Critiques Cinéma

AMERICAN SNIPER (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

american sniper affiche

SYNOPSIS: Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

Dans la carrière de Clint Eastwood, la polémique a souvent accompagné l’acteur-réalisateur auquel on a eu tôt fait d’assimiler les méthodes expéditives de son personnage emblématique de Harry Calahan. Passé maître dans l’art d’aborder tous les sujets avec une maîtrise formelle de plus en plus probante, le cinéaste revient sur le devant de la scène avec American Sniper qui lui vaut un énorme succès public au box-office américain et qui s’accompagne également d’une violente remise en question sur la moralité de son sujet et surtout sur le point de vue adopté par Clint Eastwood. Or, ce dernier, du Maître de Guerre à son diptyque Lettres d’Iwo Jima/Mémoires de nos pères a déjà prouvé qu’il n’avait pas d’inclinaison particulière pour la guerre. Les malentendus et les clichés sur Clint Eastwood ont donc la peau dure car le film est visé par des attaques l’accusant entre autres de propagande mais c’est faire un mauvais procès si l’on prend quelques instants pour réfléchir à ce qu’est en substance le projet American Sniper. En premier lieu, et il est bon de le rappeler aux esprits chagrins qui semblent regretter les libertés prises avec le livre de Chris Kyle dont est tiré le film, nous sommes avant tout devant une œuvre de fiction et non un documentaire. Si le parti pris réaliste choisi par Eastwood ne prête pas à débat, rien n’empêche que le récit s’adapte à une dramaturgie plus propice à un passage à l’écran. Par ailleurs, il faut rappeler que Clint Eastwood n’a pas écrit le scénario qui est dû au travail de Jason Dean Hall et que c’est Bradley Cooper qui portait le projet depuis des années, que Spielberg aurait dû réaliser avant de renoncer. Eastwood s’est donc immergé dans une aventure qu’il n’avait pas initiée et c’est tout son mérite d’avoir su en faire à la fois une œuvre à la portée universelle et personnelle. Par ailleurs, regretter que le caractère héroïque et le patriotisme exacerbé du personnage de Chris Kyle n’ait pas de point de vue opposé fait que l’on tombe également là dans le procès d’intention. Car à aucun moment, Clint Eastwood ne fait l’apologie de la guerre, mais il en décrit la froideur clinique et s’attache à la destinée d’un homme et aux conséquences de ses actes sur sa propre vie. Rarement on aura plongé avec tant d’acuité au plus près de la psyché d’un soldat, dont le métier est de tuer pour son pays et dont les décisions, aussi révoltantes soient t-elles, ne sont mues que par un désir viscéral de protéger et servir. Certains avanceront l’instrumentalisation de la fiction pour influer sur le point de vue des spectateurs, mais cacher les zones d’ombres du personnage ou à tout le moins les atténuer, relèvent du choix d’un réalisateur, d’un choix artistique qui ne peut être pris en défaut. Ceux qui y verront un choix politique ou idéologique se couperont d’un film qui vise avant tout à conter la destinée d’un être humain hors du commun et des ravages psychologiques que son dévouement lui aura causé. Pareillement, le film ne se veut pas un récit qui épouserait avec une précision millimétrée la réalité historique Car c’est bien Chris Kyle qui est le cœur du sujet de American Sniper, la guerre n’étant que le corollaire de son histoire. Et si ses actes en firent un héros auprès des autres soldats ou de ses concitoyens, le film n’en fait pas un être idéalisé, mais nous montre au contraire les ravages causés sur le quotidien de cet homme, perclus de traumatismes et en proie à ses démons intérieurs, mais exécutant ses besognes sur le terrain avec froideur et méticulosité. Pour preuve, son malaise et sa modestie lors de cette scène où un soldat croisé dans le civil le remercie de lui avoir sauvé la vie et lui indique qu’il est un héros.

american sniper 1

En n’occultant aucune des problématiques de la guerre, ni de ses conséquences, American Sniper est d’une force, d’une singularité et d’une aridité assez stupéfiantes. Difficile pour autant de ne pas penser à d’autres films de guerre qui viennent à l’esprit au fur et à mesure du récit, que ce soit le Né un 4 juillet d’Oliver Stone (voire même le Outrages de De Palma pour sa séquence finale) pour la question des difficultés du retour des vétérans à la vie civile ou le Démineurs de Kathryn Bigelow pour l’aspect engagement et dévouement. American Sniper, en dehors de ses séquences de fusillade, qui démontrent si besoin était que Clint Eastwood en a encore sous le pied à 84 ans, parle de la transformation d’un homme et de sa lente perte de repères entre son métier où il excelle et sa vie privée où il ne parvient plus, petit à petit à se raccrocher. La force du film tient pour beaucoup également dans l’interprétation d’un Bradley Cooper méconnaissable qui parvient avec subtilité à faire passer les nuances que son personnage réclamait. Sa performance occulte un peu tous les autres comédiens du film à qui il ne reste pas grand chose pour s’exprimer, si ce n’est une excellente Sienna Miller, qui dans le rôle de l’épouse de Chris Kyle ne démérite pas un instant. Si le patriotisme transparait du film c’est qu’il raconte la destinée d’un patriote jusqu’au-boutiste et si certains seront gênés par cette glorification du drapeau américain, cela ne nuit pas à la force de l’histoire au contraire. American Sniper ne veut pas être un film aimable ou bien pensant, il est le reflet d’une certaine façon, de la vie d’un homme, d’idéaux, que l’on peut réprouver ou encore trouver manichéens mais il n’est pas une incitation à la guerre. C’est simplement que Chris Kyle a été conditionné dès son plus jeune âge à prendre les armes pour faire régner une espèce de droiture, attitude qui s’est muée en règle de vie. Au-delà de toutes ces polémiques un peu stériles qui accompagnent la sortie du film, il faut noter l’inventivité, le style, le panache dont Clint Eastwood fait preuve dans une mise en scène pourtant épurée et dénuée d’effets de manche ce qui est assez remarquable et délectable. Le réalisateur démontre un savoir-faire sans failles qui emmène American Sniper très haut, très très haut loin des considérations et raccourcis utilisés pour ramener sur un terrain géopolitique un artiste qui est à son firmament.

american sniper affiche

Titre Original: AMERICAN SNIPER

Réalisé par: CLINT EASTWOOD

Casting: Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes,

Jack McDorman, Kevin Lacz, Cory Hardrict

Genre:  Biopic , Guerre, Drame

Sortie le: 18 février 2015

Distribué par: Warner Bros. France

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

 

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2 réponses »

  1. « American Sniper ne veut pas être un film moral ou bien pensant… »
    Et c’est tant mieux ! L’art n’est pas là pour ça.
    Et vivement le prochain film de mister Eastwood.

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