Critiques

ALEX HUGO (Critique Saison 1) Into the wild

3 STARS BIEN

alex hugo 1SYNOPSIS: Alex Hugo, ancien grand flic de Marseille est aujourd’hui policier municipal isolé dans les montagnes à cause d’une violence qu’il ne supporte plus. Il reprend rapidement du service, déterminé à mener de nouvelles enquêtes.

Lusagne, ses hauteurs verdoyantes, ses sommets enneigés, ses torrents, ses failles, ses loups… La nature en plus grand que grand. Et Alex Hugo, surnommé « La Tendresse », ex-flic marseillais qui a fui la ville, saturée de violence, pour la quiétude d’une bourgade des Hautes-Alpes et un boulot plus pépère de garde champêtre. Le décor est planté, le ton est donné. On a ouvert les fenêtres en grand en salle d’écriture, et décidé de retranscrire ce bol d’air pur sur le papier. Plus de grisaille et d’immondices, plus de buildings, de course-poursuite effrénées. Exfiltré du carcan de la ville, le terrain d’investigation se la joue extra-large. Le panorama est envoûtant, et la montagne un personnage à part entière. LE personnage principal. Et au beau milieu de cette immensité qui échappe encore aux hommes, Alex Hugo arpente les sentiers, les routes escarpées, berger bienveillant gardant un œil sur la paisible vallée. Jusqu’à ce que le crime s’invite au paradis et vienne le tirer de sa retraite.

On a un peu la sensation d’un poor lonesome cowboy de haute montagne, protégeant la veuve, l’enfant, la bergerie et le gardon. Si l’épisode Comme un oiseau sans ailes a peiné à me convaincre, me plongeant dans une léthargie proche de l’ennui pur, l’épisode suivant La traque ainsi que le pilote Alex Hugo, la mort et la belle vie, rediffusé dans la foulée, m’ont d’avantage convaincu. On y suit des intrigues plutôt bien ficelées, quoique assez banales – à l’exception du 1.01 qui, là encore, m’est apparu franchement grotesque tant dans le traitement que dans le fond de son sujet – mais qui prennent le temps. Trop diront certains, tant et si bien qu’il n’est pas rare d’additionner 1 + 1 plus rapidement que les enquêteurs. Mous du genou ? Non. Seulement, abreuvés que nous sommes – que dis-je ? Saoulés oui ! – par un genre vulgarisé et toujours plus sensationnaliste outre-Atlantique, trop ronronnant en France, de plus en plus pointu outre-Manche et au-delà, nous sommes tous devenus des Sherlock en herbe depuis notre salon. Et avons probablement perdu, de fait, le goût des choses simples. En ce sens, Alex Hugo marque un retour aux sources, au propre comme au figuré. A l’image d’un flic rangé des voitures, gavé de violence, fuyant la vie citadine et ses vices, venu chercher sérénité et rédemption dans le creuset encore fertile et paisible des montagnes, la série propose une mise au vert salvatrice. Loin de s’accorder une cure de jouvence pour autant – on ne peut ni parler d’innovation, ni de réel lifting du genre – l’écriture brute apporte néanmoins un vent de fraîcheur sur le polar, moderne dans les valeurs en vogue qu’elle véhicule – quasi en mode flicaille écoresponsable – débarrassée de toute présomption d’orgueil. Alex Hugo, c’est un western sage et contemplatif dans notre Montana à nous, roots, parfois borderline, mais sacrément authentique. Une impression renforcée par le score entre folk et country music de Rover. Pas besoin pour Alex Hugo de rouler des mécaniques. Sa personnalité tout en pleins et déliés se suffit à elle-même, sans effets de style, sans sur-jeu. Samuel Le Bihan s’y révèle tel qu’on l’appréhende : inaltéré et modeste, fiable, sûr.

Mais le tout pêche encore par certains tics, inhérents à la production française, et dont il semble difficile de s’affranchir, à l’image des stéréotypes qui phagocytent encore l’écriture des personnages notamment. On notera aussi une absence de fluidité dans de larges pans du récit. Certains plans, tout plantés en pleine verdure qu’ils soient, manquent de naturel, succombant à la tendance de la Shaky cam et de la GoPro. Pour quoi faire ? De même, à l’exception de La traque, les intrigues mises en avant sont encore trop « urbaines ». A croire qu’il paraît difficile de trouver matière à franchir la limite dans un patelin paumé. La localisation n’est encore que la scène de crime, mais pas assez la composante propre du méfait accompli. On a la sensation d’un matériau brut, trop brut, pas encore assez peaufiné dans son désir de « faire simple ». Compte tenu de l’écrin sauvage dans lequel s’inscrit le programme, il manque encore, ironiquement, de naturel. Pas assez organique le bazar. Pas encore assez dépouillé. Quand il aura fait corps avec son décor et ses aspirations profondes, définitivement affranchit des poncifs du genre, Alex Hugo se sublimera de lui-même et parviendra à édifier SA légende, SES références.

alex hugo 2Un mot rapide sur le reste du casting car, si Samuel Le Bihan porte clairement la série à bout de bras, véritablement taillé pour le rôle, il n’est pas aussi seul que ce pauvre Lucky Luke pour traquer les Dalton. A ses côtés donc, Lionnel Astier (Monsieur, j’ai envie de dire), bien trop en retrait à mon goût, aux commandes d’un personnage en demi-teinte, toujours un peu grande gueule, mais un rien passif. Et c’est franchement dommage. On retrouve aussi l’éthérée Caroline Baehr, qui apporte un peu de douceur mélancolique à l’ensemble, de féminité pure, tandis que Mikaël Fitoussi tire son épingle du jeu en flic conforme aux stéréotypes du jeune loup frondeur et énergique. En revanche, carton rouge à Louise Szpindel laquelle, pourtant charmante, récolte la palme de la non-expression faite femme, raide et froide jusque dans la diction. S’il s’agit là d’une composante de son personnage, elle est à changer d’urgence, vraiment. En ce qui concerne les intervenants secondaires, là encore, c’est en demi-teinte. Et c’est moins, à mon sens, un souci d’interprétation qu’un problème lié à l’écriture.

Enfin, Alex Hugo n’est pas sans m’évoquer le programme ovni qui s’est invité sur France 4 l’an dernier, Tokyo Reverse, en cultivant un goût prononcé – mais là encore, pas suffisamment assumé – pour la Slow TV, ce genre contemplatif et un rien hypnotisant qui invite à lever le pied tout en ayant l’œil sur la télé. Une série qui prend son temps donc, à l’instar de son antihéros des alpages, puisqu’elle ne livre(ra) que deux épisodes par an. Une cadence peu chronophage pour l’équipe qui trouve ici une autre manière forte de se démarquer du reste de la programmation actuelle lancée à l’assaut des audiences record. A savoir que France 2 prépare d’ores et déjà une seconde saison pour 2016 de la série qui lui a permis de battre, notamment, TF1 et sa Blacklist, série américaine diffusée au même créneau horaire. Une jolie victoire à domicile en somme. Comme quoi, l’appel de la montagne… ça ne s’explique pas.

Crédits: France 2

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