Critiques Cinéma

VICTORIA (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

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SYNOPSIS: Victoria Spick, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu’elle a sorti d’affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime. Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu’elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d’une série de cataclysmes pour Victoria. 

On avait connu la réalisatrice Justine Triet avec La Bataille de Solférino, première œuvre filmique inspirée et tonitruante, présentée au Festival de Cannes 2013 dans la programmation de l’Association pour le Cinéma Indépendant et sa Diffusion (ACID). Avec un style frénétique, la cinéaste s’immisçait dans la France contemporaine, au cœur de la journée cruciale de l’élection présidentielle du 6 mai 2012, à travers le prisme d’un ex-couple en plein chaos. Triet réussissait avec brio à distiller une tension permanente dans son récit malin, recourant à l’hystérie collective pour appuyer le propos et décrire finement la violence des rapports humains. On en était sorti totalement lessivé et déboussolé, mais conquis. La jeune réalisatrice en profitait également pour dresser un tableau sociologique décapant sur la génération de trentenaires victimes de la crise, visiblement à côté de leurs pompes, doublé d’un regard critique sur la Justice Française (le tout pouvoir de la mère, des décisions constitutionnelles parfois dénuées de sens …).

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Justine Triet est de retour aujourd’hui sur la croisette avec son second essai en qualité de réalisatrice, le très attendu Victoria, présenté en ouverture de la Semaine de la Critique. L’histoire est celle d’une avocate, mère de famille monoparentale, prise dans le tumulte de ses histoires de cœur et de sexe, de travail, d’éducation de ses enfants. Son meilleur ami obtient qu’elle le défende contre son épouse, l’accusant de l’avoir poignardée dans l’abdomen. Dans le rôle-titre, l’ex animatrice de télévision convertie actrice Virginie Efira, malchanceuse au cinéma pour le moment (L’amour c’est mieux à deux, Une famille à louer, Cookie, Les Invincibles, Le Goût des merveilles…), bien que toujours très juste et assez à l’aise dans ses baskets. A ses côtés, le prolifique et nonchalant Vincent Lacoste et le plus rare Melvil Poupaud, respectivement dans la peau d’un garçon timide embauché comme stagiaire et de l’ami en galère.

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Avec Victoria, Justine Triet brosse un beau portrait, à la fois tendre, sincère et touchant, de super-héroïne moderne, une nana dynamique qui jongle avec incertitude entre son boulot et ses turpitudes relationnelles avec, entre autres, un « assistant » fraîchement nommé, un ex devenu auteur d’un blog auto-fictionnel et un ami encombrant. En permanence au bord du pétage de plombs, Victoria fait souvent penser à la Amy Schumer du récent Crazy Amy, même si Justine Triet cite plus Blake Edwards et Billy Wilder que Judd Apatow comme influences de son cinéma. Le second film de Justine Triet doit beaucoup à Virginie Efira, formidable de justesse et portant sur son visage l’intensité des sentiments internalisés. Il faut dire que la comédienne belge est remarquablement servie par l’écriture millimétrique, raffinée, efficace et perspicace de la cinéaste.

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La mise en scène de Triet apparaît ici plus discrète que sur La Bataille de Solférino, mais ce n’est pas un mal car la vraie force du film, c’est indéniablement le personnage de Victoria et Triet le sait. Victoria, cette jeune femme ordinaire aux tracas quotidiens très humains (doutes, remises en question, emballement du cœur, passage à l’âge adulte tardif). L’identification est immédiate, l’empathie fonctionne très bien. Le style de Triet est là – la récurrence autour de la mère célibataire qui élève ses fillettes avec des babysitters est probante – le scénario nous offre son lot de répliques parfaitement choisies, de scènes très sympathiques (chez le psychanalyste ou chez la voyante), des petites tranches de vie super drôles, d’une vitalité étonnante – les seconds rôles, comme Vincent Lacoste, flegmatique mais moins naïf qu’il n’y paraît, ou Laure Calamy, avocate énervée, y étant pour beaucoup. Adoptant un rythme plus serein que La Bataille de Solférino, Victoria regorge de nouveaux morceaux de bravoure (toutes les séquences de plaidoirie qui impliquent des animaux) jusqu’à un dénouement particulièrement couillu. Si Victoria fonctionne si bien, c’est au fond grâce aux personnages admirablement écrits, qui tirent constamment le film vers le haut, mais aussi et surtout grâce au mixage humour-drame, dosé avec une certaine sensibilité autour des thèmes de l’injustice, du burn-out, de l’amitié, de l’indépendance, de l’émancipation féminine et de l’amour difficile. Victoria est une excellente comédie dramatique, drôle et enlevée, un film parfait pour démarrer les festivités à la Semaine de la Critique.

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Titre Original: VICTORIA

Réalisé par: Justine Triet

Casting :  Virginie Effira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud,

Laurent Poitrenaud, Laure Calamy, Alice Daquet…

Genre: Drame

Sortie le: 14 septembre 2016

Distribué par: Le Pacte

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

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