Critiques

TRUE DETECTIVE (Critique Saison 1) Sans commune mesure

5 STARS CHEF D'OEUVRE

true_detective_ver2SYNOPSIS: La traque d’un tueur en série amorcée en 1995, à travers les enquêtes croisées et complémentaires de deux détectives, Rust Cohle et Martin Hart.

Certaines séries affichent une telle ambition narrative, imposent un niveau d’interprétation du casting tellement époustoufflant, dégagent une ambiance si particulière qu’elles deviennent instantanément des classiques. Ce fut le cas il y a près de vingt ans avec Les Sopranos, qui a hissé son spleen mafioso-depressif en référence télévisuelle impossible à copier. Rebelote au début des années 2000 avec The Wire, plongée violente dans sa forme et chirurgicale dans ses thèmes au cœur d’un Baltimore malade de son Amérique, que l’actualité remet d’ailleurs sur les devants de la scène, et qui a permis de découvrir toute une génération d’acteurs tous plus inspirés les uns que les autres, (Idris Elba, Michael K Williams, excellent dans Boardwalk Empire, Michael B. Jordan, La Torche dans le prochain 4 fantastiques, etc..). Des œuvres comme ça n’arrivent en général qu’une fois par décennie. Pour les années 2010, c’est plié, et ça s’appelle True Detective. Attention, série révolutionnaire ne veut pas forcément dire qu’elle a conquis les foules : Les Sopranos ont mis du temps à s’imposer, tandis que beaucoup de monde parle de The Wire sans l’avoir vue. C’est la même chose pour True Detective, qui a rebuté, par son rythme très lent, pas mal de téléspectateurs, désormais habitués à consommer des séries à la pelle, et pour qui la plupart du temps le premier épisode passe ou casse. C’est très dommage pour eux, car justement True Détective n’est pas une série qui reproduit un schéma identique d’un épisode à l’autre, mais bien une seule et même histoire labyrinthique fascinante, qui ne prend toute sa dimension qu’à la lumière des 8h sur lesquelles elle se déploie.

TRUE DETECTIVE 1

Car la première claque de True Detective, c’est son scénario, écrit par le showrunner de la série, Nic Pizzolatto. Le fil rouge, plutôt simple (l’enquête de deux inspecteurs de police, qui bouleversera leurs vies), s’étire sur une temporalité très longue (une quinzaine d’années), elle-même construite autour de flash-backs qui constituent la quasi-intégralité de la première moitié de l’œuvre. D’abord déstabilisant, le procédé est redoutable d’efficacité, grâce à un scénario au cordeau qui nourrit un suspense particulièrement prenant. Autant vous prévenir tout de suite : si vous accrochez à la série, vous aurez beaucoup de mal à ne pas vous enchainer l’intégralité en une nuit ! L’autre atout, de taille, de True Detective, c’est son casting, impeccable jusqu’aux troisième et quatrième rôles. Surtout, il est mené par un duo d’acteurs époustouflants : Woody Harrelson et Matthew McConaughey, qui livrent tous deux des performances au-dessus de tout ce qu’ils ont pu faire jusqu’à présent, rôles oscarisés inclus. C’est particulièrement le cas pour McConaughey, dont l’interprétation hallucinée de l’impressionnant Rust Cohle vous hantera pour longtemps. Il est d’ailleurs particulièrement injuste qu’il n’ait pas ramassé TOUTES les récompenses possibles pour ce rôle, notamment aux Grammy Awards, mais passons. Leur duo d’inspecteurs amis/ennemis bénéficie d’une finesse et d’une qualité d’écriture exceptionnelle, permise, entre autres, par le fait que leur relation, particulièrement réaliste, évolue sur plus d’une dizaine d’années. Elle passe donc par des hauts, des bas, et est abordée sous tous les angles que vous pouvez imaginer : professionnel, personnel, psychologique, philosophique… Le vrai moteur de la série, ce sont eux.

true detective 2

Mais pour faire rouler une mécanique possédant une machinerie aussi puissante, il faut un capitaine particulièrement solide. Or, Cary Fukunaga, un quasi-inconnu (2 longs discrets à son actif), impose d’emblée une mise en scène d’une maitrise hallucinante, qu’il parvient en plus à inscrire dans la durée. Contemplative et léchée, sa réalisation ne met pas pour autant de côté les fulgurances visuelles, comme cet incroyable plan séquence de 10 minutes central, que peu de réalisateurs dans la place auraient pu achever avec tant de talent. Un réalisateur est né, et autant dire que nous le surveillons de près. Plongée dans l’intimité de deux personnages passionnants, claque visuelle, True Détective est également remarquable par sa thématique de fond, une exploration de l’Amérique profonde, celle des « rednecks » du bayou, les laissés pour compte du rêve Américain, que seule la religion permet encore de rattacher au reste du pays. La photographie, sublime, met paradoxalement encore plus en lumière l’état de délabrement social, industriel et psychologique d’une région entière où la population, complètement délaissée, finit par se dévorer elle-même. L’Amérique perdue, la corruption de ses puissants, l’errance des enfants paumés qu’elle a engendrée, la chute dans la drogue ou la violence, c’est là le cœur sombre de la série. Mettre tant de talent pour montrer les dégâts que l’American Way of Life peut créer semble être le credo de True Detective, dont la saison 2, qui n’aura rien à voir avec cette première incroyable expérience (nouveau casting, nouveau décor, la Californie, nouvelle thématique, nouveau réalisateur) arrive au mois de juin. La barre est haute, espérons que notre attente sera récompensée ! 

Crédits: Canal Plus / HBO

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