Critiques

CSI (Les Experts) Clap de Fin

csi final

En quinze saisons et 335 épisodes et forte de pas moins de trois séries dérivées (CSI Miami, CSI New York et CSI Cyber qui continue bon gré, mal gré de maintenir à flots une franchise que l’on pensait atone), Les experts ferment leurs portes ce mardi 22 mars sur TF1. La série qui avait relégué le sacro-saint film du dimanche soir à ses chères études et qui phagocyta les grilles de programme de la chaine se conclue en effet sur un double épisode qui voit le retour de plusieurs de ses piliers qui avaient tiré leur révérence et qui sont au rendez-vous pour ce final. Les Experts a été une série importante dans le paysage audiovisuel. Avant de se perdre dans un salmigondis d’enquêtes plus ou moins dispensables, la production de Jerry Bruckheimer fut l’un des programmes les plus diffusés au monde et son aspect précurseur en fit durant près d’une dizaine d’années la série phare d’un genre dont on pensait tout connaitre mais qu’elle transcenda par une vision révolutionnaire et un traitement novateur. Au delà de ses trois descendantes, elle peut se targuer d’avoir influencé de nombreuses séries et d’avoir remis au goût du jour des personnages et des méthodes qui pouvaient paraitre désuètes mais que la technologie et les progrès scientifiques ont imprégnés d’une modernité qui en fit une série avec un véritable style ce qui de nos jours est loin d’être anodin dans un univers sériel de plus en plus uniformisé. En dehors des chiffres éloquents qui permirent à la série d’aligner les records, la mise en perspective du travail de la police scientifique fut l’angle idoine qui permit aux Experts de se construire son identité propre et de s’affranchir des standards dont on pouvait douter qu’ils trouveraient un jour une nouvelle jeunesse. Anthony E. Zuiker qui présida aux destinées de la série depuis son épisode pilote parvint à créer un univers à la cohérence impressionnante tant dans son style visuel que dans l’utilisation de gimmicks qui permettaient au téléspectateurs de se retrouver en terrain connu. Mais si la série parvint à moduler sa distribution sans trop souffrir toutes proportions gardées en terme d’intrigues (même si le départ de William Petersen la priva de son élément pivot) c’est parce que le concept était sans conteste plus fort que ses personnages. Le concept et le lieu, Las Vegas, qui fut le centre névralgique de la série et dont elle sut tirer toute la quintessence et toute la cinégénie, des paysages désertiques aux salles de jeux rutilantes des casinos en passant par le luxe des palaces. Même si durant ses cinq dernières saisons la série vivotait tranquillement sur ses acquis et sans plus apporter l’innovation et la singularité dont elle pouvait se prévaloir à l’aube des années 2000, elle continuait son bonhomme de chemin portée notamment par la qualité de ses scénarios qui, en regard de ceux de ses trois séries dérivées, restaient de haute tenue.

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Lorsque l’on croit qu’une franchise a tout dit, qu’elle a été essoré jusqu’à la dernière goutte et que rien ne pourra plus jamais la remettre d’aplomb, il arrive parfois que dans une tentative désespérée de relancer une machine proche de la casse, soit tenté dans un dernier effort qui s’apparente à un instinct de survie. C’est le cas de ces bons vieux Experts dont on ne donnait plus cher de la peau avec les annulations successives des Experts Miami et Manhattan mais dont la série mère survivait encore avec en ligne de mire une fin programmée. Un double épisode qu’on aurait espéré plus fort en émotions et moins prévisible, même si cette « vraie » fin est une opportunité qui n’est pas donnée à toutes les séries. Fort de ce constat, c’est un brin circonspect que l’on a accueilli ces deux derniers épisodes et si on est très très loin du climax étouffant et étourdissant du double épisode que Quentin Tarantino réalisa en fin de saison 5, force est de constater que Les Experts s’éclipsent d’une manière tout à fait honorable dès lors que l’on revoit nos exigences à la baisse. Si la série n’est jamais aussi bonne que lorsqu’elle utilise la science pour faire avancer les enquêtes, elle utilise comme moteur de son final des personnages emblématiques du show à l’instar de ces téléfilms réunion qui avaient cours dans les années 80 et qui étaient plus souvent prétexte à de luxueux caméos qu’à proposer de véritables histoires. Nous sommes ici dans cette configuration, l’intrigue reposant avant tout sur la dynamique entre les personnages, leurs sentiments et la façon dont les relations se sont délitées au fil du temps, à l’image du couple Grissom-Sara et des interactions qui se jouent entre chacun. Voilà que le formula show qui prenait le pas sur les relations entre les personnages passe au second plan dans ces deux derniers épisodes et que c’est en jouant sur la proximité du public avec les personnages qu’il a suivis pendant quinze ans, que Zuiker a construit ses adieux à la série. Reste que ces deux derniers épisodes s’avèrent d’un classicisme à pleurer, ce qui pour une série qui a rebattu les cartes d’un genre moribond à la télévision américaine ne manque pas de paradoxe. CSI restera pourtant comme une série marquante de son époque. On pourra lui préférer des œuvres moins traditionnelles et plus complexes dans leur traitement mais personne ne pourra nier l’empreinte qu’elle aura laissée dans l’histoire des séries télévisées avant de finir par lasser. Mais ce dernier tour de piste en forme de chant du cygne vaut le coup d’œil, ne serait-ce que pour la nostalgie des grandes heures de la série. Un petit plaisir pour une grande série que le temps replacera sur son piédestal lorsque sera venu le moment de comptabiliser les œuvres phares de la télévision américaine des années 2000.

Crédits: CBS/TF1

 

 

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