Critiques Cinéma

LA FOLLE HISTOIRE DE MAX & LEON (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Les aventures de Max et Léon, deux amis d’enfance fainéants et bringueurs , qui tentent par tous les moyens d’échapper à la Seconde Guerre mondiale. 

C’est vraiment une question d’alchimie, mais pas seulement. C’est surtout une question de mise en scène, mais qui reste corollaire d’un vrai talent. C’est enfin une question de rire, mais pas forcément dans le sens où on l’entend… Cette triple force de frappe verbale a valeur d’avertissement autant que d’apaisement. Alors que l’on se gargarise à longueur d’articles depuis une bonne quinzaine d’années sur la pauvreté quasi insondable de la comédie à la française, les quelques météorites surgis de nulle part ont souvent eu malgré eux le chic pour nous laisser croire que la situation pouvait enfin s’inverser – avant de nous faire hélas croire à un « heureux accident ». A croire que la sensation de réussite face à une comédie française découlerait d’un degré d’attentes et d’espérances qui tutoierait initialement le zéro ? Non seulement cette hypothèse est fausse, mais elle se mange un bon gros boulet de canon dans les voyelles à la simple découverte du film dont il va être ici question. Parce qu’en passant à leur tour par la case cinéma sur un plateau de jeu déjà monopolisé par d’autres comiques issus du Web ou du tube cathodique, les gars du Palmashow ont eu l’intelligence de passer d’abord par la case Départ, de prendre tout leur temps avant de se lancer dans l’aventure, de tirer profit de leur longue expérience sur format court pour adapter leur humour au format cinéma, et surtout, de donner au terme « comédie populaire » un sens plus que justifié. De cette façon, la peur de décevoir et le trop-plein d’aprioris pouvaient fondre comme neige au soleil, et la surprise n’en fut que plus belle.

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En raison de son sujet (une aventure zinzin en pleine Seconde Guerre Mondiale), on annonçait souvent ce premier long-métrage comme un dérivé de La Grande Vadrouille. Évidemment, le premier piège était là : oser se frotter à Gérard Oury, à Louis De Funès et surtout à la comédie n°1 du patrimoine hexagonal, c’était l’intifada assurée. Or, les trois compères (Jonathan Barré derrière la caméra, Grégoire Ludig et David Marsais devant) ne lorgnent pas de ce côté-là, et ce en raison d’un humour plus protéiforme, avant tout issu de la fusion de leurs références communes. Des références qui, pour le coup, moulinent autant la fascination du tandem Ludig/Marsais pour les valeurs sûres de l’humour décomplexé (les sketchs du Palmashow doivent beaucoup aux Nuls et aux Inconnus) que celle du réalisateur Jonathan Barré pour un comique plus américain et loufoque, dont le Saturday Night Live reste bien entendu le fer de lance. Au vu de leurs sketchs, la patte du Palmashow était simple : faire vriller n’importe quelle situation – grave ou pas – vers l’absurdité, la revisiter sous tous les angles possibles, et qu’importe les limites à s’imposer. La logique est la même sur La folle histoire de Max & Léon, mais adaptée à une écriture cinématographique où la réussite serait dépendante d’un certain nombre de critères à remplir.

