Analyse

LES TELENOVELAS : Amor, gloria y belleza

Les telenovelas. Vous en avez sans doute entendu parler, vous avez vu deux ou trois clips à la télévision dans des séries comme Ugly Betty ou Jane the Virgin et vous avez entendu moult références à ce genre qui n’inspire pas forcément le respect, mais la question vous taraudait peut-être un peu : c’est quoi, en fait, une telenovela ? Si on le traduit mot à mot, c’est un feuilleton télévisé, la version latino des soap opera et autres feuilletons de l’été, un mélodrame qui s’étend généralement sur plusieurs mois et qui rallie un public toujours plus nombreux. Du Brésil au Mexique, en passant par presque tous les pays Latinos et Hispaniques, la telenovela, c’est un moment sacré, une raison de se retrouver au bar du coin et de siroter une pléiade de boissons plus ou moins innocentes en suivant les péripéties du feuilleton.

Ça parle de quoi ?

CUNA DE LOBOS

Généralement, c’est l’histoire d’un type riche, genre playboy narcissique insupportable, qui s’humanise radicalement en rencontrant une jeune femme pauvre, travailleuse et souvent incroyablement naïve. Parfois cependant, c’est l’inverse, mais l’opposition fresas et nacos (les termes mexicains pour membre de la haute et basse société) est au cœur du conflit central de la novela: les amants maudits que tout oppose. La plupart du temps, la principale source d’obstruction à leur amour vient des parents du jeune homme, horrifiés à l’idée que leur fils chéri s’encanaille avec semblable raclure d’humanité, et qui sont prêts à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour séparer nos héros. Mais pas toujours. On a aussi généralement droit à des seconds rôles machiavéliques que l’on voit venir de loin puisqu’ils arborent toujours des signes distinctifs, en général caractéristiques de leur état. L’une des antagonistes les plus célèbres du genre, Catalina Creel (jouée par María Rubio dans l’inoubliable Cuna de Lobos) portait même un cache-œil, façon baroudeur des mers assoiffé de sang. Mais sans aller aussi loin, on peut toujours compter sur un vieillard libidineux, une nympho des beaux quartiers ou un ami d’enfance du héros se prenant d’un amour pur pour notre héroïne, pour venir compliquer notre histoire et discréditer nos tourtereaux, trop naïfs pour se rendre compte des sombres desseins de ceux qui les entourent.

Les tropes de la telenovela

En dehors des personnages qui sont façonnés toujours plus ou moins sur le même patron, il y a certaines tropes qu’on retrouve immanquablement:

La chanson du générique : une chanson entêtante qui reprend le titre de la telenovela et parfois chantée par les acteurs stars. Un thème souvent associé à l’histoire d’amour principale, qui viendra vous attaquer les oreilles à chaque fois que les amants se retrouvent, se voient, se parlent, s’embrassent ou pensent l’un à l’autre. Autant dire qu’en deux épisodes, vous connaîtrez la chanson par cœur.

Le secret de famille : un motif souvent utilisé pour tenir nos héros à distance, le secret de famille leur fait croire qu’ils sont frère et sœur, leur apprend qu’ils sont les enfants de deux ennemis à la Roméo et Juliette, ou encore sert de deus ex-machina en nous faisant savoir à la fin qu’en fait la jeune fille pauvre est la seule héritière d’une immense fortune et que la famille du jeune homme n’a donc plus aucune raison de s’opposer à leur amour.

la rosa de guadelupe

Le surnaturel : Ce n’est pas un élément qui intervient à chaque fois, mais quand il pointe le bout de son nez, il ne déçoit pas. Que ce soit la Vierge Marie qui envoie des roses blanches magiques sur le lit de notre héroïne comme dans La Rosa de Guadalupe, le fantôme d’une sorcière qui vient prévenir nos héros qu’ils vivent au-dessus d’une nappe de pétrole (La Tormenta) ou deux anges gardiens incompétents qui renvoient le héros mort dans le corps d’un prêtre catholique (Cachito de Cielo), l’usage du surnaturel dans les telenovela n’est pas forcément toujours judicieux, mais il a le mérite d’être imprévu.

La séparation : Parce qu’on ne peut pas toujours se retrouver en secret sans que les parents le sachent, il arrive toujours un moment dans les telenovelas ou nos héros sont séparés par la force des choses. Le jeune homme s’en va faire des études à l’étranger, la jeune fille doit fuir les persécutions de sa belle-famille, un malentendu transforme momentanément leur amour en haine… tous les moyens sont bons pour tenir nos tourtereaux à l’écart l’un de l’autre.

La fin heureuse : Aucune raison de redouter le pire, car en fin de compte, tout est bien qui finit bien. Les gentils sont récompensés de leur bravoure, les méchants sont punis de manières plus ou moins spectaculaires et ordinairement, notre histoire se termine par un mariage.

Les telenovelas, c’est où?

Soyons francs, c’est un genre qui plaît partout dans le monde. En Corée avec les dramas, aux États-Unis avec Les Feux de l’amour et autres soap operas, en France avec les feuilletons de nos grands-parents et Plus Belle La Vie (qui a beaucoup trop de tropes en commun avec les mélodrames pour passer à côté de la comparaison), en Turquie, en Espagne, en Roumanie, Taïwan, Venezuela, Chine, Japon, Brésil… Bien qu’universellement décrié comme un genre de divertissement de bas étage, souvent critiqué pour ses histoires à dormir debout et ses acteurs pas toujours au top, il est indéniable que le mélodrame a quelque part, tapé dans le mille. Même le roi de la science-fiction Joss Whedon a avoué que les fils mélodramatiques de ces séries constituaient souvent la vraie raison pour laquelle les téléspectateurs revenaient chaque semaine et en redemandaient. Du coup, chaque pays a lancé sa production et a ses stars qui lui rapportent gros. Mais pour les besoins de cet article, nous allons nous concentrer sur l’Amérique du Sud et Centrale, dans les pays qui parlent espagnol, et principalement sur les trois plus grands producteurs de telenovelas du continent : l’Argentine, le Mexique et la Colombie.

