Critiques

GIRLS (Critique saison 1-4) Drôles de dames

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, sexy et un peu garce sur les bords, ne manque pas d’ambition; et Jessa, hippie dans l’âme, aimerait gagner sa vie de son art…

Diffusée depuis 2012, Girls la série proto-féministe de HBO n’a cessé depuis son premier épisode de faire parler d’elle. Créée par Lena Dunham, petit génie de scénariste qui décroche le Saint Graal de la télévision à tout juste vingt-cinq ans (contrôle total sur sa série qu’elle écrit, produit, réalise et dans laquelle elle joue), Girls ne tarde pas à se transformer en une espèce de symbole de la génération du « millénaire » qu’elle glorifie et tourne en dérision avec une égale dextérité. Les détracteurs sont nombreux, de ceux qui reprochent à la créatrice et à ses actrices principales de parler d’un milieu qu’elles ignorent, celui de la galère post-études et des problèmes financiers qui en résultent, à ceux qui s’effarouchent devant les scènes de sexe ultra graphiques et pas franchement ragoûtantes. Force est cependant d’avouer que Girls, fille prodigue et inélégante de Sex and the City, est allée droit au cœur des téléspectateurs en dépit de sa tendance à idéaliser la pauvreté, et nombre sont ceux qui verseront une petite larme quand Dunham décidera de mettre un point final aux aventures d’Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna.

Saison 1

Où l’on rencontre Hannah Horvath (Lena Dunham), notre héroïne un peu enrobée qui veut devenir écrivain et a le sentiment profond d’être « la voix de sa génération ». Hannah se retrouve bien embêtée quand ses parents lui annoncent qu’ils lui coupent les vivres et qu’il faudra désormais qu’elle se débrouille toute seule. Petite consolation cependant, ses amies ne sont pas bien mieux loties. Shoshanna (Zosia Mamet) entre en première année à l’université de New York et se débat avec une virginité qui commence à lui peser. Marnie (Allison Williams) en revanche, semble avoir tout compris dans la vie : elle a un job d’assistante dans une galerie d’art, un copain stable, un appartement qu’elle peut se payer… et un sentiment grandissant d’étouffement dont elle essaie de faire abstraction. Quand à Jessa Johansson (Jemima Kirke), la party girl venue tout droit d’Angleterre, elle est bien trop occupée à profiter du présent pour s’inquiéter du futur. Nos quatre filles mènent tant bien que mal leurs barques sur les eaux troubles du passage à l’âge adulte et ne peuvent pas toujours compter sur le barista Ray (Alex Karpovsky) ou l’ami-amant d’Hannah Adam (Adam Driver) pour les aider à y voir clair. C’est humiliant, c’est dur à voir, mais c’est parfois d’une telle beauté que le public ne tarde pas à devenir complètement accroc.

Saison 2

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Lena Dunham prouve qu’elle sait ce qu’elle fait et que son succès n’est pas dû au hasard. La première saison avait forcé les filles à réaliser certaines choses et après moult faux départs, à prendre des décisions aux conséquences plus ou moins désastreuses. Hannah avait eu quelques scènes avec Adam qui nous avaient recroquevillés sur notre canapé tant elles étaient incommodantes, Shoshanna avait sauté le pas, Marnie perdait prise sur sa vie et Jessa avait, comme à son habitude, décidé de faire un truc saugrenu qui avait pris tout le monde par surprise : elle s’était mariée. La saison deux effectue un petit saut dans le futur et nous fait reprendre contact avec les filles quelques mois après la fin de la saison un. Donald Glover (Community) fait une apparition remarquée, ainsi que le chouchou de Broadway Andrew Rannells (Book of Mormon) qui vient rejoindre la distribution dans le rôle d’Elijah, l’ancien petit ami d’Hannah désormais gay. Les situations sont tout aussi incommodes et nos héroïnes ont clairement du chemin à faire sur la route de la maturité, mais les observations sont poignantes, les épisodes bien rythmés, les acteurs attachants et la série remporte le Golden Globe de la meilleure comédie en 2013.

Saison 3

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Où la créatrice prend des risques et peut se permettre d’inviter des stars sur son plateau de tournage. De la vedette de Broadway Patti LuPone à Debra Monk, en passant par Felicity Jones et Ebon Moss-Bachrach, tout le beau monde du théâtre new-yorkais et international se retrouve dans Girls. Hannah semble prendre ses marques dans la vie, entre un nouveau job, un nouveau copain et un appartement rien qu’à elle et on commence à croire qu’elle va sortir la tête de l’eau. Naturellement, cela ne dure pas, car même quand la vie la laisse tranquille, Hannah trouve un moyen de se créer des problèmes. Sa relation avec Marnie se détériore d’ailleurs, puisque la « jolie fille » du groupe est terrifiée à l’idée que sa vie lui glisse entre les doigts. Petit détour aux Hamptons, le coin vacances préféré des new-yorkais huppés et sur la scène des théâtres de Times Square, Hannah et son histoire d’amour prennent le pas sur les autres personnages et Jessa et Shoshanna sont un peu laissées pour compte. Qu’à cela ne tienne, elles ont quand même beaucoup à faire : Jessa en clinique de désintoxication pour ses problèmes de drogue, et Shoshanna avec une seule réplique (dans l’épisode des Hamptons justement) qui la sacre instantanément reine de la saison. On peut regretter que la série perde un peu de son énergie de quatuor et privilégie sa star par rapport aux autres actrices, mais n’oublions pas que Girls appartient à Lena Dunham, et que par conséquent, Lena Dunham fera ce qu’elle voudra avec sa série.

Saison 4

girls_ver13Où l’on se rend compte que mine de rien, les filles ont fait du chemin depuis la première saison. Si les pitreries et les situations absurdes sont toujours au rendez-vous, la quatrième saison marque un changement de ton. Tout à coup, on est dans un univers plus mûr, plus franc, plus douloureux aussi mais qui permet à nos personnages de s’affirmer et de réfléchir sérieusement à ce qu’ils veulent. On explore les thèmes de l’isolement, du rejet et lors d’un épisode indubitablement méta, du privilège de l’auteur qui construit son fil narratif sans se soucier de son public et des réactions au vitriol qui peuvent en résulter. Marnie semble avoir trouvé sa voie et se lance corps et âme (c’est le cas de le dire) dans le monde de la musique avec Desi (Ebon Moss-Bachrach), le guitariste un peu déconcertant qu’elle avait rencontré lors de la saison précédente. Après plusieurs années à souffrir le martyr en essayant d’être quelqu’un de « bien », Marnie paraît avoir accepté son égoïsme, et il faut avouer que ça lui réussit. Shoshanna se retrouve face au même gouffre auquel ses copines s’étaient confrontées quelques années auparavant : la remise des diplômes, la fin de l’école, les débuts dans le monde du travail, et ses premiers entretiens d’embauche ne manquent pas de piquant. Quant à Jessa, elle forme une amitié incongrue et plutôt rafraîchissante avec Adam, et c’est assez incroyable de la voir discuter avec un homme sans que cela se finisse dans un lit. Jessa serait-elle (elle aussi) en train de grandir ?

Si les critiques sont d’accord pour dire que la série fatigue depuis deux ans, on ne peut nier que le public, lui, est toujours au rendez-vous. La fin de la série ayant été annoncée pour 2017, on ne peut que profiter des épisodes qui nous attendent encore et espérer que ces filles trouveront un semblant d’équilibre et de bonheur avant de nous quitter.

Crédits: HBO/OCS

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