit que l’on tente de requalifier en faute. Chaque incident de ce type donne lieu à l’ouverture d’une enquête dont l’un des buts est d’établir les responsabilités qui vont mettre en jeu les assurances et c’est dans cette mécanique que va se retrouver Sully. Face à lui se trouve une bureaucratie qui s’abrite derrière des chiffres et des simulations pour juger de son acte, qui met de côté le facteur humain, point sur lequel Eastwood insiste à plusieurs reprises.

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L’amerrissage n’est pas le prétexte du film qui broderait une histoire autour de son morceau de bravoure mais est traité comme la réponse à la question que finit par se poser Sully, à force d’être remis en cause par l’aviation civile. A-t-il permis d’éviter une mort certaine à ces passagers ou a-t-il commis une erreur de jugement qui n’aura heureusement pas eu de conséquence? L’amerrissage est ainsi traité en flashbacks, comme des projections mentales de Sully qui, au bout de la nuit, après une conversation avec sa femme et un footing dans un Manhattan quasi désert, se repasse le film des événements. L’idée de déconstruire ainsi ce qui aurait pu être traité in extenso en prologue ou, au cœur du film, est brillante. Comme Jack Terry (John Travolta) , le personnage de Blow Out, Sully est hanté par ces quelques minutes qui ont fait basculer sa vie. Comme Brian de Palma, Eastwood construit la résolution de son film autour de l’analyse et de la compréhension d’une scène qu’il repasse, dissèque par le biais de son personnage principal, mais aussi, lors de son « procès ». Dans son dernier acte, la scène est même « rejouée » (simulée) pour déterminer si la décision de Sully était bien la seule susceptible d’éviter le crash de l’avion. Sur une histoire somme toute assez mince et dont les enjeux et la portée pourraient paraître mineurs, la grande réussite d’Eastwood et de son scénariste Todd Komarnicki, outre d’avoir resserré le récit sur la figure du héros controversé, est d’avoir réussi à impliquer le spectateur dans une mécanique à la fois passionnante et ludique. Le charisme de Tom Hanks participe évidemment à la réussite de ce parti pris. Une nouvelle fois parfait pour incarner un « héros tranquille », comme il le fit dernièrement dans Bridge of Spies de Steven Spielberg, il est à la fois le facteur X et le pilier du film qui repose aussi sur l’empathie que l’on peut ressentir pour son personnage. Avec très peu à jouer, Aaron Eckart rappelle quant à lui à quel point il est un grand acteur …. de seconds rôles, jamais meilleur que lorsqu’il se tient un peu en retrait et qu’il distille avec parcimonie l’intensité qu’on lui connaît. A l’instar de son personnage, il est le parfait copilote de Tom Hanks.

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Sully avance avec les mêmes certitudes et la même force tranquille que son « héros » Eastwoodien. Le discours qu’il porte sur la disparition du facteur humain dans les prises de décision, sur le poids de la bureaucratie dans la société américaine porte l’empreinte de son metteur en scène qui s’est totalement approprié cette histoire. Probablement en quête de revanche suite aux attaques dont il est victime depuis quelques années, il se sera reconnu dans le parcours de cet homme, incarnation du héros américain à l’ancienne, bousculé mais pas coulé par un système prompt à faire la leçon quand il s’agit de désigner un responsable pour masquer ses propres carences.

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Titre Original: SULLY

Réalisé par: Clint Eastwood

Casting :  Tom Hanks, Aaron Eckart, Laura Linney,

Anna Gunn, Autumn Reeser, Sam Huntington…

Genre: Biopic, Drame

Sortie le: 30 novembre 2016

Distribué par: Warner Bros. France

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

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