Critiques Cinéma

CRAZY AMY (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

crazy amy affiche

SYNOPSIS: Depuis sa plus tendre enfance, le père d’Amy n’a eu de cesse de lui répéter qu’il n’est pas réaliste d’être monogame. Devenue journaliste, Amy vit selon ce crédo – appréciant sa vie de jeune femme libre et désinhibée loin des relations amoureuses, qu’elle considère étouffantes et ennuyeuses ; mais en réalité, elle s’est un peu enlisée dans la routine. Quand elle se retrouve à craquer pour le sujet de son nouvel article, un brillant et charmant médecin du sport nommé Aaron Conners, Amy commence à se demander si les autres adultes, y compris ce type qui semble vraiment l’apprécier, n’auraient pas quelque chose à lui apprendre.

Comment résumer le cinéma de Judd Apatow en quelques mots ? Tendre, drôle, sincère … oui, mais pas que. Fan des Marx Brothers depuis toujours, Judd Apatow fait partie de la vieille école, un artiste biberonné au Saturday Night Live depuis sa plus tendre enfance. Ses talents d’auteur lui valurent au début des 90’s d’être crédité co-créateur et producteur exécutif de l’hilarant Ben Stiller Show. Quelques années plus tard, c’est à la barre de la série culte Freaks and Geeks qu’on le retrouve. Ce tremplin télévisuel lui offre l’opportunité de rencontrer le comédien et producteur Seth Rogen, qui deviendra l’un de ses acteurs fétiches et plus proches collaborateurs, en incarnant notamment le héros de son second long-métrage, En cloque, mode d’emploi. En 2004, le metteur en scène gagne en influence en remportant son premier succès commercial aux USA en tant que producteur avec le déjanté Anchorman, injustement boudé à sa sortie dans nos contrées. Durant le tournage de ce film, Apatow fait la connaissance de Steve Carell, alors méconnu du grand public, avec qui il écrit le scénario de son premier essai en qualité de réalisateur, le sympathique et attachant 40 ans toujours puceau, succès surprise au box-office 2005. Véritable tournant dans sa carrière, cette première réalisation le propulse presque instantanément au rang de roi de la comédie us. Ainsi, Apatow peut lancer de nombreux projets qu’il se contente de produire pour ses compagnons de fortune : Ricky Bobby, roi du circuit, Walk Hard – The Dewey Cox Story, SuperGrave, Frangins malgré eux, Sans Sarah, rien ne va !, American Trip, Délire Express … autant de délires ciné quasiment tous auréolés du même heureux destin au box-office et ayant permis de mettre en lumière une tripotée de réalisateurs bien aimables (Adam McKay, Greg Mottola, Nicholas Stoller, Paul Feig) ainsi que de jeunes comédiens et comédiennes prometteurs (Jonah Hill, Jay Baruchel, Jason Segel, Paul Rudd, Adam Scott, Michael Cera, Justin Long, Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Lena Dunham, Leslie Mann), voire d’en révéler certains dans le registre de la comédie (John C. Reilly, James Franco, Rose Byrne, Amy Adams). Apatow réalise par la suite En Cloque, Mode d’Emploi, un triomphe de plus auprès du public, puis le mésestimé Funny People, long-métrage plus personnel et dramatique que ses deux précédents opus.

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En 2013, c’est 40 ans Mode d’Emploi, sorte de spin-off de sa seconde mouture, qui pointe le bout de son nez. Pour la première fois, Judd Apatow déçoit. Le metteur en scène y évoque avec une certaine acuité (et insolence) la crise de la quarantaine, et ce de manière autobiographique (sa femme à la ville et ses filles jouent dans le film, Paul Rudd étant une projection de lui-même), mais le résultat est en dents de scie. Récréatif par moments, 40 ans Mode d’Emploi s’avère poussif et irrégulier dans la durée, ses gags et sa trame (enjeux superficiels, caricature maladroite sur le couple et la famille, absence de renouvellement dans l’abord des thématiques qui lui sont chères comme la peur de l’engagement, la grossesse, les valeurs du mariage, ou encore l’amitié). Décrié pour le ton souvent potache et parfois misogyne de ses œuvres, ainsi que pour leur durée, régulièrement jugée trop longue, Judd Apatow s’est pourtant imposé comme la figure de proue de la comédie us post moderne. Références bien placées à la pop-culture, ton irrévérencieux et frais, tendresse et sincérité touchantes, contrastant avec l’attitude « trash » des personnages, casting insolent, caméos improbables … son style est devenu au fil du temps identifiable, faisant de lui un auteur à part entière.

