Critiques Cinéma

DIVINES (Critique)

5 STARS CHEF D'OEUVRE

divines affiche cliff and co

SYNOPSIS: Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien. 

Il arrive encore, en ces temps où le cinéma s’uniformise de plus en plus, qu’un film vous trouble, vous renverse, vous bouleverse, sans que vous l’ayez anticipé. Une surprise telle qu’elle vous prend à la gorge et qu’il faut un moment pour l’appréhender, la digérer. Un film qui est à la fois une vraie proposition de cinéma, avec une mise en scène inventive sans jamais être ostentatoire ni didactique. Un film avec un propos assumé, qui charrie une infinie gamme de sentiments, avec des bosses et des plaies, mais malgré tout, un film qui fait du bien. Divines c’est du cinéma qui palpite, qui vibre, qui vit et vous emporte dans une tornade émotionnelle qui vous fait passer par tous les états. On y rit (beaucoup), on est ému (beaucoup), on s’emballe et on s’emporte, pris par cet attachement viscéral que l’on sent grandissant au fil des minutes pour ces héroïnes, porte-drapeau féministe à n’en pas douter mais surtout totalement incandescent. Leur jeunesse et leur envie chevillée au corps de se sortir de leur quotidien morose et de leur avenir forcément indécis, les autorise à tous les excès. C’est peu dire qu’on n’était pas prêt à appréhender Divines, que l’on pressentait à tort comme un de ces films utilisant la banlieue en prétexte pour raconter des vies grises ou les difficultés de s’affranchir d’une existence toute tracée où l’espoir n’est pas une option.

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En effet, si l’on se fie aux apparences, Divines semble être dans la lignée du très beau Bande de Filles de Céline Sciamma qui avait montré de très jolies choses. Mais si Bande de filles recelait des moments magiques, le formidable trio de Divines emporte tout sur son passage, passant en un tour de main de l’humour potache à la tension électrique, sans le moindre temps mort, éteignant nos à priori d’un claquement de doigts en un formidable mélange de polar et de chronique sociale sans succomber pour autant à la récupération politique ou à la banalisation que le sujet aurait pu entrainer. Non, on n’a pas déjà vu Divines tant que l’on n’a pas découvert le film de Houda Benyamina et qu’on l’ait prit de plein fouet. La force du film est dans son inventivité, dans sa façon de se jouer des clichés avec des punchlines définitives qui claquent, dans sa manière de raconter la chronique d’une amitié indéfectible, dans l’inconscience des deux filles à aller se brûler les ailes auprès d’un monde qui devrait les avaler, mais qu’elles affrontent avec toute la morgue de leur jeunesse. Cette bascule vers le récit criminel aurait pu signer l’arrêt de mort du film, qui aurait sans mal pu s’étouffer avec des images vues et revues. C’est au contraire là que le récit trouve sa juste mesure en confrontant Dounia et Maïmouna à la caïd locale, Rebecca. Une confrontation on ne peut plus savoureuse, entre clins d’œil à l’imaginaire collectif d’un cinéma par essence masculin dont Houda Benyamina détourne les codes, pour plonger ses actrices à des places trop souvent dévolues aux hommes et c’est peu dire que son trident féminin, plein de caractère, séduit par sa fougue et son énergie. Le rôle masculin au cœur du film (interprété par le très juste Kevin Mishel) est celui d’un danseur que Dounia observe à la dérobée (comme Noodles dans Il était une fois en Amérique ou Carlito Brigante dans L’Impasse peuvent le faire des femmes qu’ils convoitent). Ces séquences empreintes à la fois de sensibilité artistique et d’un désir intense et réfréné sont magnifiques, inversant les figures imposées, où ici, c’est l’homme qui devient objet de désir, dans un milieu où la figure masculine règne généralement en maître. Cela offre des respirations à un récit qui fonce à tombeau ouvert vers une descente aux enfers annoncée.

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Scénario plein d’allant, osant sortir des sentiers battus, réalisation inspirée donnant l’impression paradoxale d’être dans l’urgence de tout sortir mais sans jamais sacrifier à des ellipses ou à des facilités, Houda Benyamina débarque avec un énorme morceau de cinéma, récompensé par la Caméra d’Or au Festival de Cannes 2016. Si la réalisatrice signe un film éblouissant, elle le doit aussi à son trio de comédiennes: Jisca Kalvanda, incroyable dans le rôle de Rebecca mélange de furie et de duplicité, Deborah Lukumuena, tornade de bonheur, drôle et touchante jouant tout autant avec sa gestuelle qu’avec ses mots, tout bonnement étincelante de justesse et enfin Oulaya Amamra (la sœur de la réalisatrice), une bombe thermonucléaire jonglant avec une même facilité entre le rire et le drame, une boule d’énergie en fusion qui déploie déjà un tel naturel et un tel talent, qu’on a forcément l’impression de voir éclore une immense actrice. On pourrait chercher la petite bête, pinailler sur deux ou trois détails, tenter d’expliquer l’inexplicable à ceux que cela ne touchera pas, mais enflammons nous plutôt pour ce film enthousiasmant. On pourra coller toutes les étiquettes et tous les qualificatifs que l’on veut à Divines, il n’en reste pas moins un film vivant qui s’enflamme sous les doigts avant d’allumer nos cœurs d’une lumière salvatrice. Un film qui donne encore envie de croire au pouvoir du cinéma sur nos vies, qui, aussi difficiles qu’elles soient, ont eu besoin un jour de voir pousser ce cri sur l’écran noir de nos nuits blanches. Le mot est facile mais on ne peut plus vrai: Divines touche au divin.

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Titre Original: DIVINES

Réalisé par: Houda Benyamina

Casting :  Oulaya Amamra, Deborah Lukumuena, Jisca Kalvanda,

Kevin Mishel, Yasin Houicha, Majdouline Idrissi …

Genre: Drame

Sortie le: 31 août 2016

Distribué par: Diaphana Distribution

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