Critiques Cinéma

BEYOND CLUELESS (Critique)

5 STARS CHEF D'OEUVRE

beyond cluelessSYNOPSIS: Une étude approfondie, à travers plus de 200 classiques modernes, qui se penche sur le phénomène du teen-movie. Le film se concentre sur la période allant de 1995 à 2004 et revisite des comédies telles que Clueless, Dangereuse Séduction ou encore Lolita Malgré moi.

Deux cent: C’est le nombre de teen-movies que Charlie Lyne, jeune blogueur/journaliste anglais du Guardian, a ingurgité pour bâtir son premier long-métrage en qualité de cinéaste, l’excellent documentaire Beyond Clueless, financé grâce à la plate-forme participative Kickstarter. Conçu comme une anthologie complète sur le genre – souvent méprisé, à tort, par la critique, qui n’y voit là que potacheries et paillardises pour puceaux acnéiques – Beyond Clueless se présente sous la forme d’une longue compilation d’extraits de teen-movies de la période 1995-2005 (cette frise n’est toutefois pas mentionnée on-screen), épluchés par l’actrice Fairuza Balk (l’une des quatre sorcières de Dangereuse Alliance, créditée ici narratrice) et chapitrés en cinq thèmes distincts (« trouver sa place », « s’émanciper », « perdre ses repères », « se mettre au pas », « aller de l’avant »). Point d’interviews de spécialistes ici, ni même de roublardises d’archives, mais seulement des films. Afin d’illustrer chaque sujet, une œuvre est choisie comme fer de lance pour appuyer un propos. Et c’est ce fondement même qui est le cœur narratif de Beyond Clueless : les choix de Lyne indiquent clairement que celui-ci se passionne pour le thème de l’adolescence au cinéma et ne cherche pas seulement à étudier le teen-movie (terme réducteur) de manière approfondie. La démarche est sincère et pure, un peu naïve (juste ce qu’il faut !), drôle et loufoque (le ton employé offre souvent une impression d’étrangeté), généreuse, teintée d’émotions, et le projet se configure alors comme une véritable pépite d’auteur.

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La première prouesse se situe d’abord du côté technique : outre la voix douce et délicate de Balk, la bande-son planante de Summer Camp, parfaitement assortie aux images, Charlie Lyne a effectué un travail de montage titanesque, intercalant avec intelligence et justesse (et goût) des plans emblématiques de teen-movies des 90’s et 00’s. La sélection est composée aussi bien de fleurons poilants du genre (cela va d’American Pie, Sexe Intentions, Elle est trop bien à The Faculty, Scream, Souviens-toi l’été dernier, Destination Finale, en passant par Road Trip, 30 ans sinon rien, Eurotrip, American Girls, Lolita malgré moi, Sex Academy, ou encore … Spider-Man et American Beauty) que de succès d’estime (Elephant, Bully, Les lois de l’attraction, Alpha Dog, Kids, The Doom Generation…), d’œuvres mésestimées ou oubliées, voire carrément inconnues du grand public (Comportements troublants, La main qui tue, Spun, Big Party, Jeepers Creepers, Bubble Boy, Empire Records…), mais aussi d’autres produits assez ingrats (Slackers, Boys and Girls, 10 bonnes raisons de te larguer, O, 100 girls, Urban Legend 3 : Bloody Mary, American Psycho 2 : All American Girl…). Vous l’aurez compris, pour révéler les tropismes adolescents et raconter une histoire (son histoire ?), Charlie Lyne a tricoté un groupe hétérogène, affectionnant aussi bien les comédies potaches, les bonbons acidulés (de Gregg Araki) que les slashers, la figure du super-héros ou les drames réalistes (de Larry Clark, Gus Van Sant et consorts). Preuve, si l’on en doutait encore, que les teen-movies sont d’une grande variété et surtout d’une richesse inouïe, aussi bien sur le plan thématique (passage de l’enfance à l’âge adulte, premiers émois et découverte de la sexualité, expérience des sens, conflits internes entre satisfaction et refoulement des pulsions, recherche de limites, transgressions, usage de drogues) que des sous-textes (peur de la mort, angoisses abandonniques archaïques, conquête de l’individualité, refus de grandir et terreur de la puberté, crainte de la société, biberonnée à l’ultra violence et aux informations en flux continu). Plusieurs séquences de Beyond Clueless restent d’ailleurs bien en mémoire et reflètent à la perfection ces éléments (le montage des scènes de piscine et celui sur « l’explosion de la violence », à l’acmé, sont particulièrement puissants). Alors certes Charlie Lyne enfonce un peu des portes ouvertes, mais cette piqûre de rappel ne fait jamais de mal et tout cela s’articule merveilleusement bien. Avec cette entreprise, Charlie Lyne dégage des vérités affolantes au sein d’un genre pourtant hautement formaté par Hollywood (le teen-movie n’est-il pas fabriqué par et pour les adolescents ?).