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Judd Apatow est aujourd’hui de retour derrière la caméra avec Trainwreck (retitré bêtement Crazy Amy en France), une « romcom » sucrée salée écrite et interprétée par le phénomène comique Amy Schumer, véritable reine du stand-up aux États-Unis actuellement. Premier film qu’Apatow n’a pas lui-même scénarisé, Crazy Amy rompt également avec la tradition, puisque même si on retrouve certaines figures et codes clés de son œuvre (protagoniste principal célibataire, ton décalé et osé, humour vachard…), les personnages féminins y occupent cette fois le devant de la scène et ses potes habituels (Seth Rogen, Jonah Hill, Jason Segel, Paul Rudd …) pointent aux abonnés absents, remplacés à l’occasion par des acteurs confirmés mais encore peu connus du grand public (Bill Hader, Mike Birbiglia, Ezra Miller … mais aussi les comédiennes Brie Larson, Tilda Swinton). Barre des 100 millions de dollars de recettes franchie aisément aux USA, critiques majoritairement positives, accueil enthousiaste lors de son passage au festival de Deauville (où il était présenté en avant-première) … c’est avec impatience que l’on attend Crazy Amy dans l’hexagone. Verdict ?

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De bien meilleure qualité que le décevant 40 ans Mode d’Emploi mais tout de même pas encore à hauteur des trois premiers films d’Apatow, Crazy Amy s’avère in fine sympathique et touchant, devant tout (ou presque) à la tornade Amy Schumer. Il faut dire que dès l’introduction, le ton impoli et osé de Schumer est posé. On y découvre un père de famille expliquant à ses deux petites filles (dont la Amy du titre, incarnée à l’âge adulte par Schumer) que « la monogamie est un mythe ! ». Scène hilarante, fixant rapidement les enjeux et la future trame du métrage : le parcours sentimental d’une femme en manque de repères dans la vie, éduquée par un père goujat et cynique. Dans la peau d’Amy, sorte de cousine américaine de Bridget Jones, la comédienne excelle. Amy, cette trentenaire célibataire bossant comme rédactrice pour un magazine huppé, est une jeune femme ordinaire et c’est bien là que réside la force du film. L’identification est immédiate, l’empathie fonctionne bien. Schumer s’accapare ensuite avec brio les codes de la comédie romantique pour en jouer avec ingéniosité. Relation routinière avec un grand costaud monolithique (John Cena, improbable), séparation, rencontre amoureuse avec un médecin du sport (Bill Hader, dans une version âgée du Seth Cohen de la série culte The O.C., est magistral), doutes, remises en question, emballement du cœur, passage à l’âge adulte tardif … tout y passe. L’actrice, qui a désormais sa propre série TV Inside Amy Schumer sur la chaîne Comedy Central, fait feu de tout bois, passant à la moulinette les travers du couple et du célibat, mais aussi de la pop-culture. Tout cela est mordant et plaisant, sans compter qu’elle est bien épaulée dans cette tâche par Apatow, qui ne s’efface jamais derrière la caméra et accompagne bien la comédienne dans son trip, même s’il est vrai que sa mise en scène apparaît ici plus discrète qu’à l’accoutumée. On gagera cependant quelques défauts préjudiciables, comme un ventre mou au milieu, un abord guimauve de la thématique de la maladie, des scènes parfois inutilement étirées en longueur (même si on devine aisément l’amour d’Apatow pour l’impro de ses comédiennes), et un dénouement un peu facile, avec une résolution expéditive. Heureusement, le film est gorgé de moments touchants, de petits instants super drôles de la vie de tous les jours et surtout de personnages secondaires bien séduisants, qui tirent constamment Crazy Amy vers le haut. A commencer par LeBron James qui, dans une version alternative de son propre rôle, montre qu’il est aussi à l’aise dans la comédie qu’au basket. On salue également le talent de Brie Larson dans le rôle de la sœur bienveillante, de Mike Birgilia très fun dans la peau de son mari, ainsi que de Tilda Swinton, improbable en rédac’ chef tyrannique. Deux ans à peine après le moyen 40 ans Mode d’Emploi, Apatow sort Crazy Amy, une romcom maline et drôle, admirablement servie on et off screen par la pétillante Amy Schumer dont la carrière est indéniablement à suivre.

crazy amy affiche

Titre Original: TRAINWRECK

Réalisé par: Judd Apatow

Casting: Amy Schumer, Bill Hader, Brie Larson,

Tilda Swinton, John Cena, Colin Quinn …

Genre: Comédie

Sortie le: 18 novembre 2015

Distribué par: Universal Pictures International France

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

 

 

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