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Or, plus le film avance, plus la liste des bons points à distribuer s’élargit follement. Loin de se cantonner à empiler de simples sketchs en revisitant éventuellement des personnages déjà incarnés par le Palmashow, Jonathan Barré inscrit son film dans un cadre large et précis – donc tout à fait propice à l’élaboration d’une véritable trame – et dissémine suffisamment de micro-événements pour relancer la surprise à chaque nouvelle scène, créant ainsi une joyeuse imprévisibilité dans le déroulement du récit. La première grande idée du film réside dans la scène d’ouverture : à peine entrés dans un bar, deux soldats français habillés en costume de SS se retrouvent ligotés par les locaux et forcés d’expliquer comment ils en sont arrivés là, sous peine de se faire descendre. Cette idée d’une construction en flashback offre un avantage non négligeable : travailler le récit comme de la pâte à modeler, en offrant à ses auditeurs le soin de commenter et de relancer l’intérêt sur la scène évoquée (l’un d’eux, qui commente sans cesse la façon dont le récit s’améliore ou se détériore, est à deux doigts d’évoquer un critique de cinéma). Mais cette idée permet surtout de jouer à loisir sur le rythme, plutôt pépère dans la première demi-heure avant que la menace de mort croissante d’un des interrogateurs ne pousse les deux protagonistes à accélérer les événements, quitte à faire vriller la construction même du scénario. Concrètement, le film est sans cesse dirigé par une dynamique de pure accélération, qui ne laisse pas un seul bout de gras déborder de l’intrigue et qui concrétise ses idées les plus folles en prenant soin de les inscrire dans une vraie logique de récit.

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Et en matière de fou rire, autant dire que les compères n’ont pas lésiné sur les moyens. En plus de montrer leur révérence aux fondamentaux du buddy-movie, le trio fonce tête baissée dans l’humour subversif et rentre-dedans que pouvait impliquer un tel contexte, tournant aussi bien en dérision le grotesque des actions militaires que l’ignominie du régime de Vichy (avec un Bernard Farcy pour le coup grandiose en collabo bourgeois). On ne va évidemment rien spoiler, mais à titre de comparaison, on peut dire que seuls les deux OSS 117 de Michel Hazanavicius avaient récemment atteint – mais de façon bien plus incisive – une telle force de frappe dans le dévissage décomplexé d’un sujet qui ne prête pourtant pas à rire. Le tout amplifié de plein fouet par un nombre assez insensé de clins d’œil (de Casablanca à Bad Boys en passant par Captain America et Il faut sauver le soldat Ryan) et d’invités-surprises (la liste est beaucoup trop longue…), dont la présence ne sert jamais ici à combler d’éventuels trous du récit en jouant la connivence forcée envers le spectateur. En effet, chaque second rôle se retrouve mis en valeur, enrichi, développé par un geste ou une attitude qui le rendent instantanément culte (mention spéciale à Monsieur Poulpe, Nicolas Maury, Nicolas Marié et Jonathan Cohen), tout comme chaque cadre conçu par Jonathan Barré se révèle posé, composé, structuré avec une forte attention accordée aux entrées de champ, aux échelles de plan et aux jeux de lumière. De cette manière, l’équilibrage entre l’effet comique recherché et sa mise en valeur par la mise en scène s’avère optimal, et autant dire que nos côtes dégustent sévère à force d’être défoncées aussi fortement sous l’effet du fou rire. Sur pas moins de cent minutes qui prennent tout leur temps pour installer leur univers tout en calant la fréquence de rires sur celle d’un TGV en retard, l’équipe du Palmashow aura donc tout tenté pour finalement triompher. A l’instar de quelques francs-tireurs – tels que Michel Hazanavicius et Quentin Dupieux – qui ont su renvoyer le politiquement correct à sa totale obsolescence, ils sont la grande vadrouille qui fait de la résistance en zone occupée, libérant par la surdose de poilade un genre que l’on pensait – à tort – sclérosé par son manque de couilles. Palmashow bouillant, et c’est rien de le dire !

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Titre Original: LA FOLLE HISTOIRE DE MAX & LEON

Réalisé par: Jonathan Barré

Casting : Grégoire Ludig, David Marsais, Bernard Farcy,

Nicolas Marié, Dominique Pinon, Alice Vial…

Genre: Comédie

Sortie le: 2 Novembre 2016

Distribué par: StudioCanal

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

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1 réponse »

  1. Génial, un film a voir ou a revoir, les images, la couleur, les acteurs, le scénario..la liste est trop longue, du grand film d’humour a la Francaise, bravo les p’tit gars.

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