C’est fait par qui ?

L’Argentine et surtout la chaîne Telefe, produisent des programmes qui sont considérés majoritairement comme les meilleurs du genre. Leurs séries sont souvent achetées par les autres pays qui en font des remakes, parfois avec plus de succès, comme dans le cas de Rebelde, mais la plupart du temps avec moins de finesse. Le monde du divertissement argentin est sur la pente ascendante depuis quelques années, avec une nouvelle génération de scénaristes qui puisent volontiers dans l’histoire de leur pays et se caractérisent par une écriture plus nerveuse et un humour généralement plus aiguisé. On doit leur doit notamment les excellents Sos mi Vida, Malparida ou le programme jeune qui affolait le public pré-pubescent : Casi Angeles.

casi-angeles
Telemundo, succursale de NBC Universal Hispanic Group tourne près de 85% de ses séries à Miami et s’exporte comme des petits pains dans tout le monde Latino-américain. Les co-productions avec la compagnie de télévision colombienne RTI (Radio Televisión Interamericana) sont particulièrement fructueuses puisqu’elles nous ont apportées certaines des telenovelas les plus iconiques de ces dernières décennies : Pasión de Gavilanes, Quién Mató a Patricia Soler, ou El Clon, pour n’en citer que quelques-unes.

Le Mexique n’est pas en reste. Televisa, chaîne des étoiles, a beau se spécialiser dans le recyclage des séries des autres pays (Al Diablo Con Los Guapos est un remake de la telenovela argentine Muñeca Brava, Llena de Amor, celui d’une série vénézuélienne… on pourrait vous faire la liste, mais tout cet article y passerait), force est d’avouer qu’ils le font avec un flair peu commun et n’ont pas leur pareil pour créer des méga stars. De Maite Perroni à Juan Soler, en passant par une myriade de starlettes et auteur-compositeurs en tous genres, la chaîne n’a certainement pas volé son surnom.

Quelques telenovelas à connaître :

María la del barrio. En parlant de méga star, difficile de passer auprès de cette telenovela mythique et son actrice principale au charisme ravageur. María est une jeune femme pauvre qui intègre une famille riche suite au dernier souhait de sa grand-mère mourante et tombe éperdument amoureuse du fils aîné. Quiproquo et romance n’ont jamais fait aussi bon ménage.

maria la del barrio
Yo soy Betty la fea. Le Ugly Betty d’origine. L’histoire de cette fille laide et profondément sensible qui se transforme en femme fatale pour les beaux yeux de son patron a séduit la terre entière. Si vous vous demandiez d’où sortait Le Destin de Lisa (Verliebt in Berlin) en 2007, vous avez maintenant la réponse, ils s’agit du Betty la fea allemand.

Pasión de Gavilanes. On change un petit peu la formule ici. Trois frères pauvres veulent venger la mort de leur sœur et jurent de détruire la famille de l’homme responsable. Petit problème, l’homme en question a trois filles ravissantes et le destin s’en mêle très vite.

Pasión de Gavilanes
Cuna de Lobos. Ne serait-ce que pour le cache-œil, vous devriez vous pencher dessus. L’histoire n’est pas très claire, mais les acteurs ont suffisamment de présence pour rendre le tout magique. Disons que notre personnage principal, Catalina a un lourd secret (le cache-œil qu’elle a réussi à dissimuler pendant vingt ans puisque son mari n’a aucune idée) et qu’elle est prête à tout pour conserver la fortune de la famille dans un déferlement d’imagination débridée qui ne pourra que vous divertir.

Rebelde. Plus qu’une telenovela, le remake mexicain de Rebelde Way est devenu un culte à part entière. Les tribulations de ces jeunes super-privilégiés de l’Elite Way School, façon Gossip Girl en chansons captivent le public et font de la série un succès colossal. Point de départ du premier groupe pop Latino du monde, c’est un véritable raz-de-marée qui est au rendez-vous lorsque le premier épisode est diffusé en 2005, propulsant leur jeune distribution au rang de stars internationales.

rebelde

Vous l’aurez compris, les telenovelas, c’est tout un Univers. Ces programmes qui durent entre dix et trois cents épisodes ne vous rendront sans doute pas plus intelligent que vous ne l’étiez avant de les voir, mais ils auront le mérite de vous faire voyager (certains plans de la campagne colombienne valent franchement le détour) et de vous faire passer un bon moment. Que vous aimiez rire du ridicule assumé de certaines intrigues, que votre cœur batte plus fort à chaque fois que le héros et l’héroïne se retrouvent à la fin d’une aventure particulièrement difficile, ou que vous aimiez simplement regarder de beaux hommes et de belles femmes évoluer sur votre écran, vous trouverez de tout dans les telenovelas. Mais surtout vous ne pourrez vous défendre d’une certaine affection pour le propos sous-jacent de toutes ces histoires: la vie est belle, l’amour est grand, et quand on veut se battre pour ce qui est juste, on obtient généralement gain de cause. Naïf ? Peut-être. Mais qui a dit que la naïveté était forcément un défaut, surtout si ça vous fait rêver ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s