Critiques Cinéma

UN VILLAGE PRESQUE PARFAIT (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

Un village presque parfait affiche

SYNOPSIS: « Saint-Loin-la-Mauderne », un petit village frappé de plein fouet par la crise et la désertification.
Son dernier espoir : relancer l’usine de fumage de saumon. Seul problème, les assurances exigent la présence d’un médecin à demeure. Or, le dernier a pris sa retraite il y a plus de cinq ans sans jamais trouver de remplaçant. Derrière Germain, leur maire bourru mais charismatique, les habitants vont tout faire pour convaincre le très parisien docteur Maxime Meyer que le bonheur est à Saint-Loin-la-Mauderne!

Non. Rien à voir avec l’émission populaire présentée par Stéphane Bern sur France 2. Quoi qu’il y a aussi, ici, une invitation pressante à (re)découvrir nos charmants patelins oubliés qui fleurissent (mais surtout flétrissent) dans nos campagnes françaises, loin, loin, bien loin, perdus du côté rustaud de ce que l’on nomme, en ville, le trou du cul du monde. Des villages tels Saint-Loin-la-Mauderne – dont l’ironie du titre ne saurait vous échapper – encastré du côté des Pyrénées, 120 âmes au compteur. Et pas de docteur. Donc, pas de subventions. Contrairement à ce qu’il laisse supposer, Un Village Presque Parfait (dont le titre laisse un peu à désirer) est bien loin d’être l’une de ces pantalonnades dont l’écran français nous inonde à longueur d’année sans jamais se renouveler. Si, sur le papier, on a bien affaire à une comédie en bonne et due forme, dans les faits, la farce s’annonce dès les premières minutes bien plus consistante que prévu. Rien à voir avec un remix pas assumé de Bienvenue Chez Les Ch’tis – même s’il s’agit effectivement d’une resucée du film québécois La Grande Séduction. D’emblée, les enjeux sont clairs, et prennent aux tripes. La conjecture socio-économique étant ce qu’elle est, difficile de rester insensible à cette chronique de la désertification rurale dont la criante vérité nous revient droit dans la tronche avec une certaine amertume. Le film de Stéphane Meunier (dont c’est le premier long) n’est d’ailleurs pas sans évoquer les comédies satiriques et sociales dont les britanniques ont le secret. Certes, on n’est pas vraiment chez Ken Loach (Le Vent Se Lève) ou Peter Cattaneo (The Full Monty), mais on y retrouve la même volonté de militantisme que chez l’un et le même goût du « rire malgré tout » que chez l’autre. Sauf que ça sent un peu plus le foin et le jaja, à la mode de chez nous. A la bonne franquette. Film contemporain par excellence, s’ancrant sans forcer dans une actualité pessimiste où la débrouille est plus que jamais de mise pour ne pas rester sur le carreau, Un Village Presque Parfait passe au crible bon nombre de sujets qui fâchent, et pour certains desquels des réponses urgentes sont attendues : raréfaction des médecins ET répartition inéquitable des praticiens sur le territoire ; exode rural inexorable provoqué par (et provoquant) la fermeture des écoles, le chômage, la mise en faillite d’activités agropastorales pour des questions évidentes liées à la pollution et aux nouvelles normes environnementales ; dédale administratif et illogisme gouvernemental ; suppression de postes au profit de guichets automatiques dans un pays vieillissant qui n’y entend rien et dans lequel les emplois manquent… Pas de quoi se tenir les côtes, a priori, tant le constat d’échec est poignant. La (double) séquence dans laquelle les villageois se pointent au bureau de poste, tête basse, pour réclamer leur RSA n’a clairement rien de comique, pas plus que le ras-le-bol des habitants isolés, tant géographiquement que sur un plan bien plus pragmatique, livrés à eux-mêmes pour survivre dans leur trou. Effet d’accumulation ? Non. Si les raisons de s’inquiéter de l’avenir économique du pays évoquées dans le film sont légions, on ne verse à aucun moment dans l’apitoiement, juste un peu de légitime agacement face à certaines aberrations. En fait, on a plutôt envie de se retrousser les manches.

UN VILLAGE PRESQUE PARFAIT 1

Oui mais alors, me direz-vous ? On rigole ? Un peu, oui. Et l’on sourit beaucoup surtout, amusés des stéréotypes – il en fallait – attendus (parce que vrais) opposant parisiens et provinciaux. Ici, le clivage est évidemment poussé à l’extrême, le chirurgien plastique hipster parachuté en plein hameau de péquenots, aussi « simples » que bons vivants. Le comique fonctionne à plein malgré un effet d’annonce constant, et la trouvaille de la table d’écoute, arme numéro 1 de la stratégie du mensonge pensée par monsieur le maire (Didier Bourdon) pour ferrer le toubib, est plutôt savoureuse. Les trésors d’imagination déployés par Yvon (Lionnel Astier), Henri (Denis Podalydès) et Denis (Elie Semoun) pour épauler leur magistrat sont proprement stupéfiants. Face à l’entreprise ingénieuse de l’insignifiant village, l’arrogant docteur (Lorànt Deutsch) n’a pas une chance… Le casting, complété par les délicieuses Armelle, Carmen Maura et Annie Gregorio, est un plaisir de tous les instants, à fond dans le job, affichant une belle connivence, et beaucoup de passion. Alors oui, il y a un happy end – franchement, qui souhaiterait le contraire par les temps qui courent ? – et oui, il y a quelques clichés (salubres pour certains) du genre « fuyez la ville et ses tracas, venez prendre un bol d’air pur… à vie ». Mais, dans l’ensemble, tout ça est si bombé de sincérité et de cœur que la maladresse ponctuelle et les menus défauts émaillant le film ne sauraient vous dissuader de vous laisser aller à une virée à Saint-Loin-La-Mauderne. J’ai été touchée, émue même mais, avant tout, j’ai passé un excellent moment. Humain, et plein de sens.

Un village presque parfait affiche

Titre Original: UN VILLAGE PRESQUE PARFAIT

Réalisé par: STÉPHANE MEUNIER

Casting: Didier Bourdon, Lorànt Deutsch, Lionnel Astier,

Elie Semoun, Denis Podalydès, Armelle, Carmen Maura

Genre: Comédie

Sortie le: 11 Février 2015

Distribué par: SND

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

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