Critiques Cinéma

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS (Critique)

2,5 STARS MOYEN

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SYNOPSIS: À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

En mettant de côté la signature du singulier réalisateur aux commandes de ce film, en voilà encore un qui pâtit dangereusement de sa campagne promotionnelle, et plus précisément d’une bande-annonce bien trop bavarde et vaniteuse, qui révèle avant l’heure quelques-unes des meilleures séquences, ainsi que plusieurs éléments majeurs de l’intrigue, réduisant presque à néant toute velléité de la part de Tim Burton de générer un peu de suspense. Inutile de le faire durer ici non plus : la dernière mouture de l’artiste visionnaire nous a particulièrement… déçue. Loin de nous l’idée de casser du sucre sur le dos de celui qui nous a offert Edward aux mains d’argent, Sleepy Hollow, Beetlejuice… On peut dire ce que l’on voudra sur la prétendue déchéance inaltérable du cinéaste, sa filmographie reste par trop inattaquable, son parcours trop curieux pour pousser très loin la critique. Est-il arrivé à la limite de son pouvoir de création ? Nous ne le pensons pas. Mais les films de commande ne lui réussissent indubitablement pas. A l’instar d’un Alice aux pays des merveilles impersonnel et bariolé, Miss Peregrine & les enfants particuliers souffre d’une espèce d’amputation. Celle de la nature profonde Burton qui semble, sur ces deux œuvres notamment, très entravée. Par choix ? Par paresse ou manque d’allant ? Trop commerciaux peut-être ? Il n’empêche, la déception est d’autant plus douloureuse que cette histoire semblait taillée sur mesure pour Tim Burton.

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Passée une intro déconcertante, bien trop longue, bien trop éloignée des alléchantes séquences promises par une bande-annonce vipérine, on entre péniblement dans le vif du sujet, jusqu’à un bref moment d’extase une fois poussée la porte du jardin de la pension si préservée tenue par Miss Peregrine. Commence alors le passage en revue des troupes, sur fond de monstrueuse parade, avec un portrait à la hâte des pensionnaires si singuliers qui habitent le manoir. Trop vite, trop succinctement, on voit défiler de prometteuses têtes blondes aux facultés étonnantes, qui ne trouveront hélas que peu d’utilité par la suite. La visite, chapeautée par Miss Peregrine en personne, nous donne à savourer la partition impeccable d’une Eva Green en état de grâce. Vénéneuse dans Dark Shadows, elle prouve une fois encore que l’univers burtonien lui est confortable, merveilleuse ici en garde-chiourmes malicieuse, à mi-chemin entre une sorte de Mary Poppins d’Halloween et le lapin blanc d’Alice, accro au tic-tac de sa montre à gousset, en perpétuelle lutte contre le temps, dont elle s’est, bon gré, mal gré, faite un allié. On peut presque arguer que le film vaut la peine rien que pour l’éclat de ses beaux yeux. Un lieu enchanteur, ponctué de fulgurances enchanteresses – Emma volant au bout de sa corde, ou encore le renflouement du navire fantôme – une hôtesse envoûtante donc, et des enfants extraordinaires. Tout y était pour que la magie opère. Dommage qu’il ait fallu si vite déserter l’ère de jeu pour satisfaire à des choix scénaristiques douteux.

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Les antagonistes, particulièrement réussis pour certains d’entre eux, font certes froid dans le dos –  parfaite représentation d’un croque-mitaine monstrueux tapis dans l’obscurité d’une chambre à coucher – mais les enjeux qu’ils poursuivent restent, globalement, assez abscons, ou trop basiques. Samuel L. Jackson est, à cet égard, plutôt risible à la tête d’une poignée de malfaisants albinos, même si l’on doit lui accorder deux ou trois punchlines qui fonctionnent bien. Mais, en définitive, ce qui dérange le plus avec ce film, c’est son goût d’à-peu-près. Il y a quelque chose d’inachevé, de pas assumé dans le traitement de cette adaptation. Trop mielleux par moment, lorgnant vers un pseudo-merveilleux marginal à destination des plus jeunes, et parfois carrément cauchemardesque avec un esprit sous-gore – l’orgie orbitale – qui ne va pas au bout de son entreprise, comme si le film oscillait sans cesse entre démonstration des peurs enfantines, encore passablement occultées, et obsessions adultes, trop cruelles pour être servies à son public-cible. Dans quelle catégorie boxe-t-il, finalement, ce film schizophrène ?

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Les codes de Burton sont là. Son folklore déjanté, ses manie et hantises doucereuses, instillées çà et là dans un ensemble foutraque, jusqu’à l’archétype de la blonde burtonienne : Ella Purnell évoque sans forcer, tour à tour, Christina Ricci en Katrina Van Tassel, et Winona Ryder en Kim. Les visions cauchemardesques, le culte de la différence, l’indissociable mystère et la poésie qui l’entoure. Tout est là, mais si éparpillé qu’on peine à déceler un fil, rouge sang toujours, mais si cassant… Pire : on le laisse filer, quoiqu’à regret. Il y avait tant, sur le papier. Tant, et si peu à l’écran. Quelle pitié.

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Titre Original: MISS PEREGRINE’S HOME FOR PECULIAR CHILDREN

Réalisé par: Tim Burton

Casting :  Eva Green, Asa Butterfield, Samuel L. Jackson,

Judi Dench, Rupert Everett, Allison Janney…

Genre: Aventure, Famille, Fantastique

Sortie le: 5 octobre 2016

Distribué par: Twentieth Century Fox France

2,5 STARS MOYENMOYEN

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