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L’autre atout indéniable est cette forme de nostalgie qui parfume le film. On a évidemment tous été adolescents un jour, et c’est sur cette corde que joue constamment Charlie Lyne. On se réjouit ainsi de redécouvrir tous ces lieux communs que sont le gymnase du lycée, les salles de classe, les couloirs du bahut bordés de casiers métalliques…ainsi que les visages familiers qui y résident (les profs, le sportif caïd, le nerd isolé, le comique de service, la jolie fille, la pimbêche…), occasionnant quelques passages obligés (le bal de promo, la teuf de fin d’études, le cours de sport). Des garçons et des filles qui se toisent, des rencontres, des ruptures, des joies, des frustrations, le tourbillon d’émotions. Charlie Lyne a parfaitement sondé cette période, fait le tour du sujet en 1h30, la mélancolie est communicative. De même, on se surprend à reconnaître quelques stars d’aujourd’hui dans certains extraits (beaucoup d’acteurs célèbres ont démarré leur carrière dans le teen-movie). D’un autre côté, les puristes rétorqueront le manque crucial de certains étalons dorés. Ainsi, l’absence de contextualisation (pourquoi avoir choisi ces bornes temporelles là ?) apparaît indéniablement comme une limite, éliminant d’emblée les matrices qui ont créé les archétypes sur lesquels toute l’histoire du genre repose (La fureur de vivre, American Graffiti, Halloween, Breakfast Club, Seize Bougies pour Sam, La folle journée de Ferris Bueller, Dazed & Confused, Pump Up The Volume, Génération 90), mais aussi ceux qui ont su redéfinir – à leur manière – le genre à l’aube des années 2010 (SuperGrave, Twilight, Spring Breakers, Le Monde de Charlie, The Bling Ring, It Follows) et cela est parfois dommage. De plus, on peut se demander si Beyond Clueless n’aurait pas gagné à exposer quelques images de séries TV emblématiques du genre (Sauvés par le gong, Buffy contre les vampires, Code Lisa, The O.C., Skins, Les frères Scott…) pour approfondir le propos. On peut toutefois pardonner Charlie Lyne qui explique cet oubli – volontaire – par une volonté d’avoir souhaité apporter SON point de vue (n’oublions pas qu’il n’a que 23 ans et qu’il n’a donc pas découvert les comédies de John Hugues, Richard Linklater et consorts au cinéma). Avec Beyond Clueless, Charlie Lyne charpente une mosaïque de teen-movies dans un docu passionnant, étourdissant, instructif et nostalgique, qui transpire l’amour fou pour le genre et mérite amplement d’être visionné au cinéma.

beyond cluelessTitre Original: BEYOND CLUELESS

Réalisé par: Charlie Lyne

Casting: Fairuza Balk

Genre: Documentaire

Sortie le: 29 avril 2015

Distribué par: Les films du Camelia

5 STARS CHEF D'OEUVRECHEF-D’ŒUVRE

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